Le 26 mai 2004

Source : Proche-Orient Info http://www.proche-orient.info/xhome.php3

LE QUÉBEC, PLAQUE TOURNANTE DU TERRORISME

Claude Moniquet : «Au Canada français, le terrorisme le plus préoccupant est clairement celui d'origine algérienne ou marocaine.»

Par Lara Levenson

 

Claude Moniquet a été pendant vingt ans, en tant que journaliste, spécialiste des questions liées au crime organisé. Il est aujourd'hui - les lecteurs de «proche-orient.info» le connaissent bien - Président du Centre européen pour le Renseignement stratégique et la Sécurité (ESISC). Dans l'entretien qu'il a donné à Montréal à Lara Levenson, il explique pourquoi le Québec est devenu une plaque tournante du terrorisme international.

Lara Levenson : Pourquoi le Québec précisément est-il devenu un des centres du terrorisme ?

Claude Moniquet : Il existe au Québec une communauté nord-africaine qui permet aux islamistes de se cacher, de passer inaperçus. Étant francophone, la province facilite cette pénétration. Il faut néanmoins se garder de faire des amalgames qui tendraient à établir un lien entre islam et terrorisme. Au banc des accusés également, la grande tolérance des autorités canadiennes à l'égard de l'immigration qui octroient facilement un statut de réfugié politique. Cela dit, le Canada anglais abrite, lui, des cellules qui appartiennent aux mouvances pakistanaises, saoudiennes et yéménites.

Mais, aujourd'hui, le terrorisme le plus préoccupant est clairement celui d'origine algérienne ou marocaine, lequel a gardé des liens structurels avec les réseaux en France et au Maghreb. Dans les années 93, 94, 95 quand le GIA algérien a commencé à se disséminer dans le monde, il est passé par la France, puis au Canada, via le Québec. Au facteur linguistique, s'ajoute le facteur géographique : l'objectif poursuivi est clairement de se rapprocher des États-Unis, cible numéro un du terrorisme islamiste, tendance Al-Qaïda. On assiste ainsi à une implantation de cellules aux États-Unis, en Amérique latine, en Amérique centrale et au Canada de manière à avoir des gens sur place et d'autres installés dans les pays voisins qui pourraient venir remplir des missions logistiques ou opérationnelles.

L. Levenson : S'agit-il de nouveaux groupes ou de ramifications ?

C. Moniquet : Il s'agit bien de ramifications. C'est justement toute la stratégie de Ben Laden et son trait de génie : récupérer les organisations qui existent déjà et les affilier à sa mouvance. Il les forme, parfois les finance et leur donne une «fatwa» qui leur désigne les cibles. Il a ainsi récupéré notamment le réseau algérien du Groupement salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) de Hassan Hattab ainsi que le Groupement islamique des Combattants marocains et celui des Combattants tunisiens. Trois organisations qui ont des cellules au Canada, sans nul doute.

L. Levenson : Comment se fait l'infiltration ?

C. Moniquet : Sur cette question, on trouve dans l'affaire Rassem un véritable cas d'école. L'Algérien Ahmed Rassem s'installe au Canada en 1994 avec de faux papiers. Il se fait arrêter aux douanes, mais explique qu'il est persécuté, pourchassé par les Algériens, et qu'il risque sa vie. Il est alors libéré dans l'attente de l'examen de son dossier. Mais des éléments inquiétants sont mis à jour. Quand les services de l'immigration le recherchent, il est trop tard : il a disparu. De 1994 à 1999, il va vivre au Canada, voyager au Pakistan et en Afghanistan où il est entraîné, revenir au Québec où il gère un réseau de fabrication de faux papiers et de détournement d'argent par le biais de cartes de crédit, à partir de Montréal. Il ne se fera arrêter qu'en décembre 1999 à la frontière américano-canadienne, alors qu'il tente de passer une dizaine de kilos d'explosifs et quatre ou cinq détonateurs. Il entendait commettre plusieurs attentats, dont un à Seattle et un autre à Los Angeles. Il est jugé et condamné aux États-Unis.

L. Levenson : Un exemple plus récent ?

C. Moniquet : Le cas de Jamal Akkal. Il s'agit d'un citoyen canadien d'origine palestinienne arrêté en novembre dernier à Rafah dans la bande de Gaza par les forces de sécurité israéliennes. Selon la famille du jeune homme de 23 ans, qui vivait cette fois en Ontario, à Windsor, il s'est rendu à Gaza pour y trouver une fiancée. Pour Israël, il est venu prendre des contacts avec le Hamas http://www.proche-orient.info/xexclu_article.php3?id_article=156 afin de préparer des attaques terroristes aux États-Unis et au Canada. Il serait même passé aux aveux lors d'une audience à huis clos. L'affaire est délicate : les Israéliens ont commis l'erreur de ne pas prévenir les autorités canadiennes de son arrestation et ont déballé l'histoire sur la place publique avant même que les faits ne soient prouvés. Conséquence : Jamal Akkal est libéré. Aujourd'hui Ottawa dit qu'il n'y a pas d'affaire «Akkal » et que les Israéliens sont allés trop vite en besogne. Or, la plupart des experts européens qui travaillent dans les services de renseignement considèrent qu'il y a bel et bien une affaire «Akkal».

L. Levenson : Où se situe le Canada dans le classement des pays abritant des terroristes ?

C. Moniquet : Pas tout en haut de la liste. C'est l'Europe qui arrive en tête avec la France, la Grande-Bretagne, l'Italie, l'Espagne, la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne. Pas tout en bas non plus, car c'est en Pologne et en Hongrie, où l'on compte le moins de terroristes islamistes. La raison : le peu de présence des communautés musulmanes, d'où la difficulté à se cacher, même si, là encore, tout amalgame est dangereux. Le Canada figurerait ainsi en milieu de liste. Il faut bien comprendre que les terroristes cherchent toujours d'autres moyens de frapper : ils peuvent raviver une cellule dormante locale aux États-Unis ou envoyer quelqu'un depuis l'Europe, le Mexique ou le Canada. En outre, l'agenda islamiste est différent : pour eux, frapper dans un an ou dans deux ans n'est pas ce qui compte, l'important, c'est de frapper.

Il faut néanmoins apporter un bémol. En effet, entre 1993 - premier attentat contre le World Trade Center - et 2001, la mouvance Al-Qaïda a frappé tous les deux ans environ. Or, depuis janvier 2002, elle frappe tous les trois mois...

L. Levenson : Le Canada est-t-il lui-même une cible ?

C. Moniquet : Tout pays peut-être frappé, l'objectif déclaré de Ben Laden, dès 1998, étant le «Jihad contre les juifs et les croisés». Il existe, cependant, quatre facteurs de risque pour constituer une cible.

Premièrement : afficher une attitude agressive ou jugée agressive contre l'islam ou les islamistes - la France avec sa position sur le voile dans les écoles, le Canada allié des États-Unis en Afghanistan.

Deuxièmement : la présence de cibles sur son territoire, car si les terroristes n'arrivent pas à frapper les Américains ou les Israéliens chez eux, ils peuvent frapper leurs ambassades ou des synagogues, par exemple. On sait, notamment d'après les documents retrouvés dans le cadre de l'enquête sur les attentats de Madrid du 11 mars, que les synagogues sont particulièrement visées. Or, ces cibles il y en a évidemment au Canada.

Troisièmement : l'efficacité des services de sécurité - on frappe évidemment là où c'est le plus facile. Enfin, la présence d'opérateurs.

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Le 18 mars, 2004

Source : Jérusalem Post, http://www.fr.jpost.com

Le fond de l'affaire Khadr, et des futurs problèmes de ce genre, est l'isolation totale dans laquelle sont plongés les environnements pro islamiques - écoles, médias, vie sociale.

Première famille terroriste au Canada

Par Daniel Pipes

 

"Nous sommes une famille al-Qaïda", ont déclaré les Khadr, une famille canadienne musulmane, dont la dévotion totale pour Oussama Ben Laden donne une leçon importante au monde occidental.

Leur "saga" a commencé en 1975, lorsque Ahmad Said al-Khadr a quitté son Egypte natale pour la Canada, avant d'épouser une femme palestinienne locale. Il a suivi des études d'informatique à l'Université d'Ottawa et s'est lancé dans la recherche pour une grande compagnie de télécommunications.

Après l'invasion soviétique en Afghanistan, Khadr a travaillé pour "Human Concern International" (HCI), une association caritative basée à Ottawa et fondée en 1980 avec pour but de "soulager la souffrance humaine", mais qui tendait en réalité à promouvoir un Islam militant.

En 1985, alors qu'il travaillait en Afghanistan, Khadr a rencontré Ben Laden et est même devenu un de ses proches collaborateurs. Parfois, Khadr était décrit comme faisant partie du plus haut rang des 75 agents canadiens d'al-Qaïda.

Le gouvernement fédéral canadien, fidèle à sa réputation naïve, a offert 325 000 dollars canadiens à HCI. Entre 1988 et 1997, HCI recevait des fonds des contribuables canadiens et, en même temps, travaillait avec al-Qaïda. La bureaucratie d'Ottawa n'a pourtant rien trouvé d'anormal, même après l'arrestation de Khadr, par les autorités pakistanaises en 1995, pour avoir détourné les fonds de HCI en finançant une opération terroriste d'al-Qaïda la même année - une attaque contre l'ambassade égyptienne du Pakistan, tuant 18 personnes.

Au contraire, le Premier ministre, Jean Chrétien, a profité d'une visite officielle au Pakistan pour intercéder auprès de son homologue en faveur de Khadr.

Ce procédé inhabituel a été efficace ; Khadr a été relâché, et est retourné au Canada. En 1996, lui et son épouse ont créé une association caritative islamique, qu'ils ont appelée "Projet International de Santé et d'Education" (Health and Education Project International). Lorsque les Talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan, quelques mois plus tard, les deux parents et leurs six enfants s'y sont rendus. En travaillant de manière rapprochée avec Ben Laden, Khadr a vite été reconnu pour son militantisme islamique, donnant lieu aux observations d'un Français sur place : "je n'ai jamais vu une telle hostilité, ni quelqu'un d'aussi remonté contre l'Occident".

Comme d'autres chefs d'al-Qaïda, Khadr a disparu lors des attentats du 11 septembre. Il a passé deux ans en cavale, est n'a refait surface qu'en octobre 2003, lorsque les forces pakistanaises ont découvert que l'ADN d'un corps méconnaissable, après une fusillade sanglante, correspondait à celui de Khadr.

Les activités terroristes des autres membres de la famille Khadr - l'épouse, une des deux filles, trois des quatre fils - complètent le casier de leur patriarche.

- L'épouse, Maha Elsamnah, a emmené son fils Omar de 14 ans au Pakistan en 2001 et l'a enrôle dans un programme d'entraînement al-Qaïda.

- Une des filles, Zaynab, 23 ans, s'est fiancée avec un terroriste et a épousé un membre d'al-Qaïda en 1999, en présence de Ben Laden qui s'était déplacé pour la cérémonie. Zaynab n'a pas condamné le drame du 11 septembre et espère que sa fille mourra en combattant les Américains.

- Un des fils, Abdoullah, 22 ans, appartient au réseau al-Qaïda et est actuellement en fuite. Les autorités canadiennes affirment qu'il a participé à un programme d'entraînement al-Qaïda en Afghanistan sous le joug des Talibans, ce que nie Abdoullah.

- Un autre fils, Omar, 17 ans, est accusé d'avoir lancé une grenade en juillet 2002, tuant un médecin américain en Afghanistan. Omar a partiellement perdu la vue et est actuellement détenu à Guantanamo.

- Un autre fils, Abdoul Karim, 14 ans, partiellement paralysé par des blessures lors des fusillades en octobre 2003, où son père a été tué, est actuellement retenu dans un hôpital pakistanais.

 

Heureusement, il y a une histoire plus positive:

- Le quatrième fils, Abdourahman, 21 ans, entraîné malgré lui par al-Qaïda, a été capturé par les forces de la coalition en novembre 2001 et a accepté de coopérer avec la CIA à Kaboul, Guantanamo et en Bosnie. Il est retourné au Canada en octobre 2003, où il a tenu à dénoncer à la fois l'extrémisme ("Je veux être un Musulman bon, fort, civilisé et pacifique") et les actions terroristes de sa famille.

Tout en étant un cas exceptionnel, l'histoire terrifiante de la famille Khadr nous sert d'avertissement, démontrant le danger que peuvent représenter des familles musulmanes en Amérique du Nord et en Europe lorsqu'elles s'enferment à un tel point dans des courants militants islamiques qu'elles cherchent, comme les Palestiniens, à y entraîner leurs enfants, les transformant en armes contre leurs propres pays.

Ce modèle reste très rare, mais il pourrait se développer avec l'arrivée de la deuxième génération d'enfants islamistes en Occident. Le fond de l'affaire Khadr, et des futurs problèmes de ce genre, est l'isolation totale dans laquelle sont plongés les environnements pro islamiques - écoles, médias, vie sociale.

Empêcher une telle auto ségrégation devrait devenir un objectif urgent des politiques occidentales.

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