Le 18 avril 2003

Source : Étoile-liante
Etoile-liante@yahoogroupes.fr  

 

Le sang des pierres

Si j'étais un Bouddha et que je pouvais parler, je remercierais l'Unesco qui, malgré sa mobilisation, n'a pu empêcher des criminels de me dynamiter en Afghanistan.

Que sont les milliers de vies perdues, les enfants estropiés par des mines, les femmes battues, violées, face à l'immense sagesse que je représentais ?

Si j'étais un mur de vielles pierres à Lublijana, en ex Yougoslavie, je remercierais la communauté européenne d'avoir mis fin aux bombardements dont j'étais l'objet.

Que signifient des dizaines de milliers de morts sous les bombes qu'on a détourné de moi, comparés aux vestiges de la civilisation que je représente ?

Si j'étais enfin une statue du musée de Mossoul en Irak, je remercierais le Président Jacques Chirac. Un homme bon et sensible. Le seul à avoir qualifié les pillages dont j'ai été victime de « crimes contre l'humanité ». Le seul à s'être ému de ma décapitation : autrement plus symbolique que celle des centaines d'opposants du régime de Saddam Hussein, décapités eux aussi. Plus encore que des femmes, des enfants et des vieillards Kurdes gazés par milliers.

Grâce à M. Chirac, j'ai enfin l'espoir qu'on nous redonne un peu de vie de par le monde, à nous, les vielles pierres : symboles de l'humanité, berceaux de la civilisation.

À la différence de tous ces morts inutiles, que nul n'a voulu sauver ou même tenté de le faire, je me sens enfin valorisé. Plus proche encore de ces hommes qui savent porter leur regard plus haut que de tristes mortels et s'émouvoir du sort de mon coeur de pierre.

La bible dit : « qui sauve une vie sauve l'humanité ».

Aujourd'hui, l'Unesco, l'Union européenne et le Président de la République Française ont décidé de sauver l'humanité en se portant au secours des vielles pierres.

Pas n'importe lesquelles. Celles dont le coeur saigne !

 

Albert Capino

Sur une idée de P. Bouskila

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