TERRORISME ARABE EN FRANCE

 

Les ravisseurs de deux journalistes français en Irak ont publié un communiqué sur un site internet, accusant la France de "crimes" et la qualifiant d'"ennemie des musulmans", sans toutefois se prononcer sur le sort des otages.

 

Terrorisme arabe en France

Le 18 juin 2004

Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/

 

Dix jours après l'attaque des tours du World Trade Center de New York par les terroristes d'Al-Quaida, l'explosion de l'usine chimique AZF de Toulouse, le 21 septembre 2001, causait 30 morts et 2 000 blessés, en plus de ravager des quartiers entiers de la ville.

Après trois ans d'enquêtes qui privilégiaient la thèse de l'accident, nouvelles orientations qui laisse entrevoir un acte de terroriste majeur !

D'ailleurs, immédiatement après l'explosion de l'usine chimique AZF, plusieurs auteurs avaient revendiqué la responsabilité de l'explosion dont le groupe Alpha Bravo et le Jihad islamique.

Vous découvrirez dans le Dossier réalisé par le CID- Démocratie Moyen-Orient les donnés et les pistes de l'enquête qui permettent d'entrevoir la possibilité qu'un acte terroriste à bien été commis.

 

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1. AZF : un «spécialiste en explosifs» signalé la veille de la catastrophe

2. Le site voisin de la SNPE était en état d'alerte (Le Figaro 22/3/2004)

3. Salariés AZF cherchent un hélicoptère et soupçonnent la raison d'État

4. Nouvelles pièces au dossier (L'Express 22/3/2004)

5. Sept raisons de ne plus croire à un accident (l'Express 16/1/2004)

1. L'explosion a été revendiquée.

2. Le rapport des RG est resté inexploité.
(Des cadavres habillés selon le rite des kamikazes)

3. Deux expertises médicales ont disparu du dossier d'instruction.

4. Deux cadavres «en trop» sur le cratère?

5. Aucune enquête pour vérifier l'emploi du temps de Hassan J.

6. Le curieux profil de Samir A.

7. La mystérieuse disparition de 21 kilos de chrome 6.

 

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Toulouse - Explosion AZF : un « spécialiste en explosifs »
signalé la veille de la catastrophe

Marc Mennessier
Le Figaro

 

Le 20 septembre 2001 au matin, soit la veille de l'explosion de l'usine chimique AZF, un policier toulousain reçoit un appel anonyme signalant qu'un «spécialiste en explosifs issu des milieux islamistes» algériens venait d'arriver dans la Ville rose «pour tâter le terrain».

Manifestement très bien informé, le mystérieux correspondant livre le nom et l'état-civil de l'individu en question ainsi que l'adresse de sa soeur qui l'héberge durant son séjour à Toulouse. Ultime précision: l'homme, de nationalité algérienne, dont le père est connu pour entretenir des liens étroits avec les milieux islamistes, est muni d'un passeport et d'un visa apparemment en règle.

Le fonctionnaire de police, rattaché à la Direction départementale de la sûreté publique (DDSP) rédige aussitôt un procès-verbal, sur lequel il consigne ces indications et transmet le tout le jour même à sa hiérarchie.

Au terme d'une patiente enquête, Le Figaro a eu récemment connaissance de ce document qui n'a été versé au dossier de l'instruction sur les causes de l'explosion de l'usine AZF, que le 10 juin dernier. Soit près de trois ans après les faits.

S'il est bien sûr impossible d'établir, aujourd'hui, un lien entre la présence présumée de cet islamiste algérien, décrit de surcroît comme un «spécialiste en explosifs», et la catastrophe qui a ensanglanté la Ville rose, le fait que les juges d'instruction Thierry Perriquet et Didier Suc, en charge du dossier, n'en aient pas été informés plus tôt pose un certain nombre de questions.

Tout d'abord, des investigations ont-elles été menées sur le champ, c'est-à-dire dès le 20 septembre, pour vérifier ce «tuyau» ? Impossible pour l'heure de répondre. Rappelons, comme Le Figaro l'a révélé récemment (1), que l'usine de la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE), voisine d'AZF, avait été officiellement avertie, dès le 1er septembre 2001, par la gendarmerie nationale de «risques d'intrusion de terroristes» et avait reçu pour consigne de «redoubler de vigilance».

Deuxième question: pourquoi ce procès-verbal fantôme apparaît-il aujourd'hui dans le dossier ? Le procureur de Toulouse, Michel Bréard, qui avait initialement privilégié la thèse de l'accident industriel, a demandé aux deux juges d'instruction, dans un courrier daté du 10 juin dernier, d'investiguer cette nouvelle piste, dans le cadre de leur saisine.

Dans les pièces transmises aux magistrats instructeurs, figure notamment un rapport rédigé par le policier qui a reçu l'appel anonyme du 20 septembre 2001, lequel signale avoir été contacté fin mai 2004 par un journaliste du Figaro au sujet de cette affaire. Sa hiérarchie a alors transmis le fameux procès-verbal à la préfecture de Midi-Pyrénées, à la préfecture de Haute-Garonne, à la Direction centrale de la sûreté publique et au parquet de Toulouse.

Pourquoi l'information n'a-t-elle pas circulé aussi vite en septembre 2001 ? C'est ce que devra déterminer l'«enquête interne» demandée par le procureur de Toulouse au contrôleur général de la police nationale. Nul doute que ses conclusions ne manqueront pas d'intéresser les juges Perriquet et Suc qui instruisent cette délicate affaire depuis bientôt trois ans.

(1) Le Figaro du 22 mars 2004.

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Le site voisin de la SNPE était en état d'alerte

Marc Mennessier
Le Figaro
Le 22 mars 2004

 

Le 1er septembre 2001 à 10 h 30, soit trois semaines avant la dramatique explosion de l'usine chimique AZF de Toulouse (30 morts, plus de 2 200 blessés), la gendarmerie nationale s'était rendue sur le site voisin de la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE) «pour prévenir de risques d'intrusion de terroristes». Cette information figure dans le carnet de consigne de l'«agent de maîtrise chef de quart» qui assurait la permanence ce jour-là. Le document, dont Le Figaro a eu connaissance, signale également la venue, trois quarts d'heure plus tard, d'un «artificier» chargé de vérifier les «niveaux de protection» de cette usine classée secret-défense qui produit notamment le carburant de la fusée Ariane.

Suite à ces deux interventions, la direction de l'usine décidera le jour même de renforcer la surveillance de plusieurs installations sensibles, à raison d'«une ronde de sécurité une fois par quart», soit toutes les huit heures, selon le même document.

Pour quelle raison précise la gendarmerie - et non la «police» comme le mentionnait un document de la société Securitas, chargée de la surveillance du site, dont nous avons fait état il y a six mois - a-t-elle donné l'alerte dix jours avant que ne s'installe la psychose consécutive aux terribles attentats du 11 septembre ? Impossible de le savoir, d'autant que jusqu'à présent cette information était inconnue.

En mai 2002, les responsables de SNPE Toulouse, en poste à l'époque, nous avaient certifié que le plan Vigipirate renforcé n'avait été mis en oeuvre chez eux que le 12 septembre 2001, soit au lendemain de l'attaque contre le World Trade Center. Surtout, les dirigeants d'AZF affirment que personne, à l'époque, ne les avait informés d'un quelconque risque comme cela a été le cas à la SNPE voisine.

Le directeur de l'usine sinistrée, Serge Biechlin, mis en examen pour homicide involontaire avec douze autres salariés d'AZF et d'entreprises sous-traitantes, apprendra fortuitement le 18 septembre la démarche effectuée auprès de la SNPE, - soit dix-huit jours après le lancement de l'alerte - lors d'une réunion à laquelle participaient ses collègues de la SNPE. Ces derniers lui révèlent alors que, depuis bientôt trois semaines, «les véhicules qui pénètrent sur leur site sont systématiquement fouillés et que plus aucun salarié intérimaire n'est embauché».

Dans le même temps, d'autres entreprises sensibles de la région sont placées sous protection. Le 17 septembre une réunion sécurité est organisée à la préfecture de Toulouse, mais les responsables d'AZF, dont l'usine est pourtant classée risque Seveso 2, n'y sont pas conviés. «Le problème ne s'est posé qu'à Toulouse, s'étonne un cadre de Grande Paroisse, société propriétaire d'AZF, filiale de Total. Partout ailleurs, les dirigeants des autres usines du groupe ont été informés en temps et en heure par leurs préfectures respectives de la conduite à tenir.»

Serge Biechlin et son adjoint, René Maillot, n'ont pourtant pas manqué de se manifester. Dès les événements du 11 septembre, ils ont, à plusieurs reprises, contacté la préfecture de Midi-Pyrénées pour s'enquérir des mesures de vigilance à prendre. À chaque fois, la réponse se veut, selon eux, rassurante - «Attendez les consignes, on vous tiendra au courant» ou encore: «De toute façon, vous n'êtes pas une cible pour des terroristes.»

Le 19 septembre, le siège parisien de Grande Paroisse met toutes les usines du groupe en état d'alerte: la veille au matin, soit trois jours avant la catastrophe, un aiguillage a été retrouvé saboté juste avant le passage d'un train transportant des wagons d'ammoniaque sur une voie ferrée qui dessert l'usine AZF de Mazingarbe (Pas-de-Calais), spécialisée comme celle de Toulouse, dans la fabrication d'engrais azotés.

Heureusement, «sur ce tronçon les convois roulent à vitesse très réduite. Par ailleurs, l'agent de manoeuvre s'est aperçu tout de suite qu'une goupille avait été retirée, ce qui a permis de donner l'alerte à temps», explique un responsable local de la SNCF que nous avons interrogé et qui souligne le caractère «exceptionnel» de ce genre d'incident. D'après la direction de l'usine, les Renseignements généraux et la Direction de la surveillance du territoire (DST) se sont aussitôt rendus sur les lieux. Mais l'enquête de police, confiée au SRPJ de Lille, ne parviendra pas à identifier les auteurs du forfait.

Deux ans et demi plus tard, alors que les causes de la catastrophe n'ont toujours pas été élucidées, certains s'interrogent: pourquoi, compte tenu de ces éléments, la piste malveillante a-t-elle été écartée ? Et surtout, le drame de Toulouse aurait-il pu être évité si AZF avait bénéficié des mêmes mesures de protection que sa voisine, la SNPE ?

Un troisième fait vient de s'ajouter au dossier: au moment de l'explosion, une équipe de France 3, qui effectuait un reportage au collège Bellefontaine, à 2 km environ au nord-ouest de l'usine AZF, a enregistré, quinze secondes environ après la détonation meurtrière, le bruit d'un hélicoptère survolant la zone.

Saisie par la justice, la bande a été expertisée par le Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'Aviation civile (BEA) qui vient de rendre ses conclusions. Il s'agirait d'«un hélicoptère léger de la famille Ecureuil (AS 350 ou EC 130) ou éventuellement (...) d'un hélicoptère lourd de la famille Super Puma AS 332».

La présence d'un hélicoptère à proximité du site au moment de l'explosion a été signalée par plusieurs témoins, notamment deux femmes entendues par la police dès le mois d'octobre 2001 qui affirment avoir vu un aéronef au-dessus d'AZF dix minutes environ avant la catastrophe.

À qui appartenait cet hélicoptère ? Que faisait-il dans ce secteur situé au beau milieu du couloir aérien de l'aéroport de Blagnac, alors que la tour de contrôle dit n'avoir détecté la présence d'aucun appareil sur ses écrans à ce moment précis ? Volait-il à basse altitude, soit au-dessous des 150 mètres requis au-dessus de cette zone ? Pourquoi le pilote ne s'est-il jamais manifesté auprès des responsables de l'enquête judiciaire ?

Une chose est sûre: il ne s'agissait pas d'un hélicoptère du Samu. Les deux appareils exploités par les hôpitaux toulousains, des Ecureuils EC 135, ne correspondent pas aux modèles identifiés par l'expert du BEA. De son côté, EDF a bien dépêché un hélicoptère sur les lieux, mais celui-ci n'est arrivé qu'une heure et demie environ après la détonation. L'armée ? On voit mal un hélicoptère militaire de type Super Puma AS 332, dédié au transport de troupes, survoler une usine chimique en temps de paix. Un engin civil de passage sur le secteur ? Il se serait obligatoirement signalé à la tour de contrôle, qui lui aurait d'ailleurs interdit le survol de la zone...

Reste la gendarmerie, dont l'un des hélicoptères a bel et bien décollé de la base de Francazal toute proche mais, selon les déclarations du pilote au SRPJ, il était alors 10 h 25, soit dix minutes après l'explosion. Toutefois, l'engin, un Ecureuil AS 350, correspond au signalement donné par l'expert du BEA. Soulignant que ce sont les gendarmes qui avertissent très tôt la SNPE de risques d'«intrusion de terroristes», certaines sources proches du dossier s'interrogent: le pôle chimique toulousain était-il placé sous étroite surveillance, y compris aérienne ?

 

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Des salariés d'AZF recherchent un hélicoptère et soupçonnent la raison d'État

 

Le 8 avril 2004

TOULOUSE (AFP) - L'association d'anciens salariés d'AZF Mémoire et Solidarité a demandé jeudi des investigations sur un hélicoptère qui aurait survolé le site de l'usine chimique au moment de l'explosion du 21 septembre 2001, soupçonnant qu'on ait volontairement écarté la piste terroriste pour raison d'État.

L'association, qui avait lancé un appel à témoins le 24 février, a reçu 300 témoignages pour la plupart inédits sur les circonstances de la catastrophe qui a fait 30 morts a indiqué le rapporteur de sa «commission vérité» Michel Bouchardy lors d'une conférence de presse. Il a fait état de deux témoignages signalant un hélicoptère au-dessus de l'usine jusqu'ici non répertorié par l'enquête judiciaire.

«Il faut explorer cette piste émergente liée au terrorisme ou à des contre-mesures» visant à prévenir des actes terroristes, a estimé M. Bouchardy. «Face à la catastrophe, il ne peut y avoir de secret d'État», a renchéri le président de l'association Jacques Mignard, ancien délégué CGT.

La seule trace d'un hélicoptère recensée dans le dossier judiciaire est un signal sonore enregistré une quinzaine de secondes après la catastrophe sur une bande de France 3 sud, alors en reportage près d'un collège situé à 2 kilomètres environ de l'usine. Le bureau enquête-analyse de l'aviation civile l'a identifié comme un hélicoptère Écureuil.

Selon l'association, deux témoins dont un est assermenté, affirment qu'ils ont observé un hélicoptère Écureuil chahuté par le champignon de fumée qui s'élevait au-dessus de l'usine au moment de l'explosion. Situés à 1 700 mètres du hangar 221 qui a explosé, ils assurent que l'appareil traînait une échelle de corde.

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Nouvelles pièces au dossier

Par Anne-Marie Casteret
L'Express

Le 22 mars 2004

Notre enquête le démontre: le pôle chimique était en alerte trois semaines avant l'explosion de l'usine, le 21 septembre 2001

Que faisait-il à cet endroit, à cette heure-là? Le 21 septembre 2001, vingt secondes après l'explosion du hangar 221 d'AZF, à Toulouse, un mystérieux hélicoptère survole la zone sinistrée. Un reportage réalisé au moment de la catastrophe par une équipe de télévision dans un lycée voisin a enregistré très clairement le bruit du moteur. C'est la bande-son de ce reportage qui vient d'être analysée par le bureau d'enquête de l'aviation civile. Alors qu'officiellement on avait nié la réalité de ce vol, le rapport remis ces jours derniers au juge Thierry Perriquet est formel: il s'agit bien d'un hélicoptère, type Puma ou Écureuil 350, qui serait resté sur place encore quelques secondes avant de s'éloigner et d'amorcer une descente. Depuis, le ou les pilotes ne se sont jamais signalés aux autorités civiles ou militaires.

L'appareil surveillait-il déjà le pôle chimique avant l'explosion du hangar 221? Car, notre enquête le confirme, une alerte avait bien été lancée sur l'une des usines du site, dès le début du mois de septembre, comme nous le révélions dans L'Express du 20 décembre 2001. La SNPE (Société nationale des poudres et explosifs) - voisine d'AZF - avait été placée en «Vigipirate renforcé» dès le 1er septembre 2001. Notre information avait aussitôt été démentie par les responsables de la SNPE: officiellement encore, le plan Vigipirate n'aurait été appliqué aux «sites sensibles» français qu'après le 11 septembre 2001 et les attentats de New York. Peut-être, mais pas à Toulouse.

Un document en notre possession en fait foi. Sur les pages du cahier de garde de la sécurité de la SNPE, on peut lire, à la date du 1er septembre 2001: «10 h 30: visite de la gendarmerie nationale pour prévenir le risque d'intrusion de terroristes sur le site. 11 h 15: visite d'un artificier pour nous demander nos niveaux de protection.» Plus loin, dans ce même cahier de garde et le même jour, un paragraphe précise que l'un des directeurs de l'usine demande de multiplier les rondes de sécurité autour des installations les plus sensibles, comme celles du phosgène, gaz hautement toxique.

Cette mise en garde va rester confidentielle. Les autres usines du pôle chimique, comme AZF, filiale d'Atofina, ou Tolochimie, dont les terrains sont pourtant longés, à l'est, par le tuyau de phosgène, ne seront pas prévenues. S'ensuit alors un véritable dialogue de sourds, qui ne sera brutalement interrompu que par l'explosion du hangar 221 d'AZF, vingt jours plus tard.

Mercredi 12 septembre: suivant les consignes gouvernementales, la direction hygiène, sécurité, environnement (DHSE) d'Atofina prévient ses filiales de l'instauration du plan Vigipirate et leur demande de joindre les autorités locales compétentes. Serge Biechlin, directeur d'AZF Toulouse, a pris son congé annuel. C'est donc son adjoint, René Maillot, qui téléphone à la préfecture pour recueillir les consignes. On lui répond que celles-ci sont en cours d'élaboration et qu'il faut les attendre.

Autour du pôle chimique, cependant, une certaine effervescence se devine depuis quelques jours. Les habitants du quartier s'étonnent de la multiplicité des contrôles policiers. Les riverains de Pech-David, colline située de l'autre côté de la Garonne, face à la SNPE, remarquent des rondes fréquentes de CRS.

 

Des altercations passées inaperçues

Du côté d'AZF, c'est le calme plat. Pourtant, un matin, deux employés aperçoivent une Kangoo blanche postée à l'extrémité nord-est du site, près du pont menant à la SNPE. Intrigué, l'un de ces employés, Antoine B. s'approche et demande aux occupants de la voiture ce qu'ils font là. Réponse: «Ne vous inquiétez pas, on surveille.» Impossible d'arriver jusqu'à cet endroit sans se présenter à l'accueil de l'usine ou utiliser un badge d'accès. Les gardiens de l'entrée diront ne pas avoir repéré ces inconnus.

Mardi 18 septembre: Serge Biechlin, toujours en vacances, se rend à Auch en fin d'après-midi, pour présider la réunion mensuelle des directeurs d'usine de la région. À la fin de la séance, Roger Meyniel, directeur de la SNPE, l'interroge: «Es-tu en Vigipirate renforcé? Depuis le 1er septembre, nous, nous ne laissons plus entrer aucun intérimaire et nous fouillons les coffres des entreprises sous-traitantes. Ordre de la direction générale.» Serge Biechlin tombe des nues. Il décide alors de rallier Toulouse pour faire le point avec son adjoint.

Mercredi 19 septembre: l'équipe de direction fait le tour des ateliers de fabrication, la vraie zone dangereuse de l'usine, et incite tous les employés à plus de contrôle dans le maniement des produits dangereux. Le soir, vers 18 heures, un fax, émanant de la DHSE d'Atofina, signale qu'un rail SNCF a été déboulonné sur les voies destinées aux wagons d'ammoniac sur le site de Mazingarbes (Pas-de-Calais) et que, sans l'intervention de la SNCF signalant cet acte de malveillance, un train aurait pu dérailler.

Jeudi 20 septembre: Serge Biechlin décide d'organiser une grande réunion pour l'après-midi, où 80 employés du personnel d'encadrement seront convoqués. Il ne sait pas que le matin même, déjà, au bâtiment IO, zone de chargement des sacs d'ammonitrates, une crise qui couve depuis plusieurs jours monte en puissance. Deux caristes intérimaires d'origine maghrébine, chargés de transporter les sacs dans le conteneur des camions de transport, cessent de travailler et invectivent les chauffeurs. Des menaces sont échangées. Mais, en l'absence d'alerte précise, l'altercation ne semble pas inquiétante et n'est pas signalée à la direction. Le bâtiment IO est situé juste en face du hangar 221.

L'après-midi, au cours de la réunion improvisée, Serge Biechlin demande de redoubler de vigilance en ce qui concerne les entrées sur le site et les sorties. Personne ne pense alors à évoquer la bagarre de la matinée au IO. De retour dans son bureau, le directeur d'AZF téléphone à la préfecture pour demander des explications. François Boudin, chargé de la sécurité civile, lui dit ne pas être au courant de consignes particulières «Vigipirate renforcé» pour Toulouse. Une demi-heure plus tard, il rappelle: il y a bien eu une réunion organisée par la préfecture, le lundi précédent. Y participaient la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire) et les dirigeants de Motorola, d'Airbus et de la SNPE, mais AZF aurait tout bonnement été «oublié»...

 

Culture du secret

Serge Biechlin s'adresse alors à son correspondant habituel à la Drire, l'ingénieur Delage. Même étonnement de son interlocuteur. Même rappel confirmatif quelques minutes plus tard: les instructions écrites vont arriver incessamment.

Le directeur d'AZF rédige donc une note qu'il remet à son adjoint en lui demandant d'y inclure les consignes de la Drire dès qu'elles arriveront et d'afficher le tout immédiatement. À 18 h 30, il quitte l'usine pour rejoindre sa femme à l'île de Ré: week-end raccourci et retour à Toulouse.

Vendredi 21 septembre: en face du hangar 221, depuis le petit matin, la bagarre entre chargeurs et chauffeurs des poids lourds reprend. Deux intérimaires - dont Hassan J. (voir l'article du 16 janvier 2003) - narguent les chauffeurs qui s'exaspèrent et tiennent des propos sibyllins sur «la bonne journée dont on va se rappeler». Le conflit atteint un tel degré que les agents de la sécurité du site sont avertis, de même que le patron de la société de sous-traitance qui emploie ces deux intérimaires et le responsable du secteur «ammonitrates», Jean-Claude Panel. Ce dernier, qui avait assisté à la réunion d'alerte la veille, s'inquiète. Il se rend dans le bureau de René Maillot pour lui rendre compte de la situation. Il est 10 heures.

À 10 h 17, cataclysme sur Toulouse, le hangar 221 s'envole. Une heure après et avant même le premier pas du premier expert scientifique sur le site, l'accident deviendra la thèse quasi exclusive. Deux ans et demi plus tard, après moult avatars, l'enquête patine toujours et la culture du secret y est pour beaucoup. Le rocambolesque épisode du sac de chlore déposé par mégarde sur un tas d'ammonitrates dans le sas du hangar 221 s'est achevé sur un fiasco, comme l'a démontré Le Figaro dans son édition du 20 février. Le juge Perriquet, dont la saisine n'inclut toujours pas «acte de malveillance» ni «attentat», s'empêtre dans les hypothèses accidentelles les plus invraisemblables. Et la piste criminelle est restée en jachère.

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Sept raisons de ne plus croire à un accident

Par Anne-Marie Casteret
L'Express
16 janvier 2003

L'explosion a été revendiquée par plusieurs groupes; le rapport des RG n'a pas été exploité; deux expertises médicales ont disparu; il y aurait eu deux cadavres de trop sur le cratère; l'emploi du temps du manutentionnaire Hassan J. n'a pas été vérifié; son ami Samir A. avait un curieux profil; et, enfin, 21 kilos de chrome 6 s'étaient mystérieusement volatilisés. Ça fait beaucoup

L'enquête sur l'explosion de l'usine AZF pourrait bien prendre un tournant décisif ces prochaines semaines. Et aborder enfin, seize mois après la catastrophe du 21 septembre 2001, la «piste interdite», celle de l'attentat. Écartée d'emblée par le procureur Michel Bréard avec sa formule désormais célèbre «C'est un accident probable à 99%», disqualifiée systématiquement à la moindre évocation médiatique de cette hypothèse, elle avait disparu sous une rafale de postulats chimiques, aussi nombreux qu'éphémères, tentant fébrilement de démontrer la faute professionnelle. Mais aujourd'hui, plus d'un an après la terrible déflagration qui a tué 30 personnes, blessé des milliers de Toulousains et ravagé des quartiers entiers de la Ville rose, les enquêteurs se retrouvent dans l'impasse. L'accident industriel n'est toujours pas démontré.

La dernière hypothèse en date - les produits chlorés, confondus avec des ammonitrates et déversés par erreur dans le sas du hangar 221, provoquant une réaction en chaîne - a même subi un magistral revers lors de la reconstitution en octobre 2002. L'institution judiciaire a pu à cette occasion vérifier in vivo ce que les deux ouvriers de l'usine mis en examen pour «homicide involontaire» ne cessaient de répéter: «Impossible de confondre les deux produits. Les ammonitrates ne sont pas toxiques et se ramassent sans précautions spéciales, tandis que le chlore est très agressif pour le nez, la peau et les yeux et ne peut être pelleté sans protection.» Une reconstitution très brève: quelques mouvements de pelle dans le tas de dérivés chlorés, et juge, experts et avocats, intoxiqués, pris à la gorge, ont précipitamment reculé pour laisser la place à des martiens portant masque, combinaison et gants spéciaux. Selon des témoins, le nouveau juge d'instruction, chargé du dossier depuis l'été dernier, Thierry Perriquet, s'est alors montré plus que dubitatif devant ce cuisant échec.

Depuis, il manifesterait la volonté de tout reprendre, méthodiquement, à zéro. Un espoir pour les employés de l'usine, ulcérés de se voir mis en cause et traînés dans la boue depuis plus d'un an pour une supposée «négligence», eux qui ne croient toujours pas à l'accident. Ils sont rejoints en cela par les Toulousains. Selon un sondage CSA-Toulouse Mag, 65% d'entre eux pensaient en août 2002 qu'un attentat était la cause de la catastrophe. L'avenir pourrait bien confirmer cette intuition. Les avocats d'AZF mais aussi ceux des familles de victimes auront dû attendre de longs mois avant d'obtenir une copie du dossier d'instruction et de pouvoir enfin l'analyser. Aujourd'hui ils dénoncent, en termes de moins en moins voilés, la «légèreté», les «graves lacunes» et les «incohérences» des investigations policières. Un dossier de plus de 10 000 pages aux effets paradoxaux. Se polarisant sur la négligence industrielle, il a tendance à convaincre du contraire, suscitant chez tous ceux qui l'ont examiné le doute sur l'accident et la conviction d'une enquête partiale, négligeant délibérément l'hypothèse criminelle.

Selon notre enquête, voici, en sept points, pourquoi la piste de l'attentat est aujourd'hui la plus probable et devrait être explorée en priorité.

 

1. L'explosion a été revendiquée.

Contrairement à une rumeur persistante, plusieurs revendications ont été envoyées à la police, mais également aux organes de presse locaux.

Dès le lendemain de la catastrophe, un individu a téléphoné à la gendarmerie de Saint-Alban et s'est déclaré membre de Houarla, Houarla, Islami, responsable de l'attentat. Puis le groupe Alpha Bravo et le Jihad islamique ont à leur tour revendiqué l'acte terroriste.

L'un des fax envoyés par Alpha Bravo était émis d'un centre de pompiers dont l'appareil avait été piraté à partir de l'Angleterre. Aucune investigation n'a été décidée pour remonter à l'origine de cet appel, alors même que Londres constitue l'une des bases des islamistes les plus virulents.

Enfin, une lettre anonyme envoyée au SRPJ contenant un message bref - «Lui sait qui a fait boum» - accompagné de la photo d'un adolescent d'origine maghrébine ne suscitera pas de recherches pour retrouver ce possible témoin.

 

2. Le rapport des RG est resté inexploité.

Ce rapport dont nous avions longuement fait état dans L'Express du 20 décembre 2001 était articulé autour de la personnalité de Hassan J., un employé intérimaire qui chargeait des sacs d'ammonitrates dans des camions. Son lieu de travail, le bâtiment IO, était situé juste en face du hangar 221. Hassan J. sera tué par l'explosion. Retrouvé enseveli au bord du cratère, ce jeune Français d'origine tunisienne est transporté à la morgue de l'hôpital Purpan. Lors de l'examen du corps, première étape avant l'autopsie, la médecin légiste est surprise de la tenue très soignée du jeune homme et surtout du port de cinq sous-vêtements sous le pantalon de travail. Ces éléments lui font penser au rituel observé par les auteurs d'attentats suicides en Israël, qui protègent ainsi leur sexe des dégâts de l'explosion. Elle fait part de ses observations aux policiers. Le SRPJ demande alors aux RG d'enquêter. Ceux-ci vont recueillir un certain nombre d'éléments significatifs sur la personnalité et les fréquentations de Hassan J. Ancien délinquant, ce dernier serait tombé depuis plusieurs mois sous l'influence du groupe islamiste «tendance afghane» de Mohammed R. Or des membres de ce groupe, dont le propre fils de Mohammed R., ont été arrêtés, une heure après l'explosion, par la brigade autoroutière de Valence-d'Agen, à 100 kilomètres de Toulouse. La vitre arrière de l'un des véhicules est brisée. Les automobilistes expliquent qu'elle a été soufflée par l'explosion parce qu'ils se trouvaient à ce moment-là à proximité de l'usine. Qu'y faisaient-ils? Pourquoi et comment ont-ils si précipitamment quitté les lieux alors que la panique régnait et que la rocade qui longe l'usine était impraticable?

Les RG signalent aussi une altercation, la veille de l'explosion, entre Hassan J. et des chauffeurs venus chercher leur cargaison d'ammonitrates. Motif: l'un des chauffeurs, fan des États-Unis, avait mis dans sa cabine un drapeau américain en berne par solidarité avec les victimes des attentats d'outre-Atlantique. Hassan J. et deux de ses collègues se seraient fâchés, injuriant le chauffeur et collant des étiquettes «produits dangereux» sur la porte de sa cabine.

Tous ces éléments auraient dû inciter la police judiciaire à poursuivre les investigations. Mais le travail des RG sera balayé d'un revers de main. Ridiculisé, même, dans le rapport de synthèse rédigé par le SRPJ le 4 juin 2002: «Toutes ces informations [celles des RG, NDLR] étaient vérifiées et infirmées, hormi les digressions géo-politico-religieuses, invérifiables.» Or rien n'a été vérifié. Ni la brigade autoroutière de Valence-d'Agen ni les membres du groupe de Mohammed R. n'ont été entendus par la police. L'appartenance islamiste de J.? Le SRPJ se contente des dénégations de ses proches pour conclure à «une rumeur accréditée par une certaine presse». Le port de plusieurs sous-vêtements? Là encore, selon le SRPJ, la famille explique «à l'unisson» qu'il s'agissait d'une habitude «due à un complexe de maigreur»... Dans leur rapport, les policiers ne mentionnent même pas le fait que la compagne du manutentionnaire avait jeté à la poubelle, le lendemain de l'explosion, tous les effets personnels du jeune homme. Quant au «rituel kamikaze», les spécialistes entendus par la justice auraient «contesté cette interprétation». L'ambassade d'Israël, consultée, «n'avait jamais constaté qu'un terroriste avait porté plusieurs sous-vêtements avant de se sacrifier»

Un rapport qui prend d'étonnantes libertés avec la réalité. Les auditions contenues dans le dossier d'instruction révèlent le contraire. De fortes contradictions au sein de la famille de Hassan J. démontrent que le jeune homme ne s'était jamais habillé de cette façon auparavant. À commencer par les déclarations successives de sa compagne. Le 25 septembre 2001, elle s'étonnera de la question et répondra curieusement: «Je ne sais pas. Je ne vois aucune explication à vous donner sinon que ce n'était pas un homme méchant.» Plus tard, après les révélations du Figaro sur le sujet, elle se ravisera: «Il avait coutume de porter plusieurs sous-vêtements et cela tous les jours, parce qu'il se trouvait maigre.» Le reste est à l'avenant. La soeur confirmant la coutume familiale, le père tombant des nues et démentant les propos de sa fille, les amis se montrant évasifs... On est donc loin de l' «unisson» décrété par le SRPJ. De même, les quatre spécialistes auditionnés s'étonnent de la célérité avec laquelle la compagne de Hassan J. s'est débarrassée des affaires de son concubin. Deux d'entre eux déclarent avoir entendu parler du rituel kamikaze et conseillent de s'adresser à l'ambassade d'Israël. Et celle-ci signale qu'elle a déjà retrouvé un terroriste habillé de cette façon.

En réalité, selon notre enquête, ce rituel est un secret de Polichinelle, bien connu des spécialistes du terrorisme islamique, révélé par les journaux avant même l'attentat de New York. Un rituel recommandé par Al-Qaeda dans la lettre intitulée «Le dernier jour», retrouvée dans les bagages des terroristes du World Trade Center: «Lave-toi, parfume-toi... Couvre parfaitement tes parties intimes... N'oublie pas que des houris t'attendent au Ciel et te disent: "Viens, ami de Dieu..."»

Si donc Hassan J. s'est habillé le 21 septembre 2001 d'une manière inhabituelle et hautement symbolique, pourquoi?

 

3. Deux expertises médicales ont disparu du dossier d'instruction.

Ces deux expertises sont pourtant essentielles. Il s'agit des «examens de corps» de Hassan J. et d'un autre manutentionnaire de son équipe, Abder T., tué lui aussi par l'explosion. Plusieurs avocats se sont étonnés de ne pas les trouver dans les copies du dossier qui leur avaient été remises. Me Christian Etelin, défenseur d'un des ouvriers blessés sur le site, a voulu les consulter au tribunal. Après une fébrile recherche, seule une photocopie du premier document a pu lui être confiée, l'original restant introuvable. Quant à l'«examen de corps» d'Abder T., il semble s'être volatilisé. Fâcheuse coïncidence: au début de l'instruction, les enquêteurs demandent à Mme T., comme à la compagne de Hassan J., si son mari portait habituellement plusieurs sous-vêtements. Elle répond par la négative, très surprise de la question. Mais pourquoi la lui pose-t-on? Y avait-il deux employés d'origine maghrébine habillés de la même étrange façon le 21 septembre 2001 sur le site toulousain d'AZF?

Encore plus stupéfiant, la succession d'irrégularités lors de l'examen du corps de Hassan J. à la morgue de Purpan, le 22 au matin. Seules quelques photos prises lors de l'examen figurent au dossier. Aucune ne semble avoir été prise du singulier harnachement du manutentionnaire (un pantalon, un short, un slip, deux caleçons,un slip), ce qui constitue déjà une faute. Mais les autres clichés suscitent bien des interrogations. Pourquoi Hassan J., un homme de 35 ans de corpulence normale, arrive-t-il si «propre» à la morgue, alors qu'il était censé travailler depuis 4 heures du matin, le 21 septembre, et qu'il a été retrouvé «enterré» près du cratère? Pourquoi est-il à peine poussiéreux, quand ses collègues les plus proches sont recouverts de boue et de gravats? Extrêmement soigné dans sa mise, il frappe le personnel de la morgue par ses vêtements, quasi neufs - un bleu de travail impeccable - et par la rigoureuse toilette de son corps, poncé, épilé. La rumeur fait le tour de l'hôpital: «À la morgue, il y a un kamikaze, un homme qui s'était préparé à mourir!» Pourquoi tous ces détails ne sont-ils pas notés dans la fameuse photocopie de l' «examen de corps» annexée au dossier? Pourquoi ne sont pas non plus décrites les brûlures étendues que constateront les autres légistes, le lendemain, lors de l'autopsie à Rangueil? Pourquoi les yeux sont-ils notés «noirs», eux qui apparaissent d'un bleu éclatant sur les photos? Enfin, dernière absurdité: les remarques de la médecin légiste auraient dû inciter les enquêteurs à la rigueur; or Hassan J. a subi une «préparation thanatologique» le 22 dans l'après-midi, avant l'autopsie qui sera effectuée le lendemain. En clair, le corps a été toiletté et préparé en vue d'une présentation à la famille et à l'imam devant accomplir le rituel religieux. Une erreur de procédure qui pouvait effacer d'éventuels indices...

 

4. Deux cadavres «en trop» sur le cratère?

L'urgence des soins, la gravité de la catastrophe, la difficulté à se repérer dans une usine détruite expliquent en partie le cafouillage qui a présidé au recensement des blessés et des morts sur le site. Au fur et à mesure qu'ils étaient découverts, les cadavres étaient acheminés vers trois dépôts mortuaires situés à proximité du cratère. Cependant, pompiers et policiers devaient noter l'emplacement exact de chaque corps. Un premier bilan fait état de 23 morts à AZF. Un second de 21. Mais les témoignages de pompiers recueillis par le SRPJ soulèvent plus de questions qu'ils ne donnent de réponses. Si l'on compare le plan établi par le comité d'hygiène et de sécurité de l'usine à celui qui a été dressé par le SRPJ, certaines contradictions intriguent. Le cadavre de Hassan J. est relevé soit au bord du cratère, soit dans le bâtiment IO. Celui d'Abder T., soit au IO, soit près de la sortie A. Un autre manutentionnaire, Bernard L., censé se trouver près de ses collègues, aurait été retrouvé dans le IO, ou alors dans un tout autre bâtiment...

Autre énigme: dans la nuit du 21 au 22, deux cadavres sont retrouvés à proximité du cratère par une équipe de pompiers qui s'apprêtent à quitter le site. Ils signalent qu'il s'agit d'un chauffeur de camion et d'un conducteur d'engin dont ils ignorent l'identité. Si l'on consulte la liste officielle des morts publiée quelques jour plus tard, deux chauffeurs et deux conducteurs d'engin y sont recensés. Or ces quatre hommes avaient déjà été retrouvés lorsque les pompiers signalent les deux nouveaux cadavres. Qui sont donc ces deux hommes? Impossible, aujourd'hui, de le déterminer avec précision.

 

5. Aucune enquête n'a été menée pour vérifier l'emploi du temps de Hassan J.

Ancien délinquant condamné pour proxénétisme, vol et viol, soupçonné d'avoir participé à un trafic de voitures avec l'Allemagne, signalé par les RG comme proche de la mouvance islamiste, il aurait dû faire l'objet d'une enquête pointilleuse...qui reste à mener. D'après plusieurs témoignages que nous avons recueillis, Hassan J., embauché par une société de sous-traitance travaillant régulièrement pour AZF,manifeste un changement d'attitude quelques jours avant l'explosion. Il «traîne dans son travail et se balade un peu partout sur le site». Il entre plusieurs fois dans l'usine avec, dans sa voiture, un passager inconnu, ce qui est rigoureusement interdit et lui vaudra des remontrances du service de sécurité. Il fait embaucher un ami le lundi 17 au matin. Guère motivé, Djilali E. ne travaille pas, participe au différend avec les camionneurs la veille de l'explosion et ne vient pas travailler le jour même, «parce qu' [il ne s'était] pas réveillé». Toujours la veille de l'explosion, Hassan J. cherche à faire embaucher une autre relation, Smaïn B. Il le fait inscrire sous un faux nom, qu'il épelle «T.r.u.c.k», et se montre très énervé quand le service de sécurité refuse de laisser entrer ce nouveau venu. Le 21 septembre, il arrive à l'usine à 4 heures du matin, comme d'habitude, mais ne commence à travailler qu'à 5 h 30. Comme la veille, lui et deux autres intérimaires traînent. Les camionneurs s'énervent. Le ton monte. «Il nous a dit qu'il était un combattant turc, qu'il faisait la guerre», raconteront les deux hommes. Et puis cette phrase du manutentionnaire: «Tu vas voir, ça va être une bonne journée! Tu t'en souviendras...»

Tous les chauffeurs impliqués dans ces altercations ont reconnu Hassan J. sur les photos d'identification. Ils reconnaissent aussi Abder T., mais signalent un troisième homme qu'ils ne retrouvent pas sur le catalogue de photos de la police. L'un des chauffeurs se souvient même de s'être colleté avec ce dernier à la sortie de l'usine, un peu avant 10 heures, le matin du 21 septembre 2001.

 

6. Le curieux profil de Samir A.

Ce troisième homme, est-ce Samir A.? Le SRPJ était resté plus que discret sur ce troisième intérimaire. Originaire de Borj Menaïel, en Algérie, il obtient sa carte de résident en France à la fin de 1999. Il se fait embaucher à AZF le 19 septembre pour laver les carreaux. Le vendredi 21, deux jours plus tard, il quitte l'usine à 9 h 50. Soit une demi-heure avant l'explosion. Version officielle: il avait une gastroentérite. C'est bien possible, mais, là encore, la police se contentera des déclarations de Samir A., affirmant ensuite: «Tous ses dires étaient vérifiés et s'avéraient exacts.» Or rien n'a été vérifié.

Pourtant, les explications de Samir A. vont à l'encontre d'autres témoignages et du simple bon sens. Quelquefois, même, il ne dit pas la vérité. Ainsi, quand il quitte AZF le matin du 21 pour rentrer chez lui parce qu'il se sent trop mal, il précise: «Je ne tenais plus sur mes jambes», alors qu'un employé le voit sortir «à pas pressés». Puis, au lieu d'attendre le bus 52 devant l'usine, il s'en va à pied «chercher un autre bus» et ne prend pas la direction d'Empalot, où il dit habiter.

Une demi-heure plus tard, il arrive à la station de métro Fontaine-Lestang, à 3 kilomètres de l'usine, quand le hangar 221 explose. Or, contrairement à ce qu'il explique aux policiers, aucun bus ne peut le déposer à cet endroit, à cette heure, ce matin-là. C'est donc bien à pied que cet homme «qui ne tenait plus sur ses jambes» parcourt 3 kilomètres en une demi-heure dans une direction opposée à celle de l'usine... et à celle de son domicile.

En perquisitionnant chez lui, au début de l'enquête, la police découvre un devis de 120 000 francs pour l'achat de livres techniques sur la chimie et le génie industriel. Il explique l'avoir fait établir pour un ami. De même, on retrouve sur son compte un virement récent de 7 000 francs provenant d'une banque new-yorkaise. Il parle d'un cousin, mais l'origine et la destination exactes de cet argent ne seront pas vérifiées.

Autre question: pourquoi cet étudiant qui possède des diplômes universitaires choisit-il un travail de nettoyage à AZF? Il avait déjà accepté un poste d'homme de ménage dans les labos de l'usine à la fin de juillet et au début d'août avant d'aller passer ses vacances à Borj Menaïel... qu'il dit pourtant avoir fui pour «échapper à l'intégrisme».

 

7. La mystérieuse disparition de 21 kilos de chrome 6

La détonation du chrome 6 provoque une violente lumière et une fumée blanche, deux phénomènes décrits par de nombreux témoins.

Début août: c'est à cette même époque qu'un colis contenant 2  kilos de chrome 6, un produit hautement dangereux, disparaît entre le magasin d'achats, où il a été réceptionné, et le laboratoire qui l'avait commandé. Ce puissant oxydant, utilisé pour des tests de routine, est incompatible avec les ammonitrates: il peut alors provoquer une puissante explosion à la moindre mise à feu. L'enquête interne de l'usine, au début de septembre 2001, ne permet pas de retrouver la trace de ces flacons. Après l'explosion, averti par le responsable du service Achats, le SRPJ se contentera de quelques investigations sommaires... Pourtant, à moins d'imaginer un scénario rocambolesque où les flacons de chrome auraient été pris par erreur dans le magasin d'achats de l'usine et déversés négligemment dans le hangar 221, c'est bien l'éventualité d'un acte criminel, volontaire, qui se trouve alors envisagée... A-t-on recherché des traces de chrome dans les nombreux prélèvements effectués autour du cratère? A-t-on tenté expérimentalement de reproduire une explosion avec ce produit introduit dans un tas d'ammonitrates?

«Ce dossier est déconcertant, résume Me Collard, défenseur des familles de victimes. On a sélectionné des indices, ébauché des scenarii improbables et imposé la version de l'accident avant même tout procès. La situation devient irréelle.» Me Etelin, avec son inimitable accent de faux naïf, s'étonne: «Comment peut-on qualifier d'«expertises» de telles fantaisies pseudo-scientifiques? Et là-dessus on bâtirait une thèse qui prend les allures d'une procédure réquisitoire! C'est inimaginable...» Me Soulez Larivière, défenseur d'AZF, vient de dresser une longue liste d'investigations complémentaires qu'il demande d'effectuer.

Alors que ses prédécesseurs avaient laissé l'enquête entre les mains du SRPJ, ne procédant à aucune audition en un an, le juge Perriquet a commencé les siennes. Selon les avocats, il manifesterait une impartialité totale et serait prêt à explorer toutes les pistes. Encore faudrait-il que sa saisine le lui permette. Pour le moment, elle est toujours limitée à «homicides involontaires par violation délibérée d'une obligation particulière de sécurité ou de prudence»...

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