LE MAL DU PAYS
Vous avez sans doute entendu parler de cette jolie nouvelle de Sholem Aleikhem, qui s'intitule Le mal du pays.
En substance, un petit village d'Europe centrale, pauvre mais digne, reçoit, avec un certain retard, une information stupéfiante : une « sorte de confrérie » se propose de transporter tous les juifs du monde vers Israël ! On rit très fort, on raille, mais un peu plus tard, on cherche et on comprend que le mot « sionisme » correspond au Sion de nos prières.
Le message des sionistes était clair : il fallait réunir de l'argent sous forme d'actions afin d'acheter des terres en Israël.
Après plusieurs tours de table, on réunit la somme, on l'envoie à la banque juive, au grand dam du préposé de la poste, antisémite à souhait, qui manque de s'étouffer quand il découvre qu'il existe une banque juive. Et l'attente commence...
Quand, après plusieurs mois, la réponse arrive, tout le village se réunit dans la synagogue et le Rabbin, homme doux et effacé, ouvre l'enveloppe et commence la lecture. Le village est propriétaire d'un petit morceau d'Erets Israël.
L'émotion est à son comble et on devine que le Rabbin écrase une larme. On lui demande ce qui ne va pas et le Rabbin dit : « C'est le mal du pays ».
C'est cette forme d'amour que nos pères ont nourri pour une terre qui était un rêve et un espoir. Les larmes du rabbin sont celles que j'ai vu dans les yeux de nos anciens quand ils commentaient un texte sacré et que la discussion virait du sacré au nationalisme, tout autant sacré.
Je me souviens du récit d'un homme dont je salue la mémoire et qui avait eu la chance de se rendre en Israël vers 1955 - 1956. Son histoire était poignante et il décrivait cette terre, si physiquement lointaine et pourtant si proche en nos coeurs et nos mémoires, qu'en le quittant à regret avec mes copains de l'époque, nous avions l'impression d'avoir accompli ce même voyage.
Nous avons parlé d'Israël plusieurs jours durant, au point que je me brouillais avec un de mes amis qui refusait d'agréer un détail et dont il me déniait la véracité !
C'est dire combien cette terre promise nous habitait, combien nous l'aimions, combien nous la trouvions merveilleuse et quand aujourd'hui je constate que l'on critique, qui les conditions de vie, qui la rudesse des habitants, qui la politique, qui la religion, qui pourvu qu'on critique, je leur dis tout net : Israël appartient à ceux qui le méritent. Les autres ne peuvent pas comprendre car ils ont vécus en dehors de cet amour et pour eux les notions de « Machiah », de résurrection, de « Lechana Abaha Birouchalaïm » et tant d'autres, leur sont inconnues.
Qui leur donne le droit de parler ?
Même la démocratie ne les autorise en rien à parler de sujets qu'ils ne maîtrisent pas... Leur critique malsaine est uniquement liée à un manque de culture.
Et tout le monde connaît ce vieil adage : la culture c'est comme les parachutes. Quand on n'en a pas, on s'écrase.
René SEROR
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