CORRESPONDANCE AVEC L'OMBUDSMAN
DU POSTE DE TÉLÉVISION RADIO-CANADA
(dossier en cours...)
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Le 30 mai 2003À : Monsieur Renaud Gilbert
Ombudsman de Radio-canada
ombudsman@radio-canada.caObjet: Émission Zone Libre du 23 mai 2003 ; Programme secret d'armements nucléaires d'Israël dénoncé par Mordechai Vanunu
Monsieur l'Ombudsman de Radio-Canada,
Vendredi le 23 mai dernier, nous avons eu droit encore une fois de plus, à une bien désolante émission d'information à la télévision d'État de Radio-Canada. Un montage de coupures de reportages d'informations sur Israël, citées hors texte, de manière à nous suggérer l'image qu'Israël pourrait avoir, en raison de son programme de défense nucléaire, être un État voyou du Proche-Orient.
Ce type d'émission négative, hostile et partiale est malheureusement de plus en plus une pratique courante en ce qui concerne Israël à notre réseau de télévision de Radio-Canada. On peut même dire que présentement, ce type d'émission, aussi bien à la radio qu'à la télévision est une tendance générale lorsqu'on parle d'Israël.
À ma connaissance, lorsque nous nous plaignons de la diffusion de telles émissions, nous n'avons jamais raison. Et pourtant, nous ne pouvons pas toujours avoir tort ?
L'argument qu'on entend le plus souvent de vos journalistes qui réfutent nos plaintes : « on ne peut rien dire sur Israël sans se faire automatiquement critiquer, désavouer etc.. »
Vos journalistes ont-ils pensé avant de tomber dans cette désinformation, d'ajuster leurs reportages à la réalité que vit Israël, où la télévision et la radio nationales palestiniennes ne diffusent que des reportages biaisés sur le déroulement des négociations. Par exemple, elles omettent tous les aspects positifs des mouvements diplomatiques en cours et amplifient les échec à bien plaire. La télévision palestinienne promet ainsi « de nouvelles désillusions du type d'Oslo et une augmentation de l'emprise de l'ennemi sioniste sur la Palestine avec l'aide des États-Unis ». Les mêmes médias redoublent d'incitations directes à la haine et au meurtre, comme si l'initiative de paix n'existait pas.
Pourquoi, le service de nouvelles de Radio-Canada ne diffusent pas une heure de ces appels au meurtre et à l'autodestruction que diffuse la télévision palestinienne, sans commentaire, pour ne pas tendre la joue à la critique de propagande sioniste, mais seulement avec une traduction littérale en français et en anglais du son original ? Ce serait très intéressant et instructif à écouter.
Après tout ce que je viens de dire, pensez-vous encore qu'il serait normal dans une telle situation, que le peuple Juif reste les bras croisés, sans rien tenter pour se défendre ? Faudrait-il, qu'Israël, devant une telle situation suicidaire, se prive de moyens persuasifs efficaces de défense ? Moi pas !
Peut-on demander au peuple Juif d'attendre tout simplement le jour où les peuples arabes voudront bien venir réaliser leur voeux le plus cher : détruire Israël et les égorger un à un, chez eux à domicile ?
Comment réagir autrement lorsque sur le site http://www.islamonline.net, deux dirigeants islamiques de l'université d'Al Azhar, l'instance la plus élevée de l'Islam sunnite, viennent de déclarer que « la possession d'une arme nucléaire moderne est une obligation religieuse pour les pays Islamiques ».
Le dirigeant du Comité des Décisions religieuses islamiques de la même université d'Al Azhar, le Cheikh Ali Abu Al Hassan, a pour sa part été encore plus clair en déclarant sur le même site le 23 décembre dernier : « la connaissance de l'ennemi et la préparation à la confrontation sont une obligation religieuse. Si une nation amie ou ennemie possède une arme particulière, les musulmans sont obligés de s'équiper de cette même arme ou d'une arme plus sophistiquée ». Ici, on remarque qu'il n'est nullement fait mention d'Israël. C'est tous les pays non musulmans qui possèdent l'arme nucléaire.
Le Moyen-Orient arabe est si malade, si malade qu'il exporte son mal au reste du monde. L'Arabie Saoudite et l'Iran des ayatollahs, il faut bien le reconnaître sont les deux principaux exportateurs de ce mal. S'il n'a aucun changement, on ne peut que considérer que ces deux pays sont sur une trajectoire qui ne peut que mener à une collision avec l'occident.
Je crois, pour toute ces considérations, monsieur Renaud Gilbert, qu'il est temps que vous interveniez auprès des journalistes de Radio-Canada pour qu'ils arrêtent d'être partiaux en faveur des palestiniens, et qu'ils aient une critique juste envers Israël. Car demain, nous aurons peut être à nous défendre tous ensemble contre le fanatisme religieux islamique ?
Je vous prie d'agréer, Monsieur Renaud Gilbert, l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Jean-Marie Gélinas
Montréal****************************** Réponse de Jean Pelletier, Directeur des grands reportages et des documentaires, Radio-Canada (jpelletie@radio-canada.ca) à Jean-Marie Gélinas
Objet : Réponse à votre plainte à l'Ombudsman re.Émission Zone libre
M. Jean-Marie Gélinas
L'ombudsman m'a transmis votre plainte au sujet de notre édition de Zone Libre du 23 mai dernier. Selon vous ce reportage produit par la BBC est « un montage de coupures de reportages d'information sur Israël, citées hors texte, de manière à nous suggérer qu'Israël pourrait être un état voyou du Proche-Orient ».
Comme vous ne citez aucun passage du reportage en question à l'appui de votre critique, que vous ne relevez aucune erreur de faits non plus que vous ne réfutez aucun des témoignages entendus, il m'est difficile de répondre à votre plainte. Cela dit il s'en dégage une conclusion à savoir que pour vous, dès lors qu'un reportage questionne une politique d'Israël cela signifie que la télévision qui le diffuse fait preuve d'un préjugé anti-Israël. Ce document produit par une télévision publique réputée, la BBC, est selon vous l'équivalent de la propagande diffusée par le Hezbollah ou je ne sais quel mouvement anti-Israélien. Je le déplore.
La question soulevée par ce reportage, le programme nucléaire Israélien, vous en conviendrez, interpelle toute l'humanité. Ces bombes ont été construites dans le plus grand secret, au mépris des accords internationaux et des programmes d'inspection, en utilisant le mensonge et la supercherie. Pour le ministre Peres, il le dit dans le reportage, « quand votre vie est menacée vous avez le droit d'avoir recours à la supercherie ». Ce point de vue est aussi le vôtre. Israël, soutenez vous, menacée depuis sa création a le devoir de tout mettre en oeuvre pour se défendre et par voie de conséquence des entreprises de presse comme la nôtre ou la BBC devraient dans leur couverture d'Israël systématiquement faire écho à la menace dont il est l'objet. Je respecte vos convictions comme celles de M. Peres. Mais cela étant dit, plusieurs israéliens ne sont pas d'accord. Pour eux, un état démocratique ne peut en secret se construire une arsenal nucléaire au mépris de ses engagements internationaux. Ce point de vue mérite aussi, je pense, le respect et d'y faire écho ne signifie pas que l'on endosse pour autant la volonté de certains de ses voisins de voir Israël disparaître.
Pourquoi Israël aurait-il le droit de transgresser la loi au nom de sa sécurité, et que la Corée du Nord devrait lui être mis au banc et l'objet d'un boycott économique ? Pourquoi Israël peut-il s'armer d'une bombe A et le Pakistan, comme l'Inde du reste ont, eux, été l'objet de mesures de rétorsions économiques en réaction à leur programme atomique ? Vous me direz mais Israël est une démocratie et non pas un État voyou, comme le soutiennent bon nombre de ses citoyens dans notre Reportage. Israël, parce qu'il s'agit justement d'un état démocratique, a l'obligation de l'être jusqu'au bout. De faire état de ce débat central ne veut surtout pas dire que nous prenons partie pour les kamikaze terroristes palestiniens ou encore les ennemis d'Israël.
En lisant ces derniers jours le premier Ministre Sharon reconnaître que les territoires palestiniens sont bel et bien « occupés » et qu'à force de maintenir cette occupation la paix deviendra de plus en plus illusoire; en écoutant à Akaba le premier ministre palestinien dénoncer le terrorisme; en constatant enfin que pour les États-Unis la paix au proche Orient ne sera possible que si Israël revient dans ses frontières et abandonne ses colonies de peuplement, force est de conclure que la raison reprend ses droits. Je doute que la cause de la paix serait mieux servie si les reportages d'entreprises de presse comme la nôtre ou la BBC avaient choisi de ne rapporter qu'un seul point de vue.
Espérant que ces explications vous feront la preuve de notre bonne foi dans la couverture difficile de cette région du monde vous avez l'entier recours, dans le cas contraire, de réclamer de l'Ombudsman qu'il fasse enquête.
Veuillez agréer l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Jean Pelletier
Directeur des grands reportages et des documentaires****************************** Réponse de Jean-Marie Gélinas à Jean Pelletier ; c.c. à l'ombudsman de Radio-Canada
Monsieur Renaud Gilbert
Ombudsman de Radio-Canada (ombudsman@radio-canada.ca)Monsieur l'Ombudsman,
Je vous informe par la présente, que je ne suis pas d'accord avec la position exprimée par monsieur Jean Pelletier dans sa réponse à ma plainte. En conséquence, je maintiens ma plainte au sujet de l'émission de Zone Libre, diffusée le 23-05-2003, 21 h, Vous trouverez ci-dessous la copie du courriel envoyé comme réponse à monsieur Pelletier.
Je vous prie d'agréer, monsieur Renaud Gilbert, l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Jean-Marie Gélinas
Le 12 juin 2003
Monsieur Jean Pelletier
Directeur des grands reportages et documentaires
Radio-CanadaMonsieur Jean Pelletier,
Comme vous le mentionnez dans votre courriel du 4 juin dernier, si je n'ai pas cité de passages précis de l'émission Zone Libre, c'est que c'est toute l'émission qui est en cause. Oui, tout le monde peut critiquer Israël, mais je déplore le fait que Radio-Canada en général ne critique jamais les actes de violence des Arabes palestiniens et des pays arabes commis à l'endroit d'Israël.
Radio-Canada ne montre jamais la violence faite aux enfants Palestiniens par leur propre système d'éducation et leurs médias qui les soumettent à des lavages de cerveau pour qu'ils deviennent des « martyres ».
Radio-Canada ne montre jamais ce qui se passe vraiment dans les mosquées le vendredi ; l'incitation à la haine non seulement d'Israël, mais de tous les Juifs, et ce dans pratiquement tous les pays arabes, et maintenant en Occident également. Ici même, à Montréal, en fait !
Radio-Canada ne prend jamais la peine d'aller dans les hôpitaux israéliens pour filmer les victimes de la terreur palestinienne.
Radio-Canada ne fait jamais de reportages sincères sur les souffrances des familles israéliennes.
À mon tour de vous demander de me donner un exemple de telles émissions ! C'est votre manque d'équité dans vos reportages et émissions relatives au conflit israélo-palestinien qu'il faut souligner et non le fait que vous critiquez Israël. C'est votre critique unique et sans relâche d'Israël qu'il faut mettre à jour parce que vous attisez l'antisémitisme ici, au Québec.
Justement, une autre de mes critique est que, lorsque vous interviewez des Juifs, vous trouvez presque toujours de ces Juifs d'extrême gauche qui détestent leur pays et se détestent eux-mêmes et sont prêts à critiquer injustement Israël sans se soucier des conséquences. Pourtant, ces juifs ne forment qu'une faible minorité non seulement en Israël, mais partout dans le monde, y compris à Montréal. La preuve, c'est qu'en Israël, des élections libres et démocratiques ont mis au pouvoir (par une très forte majorité) le gouvernement de droite de M. Sharon.
Alors, pourquoi ne pas demander l'opinion de ces gens-là ? Pourquoi ne pas savoir ce que la majorité des israéliens pense au lieu de faire de la désinformation en faisant croire aux Québécois que même les israéliens sont contre leur pays et que, implicitement, il est acceptable ici au Québec de détester Israël.
Oui, Israël a la bombe atomique. Tout le monde le sait. Sauf que cette émission présente M. Peres comme un politicien malhonnête, qui refuse de répondre aux questions. Et lorsqu'il répond aux questions, c'est évident que le montage déforme ce qu'il dit. Pas une fois on n'a vu un homme d'État expliquer librement pourquoi Israël aurait un programme d'armes nucléaires. Et pourtant, vous et moi savons exactement pourquoi cet État doit se protéger.
Oui, la BBC est une télévision publique réputée, mais cela ne l'empêche pas de produire des émissions de ce genre qui n'ont pour but que de salir un pays. Et ce genre d'émission n'est pas digne d'être présentée au Québec. Nous ne voulons pas que le Québec devienne comme la France, un endroit où les juifs sont soumis à de l'antisémitisme presque constant. Justement, les Anglais sont connus pour leur antisémitisme virulent. Cette émission n'aurait jamais dû être diffusée au Québec.
Israël a toujours eu comme stratégie de laisser entendre officieusement qu'elle détenait l'armement nucléaire, et cela dans le but de dissuader les pays arabes voisins de l'attaquer. Cette stratégie s'est avérée positive. Ces ennemis, convaincus de cet état de fait, ont depuis cessé de lui faire des guerres d'agressions. Par contre, aucun pays occidental n'a été dupe de cette stratégie.
Tous savaient qu'une entente avec les États-Unis en date de 1969, stipulait qu'Israël s'engageait à s'abstenir de toute déclaration sur son potentiel nucléaire et à ne pas procéder à des essais nucléaires. Les termes de cette entente ont toujours été respecté par Israël. Aucune violation a été constatée à ce jour de cette entente par les pays occidentaux, entre autres, par les États-Unis et le Canada.
En outre, Israël a toujours affirmé, et dit à maintes reprises qu'en cas de paix globale, réel et durable, elle favoriserait la dénucléarisation de la région du Proche-Orient. Israël veut vivre en paix avec tous ses voisins, malheureusement, ce n'est pas les mêmes intentions qui animent les pays arabes voisins.
L'émission Zone Libre du 23-05-2003, ne peut pas être considérée comme une véritable émission d'information. Son contenu est plutôt un ramassis de fonds de tiroirs de propagande usée, qui d'écrit Israël comme étant un pays voyou. Israël n'est pas un pays voyou !
L'émission Zone Libre décrit Mordechai Vanunu comme un héros. Mordechai Vanunu est tout simplement un homme qui a manqué à son serment de confidentialité en divulguant des secrets d'État sur le programme nucléaire israélien. Il a été accusé en 1988 de « trahison » et « d'espionnage » envers son pays, Israël. À la suite d'un procès juste et respectueux des droits démocratiques en vigueur en Israël, il a été condamné à 18 ans de prison ferme. Le reportage de Zone Libre s'efforce de faire comprendre le contraire.
C'est pourquoi, je maintiens ma plainte à l'Ombudsman de Radio-Canada. N'y voyez rien de personnel.
Veuillez agréer, monsieur Pelletier, l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Jean-Marie Gélinas
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LE 27 JUIN 2003, ISRAËL ROMPAIT SES LIENS AVEC LA BBC À LA SUITE DE LA DIFFUSION DE CE REPORTAGE SUR LES ONDES DE LA CHAÎNE ANGLAISE.
(Cliquez ici pour l'article en anglais)****************************** Réponse de l'ombudsman à la plainte de Jean-Marie Gélinas
Bureau de l'ombudsman des services français
Montréal, le 28 juillet 2003
À : M. Jean-Marie Gélinas
Objet: « Israël: Armes secrètes» Un reportage diffusé à Zone Libre (TV- Chaîne principale) le 23 mai 2003
Monsieur,
Le 1er juin dernier, vous avez porté plainte à propos d'un reportage sur le programme d'armement nucléaire d'Israël, intitulé « Israël: Armes secrètes », diffusé sur la chaîne principale de la télévision de Radio-Canada à 21 h le 23 mai 2003 dans le cadre de Zone Libre. Vous aviez estimé que « ce type d'émission négative, hostile et partiale, est malheureusement de plus en plus une pratique courante en ce qui concerne Israël à notre réseau de télévision de Radio-Canada. »
Le 6 juin, le directeur du service Grands reportages et documentaires, M. Jean Pelletier, vous répondait. Il signalait en tout premier lieu que « Comme vous ne citez aucun passage du reportage en question à l'appui de votre critique, que vous ne relevez aucune erreur de fait non plus que vous ne réfutez aucun des témoignages entendus, il m'est difficile de répondre à votre plainte. » Il soulignait malgré tout que « ce document produit par une télévision publique réputée, la BBC » soulève « une question, le programme nucléaire israélien, qui interpelle toute l'humanité. » Diffuser un reportage qui questionne une politique d'Israël ne signifie pas que la télévision qui le diffuse « fait preuve d'un préjugé anti-Israël. » « Je doute (affirme-t-il) que la cause de la paix serait mieux servie si les reportages d'entreprises de presse comme la nôtre ou la BBC avaient choisi de ne rapporter qu'un seul point de vue. »
Vous avez répliqué à M. Pelletier le 12 juin et le 13 vous avez demandé la révision de l'ombudsman.
LA RÉVISION DE L'OMBUDSMAN
J'ai visionné à la fois l'émission originale de la BBC et l'émission diffusée par Radio-Canada. J'ai aussi eu accès à la transcription de la narration de la version anglaise comme de la version française.
« Israël: Armes secrètes » est une adaptation de « Israel's secret weapon » , un reportage de l'émission Correspondent sur le programme secret d'armement nucléaire d'Israël. Il s'agit d'une production interne de la BBC d'une durée de 44 minutes 20 secondes. Elle est entièrement tournée en extérieurs, et c'est le reporter qui fait la narration sur le visuel recueilli; il n'y a pas de présentateur en studio, ni hors studio.
Ce document est construit autour de Mordechai Vanunu, un israélien condamné à 18 ans de prison en 1986 pour avoir confirmé par ses révélations l'existence d'un programme d'armement nucléaire d'Israël; dans sa version anglaise, il s'ouvre sur quatre questions affichées en caractères gras à l'écran:
Which country in the Middle East has undeclared nuclear weapons?
Which country in the Middle East has undeclared biological and chemical capabilities?
Which country in the Middle East has no outside inspections?
Which country jailed its nuclear whistleblower for 18 years?
Il faut savoir qu'avant même d'être diffusé, ce long reportage avait fait l'objet de critiques intenses par des groupes juifs. Sa diffusion en Grande-Bretagne avait été prévue pour le dimanche 16 mars à 19 h 15; mais le Sommet des Açores, à la veille de la guerre en Iraq, a provoqué le report de sa diffusion au lendemain le 17 mars à 23 h 20. En lieu et place, c'est un documentaire sur les moulins à vent qui a été diffusé. Ce qui a donné lieu à plus d'un milliers d'appels téléphoniques de ceux qui ont perçu la décision comme le résultat de pressions; ce à quoi la BBC a répondu que la couverture du Sommet des Açores était prioritaire et que le documentaire était diffusé dans un créneau habituellement dédié à l'information (The Independent, 19 mars 2003).
Au lendemain de sa diffusion, la BBC aurait reçu 2 500 appels téléphoniques de protestation. Parmi les éléments les plus contestés, le fait que le document soulève la question d'un double standard: un pour l'Iraq, un autre pour Israël. Cette comparaison entre Israël et l'Iraq, à la veille d'une guerre contre l'Iraq pour les raisons que l'on connaît (État « voyou » possédant des armes de destruction massive), a alimenté la controverse; de même la comparaison entre Saddam Hussein et Ariel Sharon; ainsi que les affirmations entourant l'utilisation par les Israéliens de gaz incapacitants « inconnus » contre les Palestiniens.
Au point où le gouvernement de l'État d'Israël a rompu tous les contacts avec la BBC le 27 juin pour protester contre la « démonisation » répétée d'Israël par la BBC et contre la décision de diffuser le documentaire sur BBC World, une chaîne diffusée par satellite qui peut être captée dans grand nombre de pays du Moyen-Orient. Pourquoi? Parce que la BBC maintiendrait une attitude « consistante » dans plusieurs émissions qui tentent de situer Israël dans la même catégorie que des pays totalitaires qui font partie de « l'axe du mal» comme l'Iraq et l'Iran. L'émission sur les armes secrètes qui « contient l'affirmation fausse et ridicule que les Israéliens ont utilisé du gaz innervant (nerve gaz) contre les Palestiniens » serait la goutte qui a fait déborder le vase. Sans compter que Ariel Sharon ne serait jamais mentionné sans faire une référence à ses supposées tendances de droite ou à son passé militaire (The Times, Londres, le 28 juin).
Certains membres de la communauté juive jugent que cette attitude frise l'antisémitisme et contribue à « délégitimiser » l'État d'Israël; en conséquence le gouvernement lui-même a pris une série de mesures pour rendre plus difficiles les activités de la BBC en Israël. Au lendemain, la BBC a rejeté ces accusations et l'Association de la presse étrangère en Israël a critiqué la décision du gouvernement de boycotter la BBC.
Le 16 juillet, dans le Jerusalem Post, le directeur du Bureau de presse du gouvernement d'Israël, Daniel Seaman, revenait à la charge et soulevait à nouveau la question: « Est-ce que la couverture d'Israël par la BBC fait preuve d'intégrité, d'impartialité, d'honnêteté et d'exactitude? »
La version de Radio-Canada
L'adaptation de Radio-Canada dure 42 minutes; elle est constituée de 38 minutes 30 de la version originale incluant une traduction littérale en français de la version anglaise et de 3 minutes 30 pour les présentations, les enchaînements et l'ouverture et fermeture de l'émission.
L'ouverture de l'émission originale a été supprimée: le titre de l'émission Correspondent, la mise en garde à propos de scènes qui pourraient troubler les téléspectateurs, les quatre questions écrites à l'écran. Je comprends que la traduction du titre en utilisant le pluriel (Armes secrètes) plutôt que le singulier (L'arme secrète d'Israël), a voulu inclure le potentiel biologique et chimique inclus dans la formulation des questions de la version anglaise.
La partie sur le documentaire-choc de la télévision israélienne sur les déchets radio-actifs et les effets de la radioactivité sur les employés de Dimona a été écourtée.
La présence de la reporter de la BBC à l'écran (incluant ses propos) a été réduite. D'abord lorsqu'elle téléphone pour obtenir des commentaires sur les victimes de radio-activité. Un passage qui conclut ce segment a été supprimé: « I just don't get it. If this was the Soviet Union or Iraq or North Korea I'd understand why people are so scared to talk. But this is Israël. This is supposed to be a democracy .» Un peu plus loin, on a retiré la phrase suivante: « There is a cry going up which is talking about a double standard » mais maintenu la question à Shimon Peres « The world has to check Iraq's nuclear installations but not Israel's. »
Deux autres passages ont été retirés. Les propos d'un premier activiste israélien qui a affirmé que: « They pressurise Iraq about nuclear weapons. What about Israel?»
Et la présentation de l'interlocuteur du Pentagone qui devait répondre aux questions de la journaliste: « This morning we've finally been told that we're going to have an interviewee. He's an expert in all matters Israeli. He's Under Secretary of Defense, and his name is Douglas Feith. »
À la fin de l'émission, la version anglaise défile en surimpression le nom des (23) artisans qui ont travaillé à la production de l'émission, ainsi que leur fonction; la version française limite à deux le nombre de ces artisans et ajoute: Production BBC.
Le réalisateur de Zone libre qui a procédé à l'adaptation, Pierre-Paul Gauvin, m'a affirmé que sa principale préoccupation a été de respecter le sens du document. Il a ainsi préféré supprimer les propos de la journaliste-reporter de la BBC plutôt que ceux de ses interviewés, les segments répétitifs (autour des travailleurs de Dimona), ainsi que l'ouverture et la fermeture du document.
Cette énumération est peut-être fastidieuse, mais elle permet de comprendre que si les passages supprimés avaient été diffusés, il y aurait pu y avoir deux conséquences:
La première, c'est que ces passages auraient pu contribuer à établir en toute clarté que le document n'est pas une production de Radio-Canada, mais bien de la BBC.
La deuxième, c'est qu'ils auraient pu accentuer la perception que le document est «partial» c'est à dire anti-israélien, pour un certain nombre de téléspectateurs comme vous.
Le traitement des acquisitions
La politique journalistique de Radio-Canada affirme que:
« Avant de s'engager à coproduire ou à acquérir une émission à contenu journalistique, il faut s'assurer qu'elle respecte les normes journalistiques de la Société ». (Normes et pratiques journalistiques, NPJ, p. 43)
Ces normes sont accessibles sur le site Internet de www.radio-canada.ca/ombudsman
Dans les faits, le rôle que Radio-Canada joue dans l'activité d'acquisition n'est pas le même que dans l'activité de production maison. Dans le cas d'une acquisition, Radio-Canada n'a pas participé au processus de production; elle ne peut juger de la valeur d'un document qu'à sa face même, sur la base d'une connaissance indirecte du sujet et sur la confiance envers l'entreprise qui l'a produit.
D'autre part, il est difficile d'imaginer qu'une application rigoureuse de la politique journalistique ne reviendrait pas à reprendre tout le processus de production: cueillette et traitement de l'information.
Enfin, dans la mesure où un document ne respecterait pas la politique journalistique, la direction devrait choisir de ne pas le diffuser. Le public pourrait alors être privé d'émissions d'information qui mériteraient quand même d'être portées à son attention. Il ne serait pas interdit par exemple de diffuser une émission de la télévision d'état de la Corée du Nord pour illustrer la manière dont on informe les Coréens sur le programme d'armement nucléaire de leur pays: ce sont les présentations qui viendraient corriger les erreurs de fait ou signaler que le document est partial.
C'est pourquoi j'ai recommandé dans mon dernier rapport annuel (2002-2003) que la direction se penche sur cette norme (citée plus haut) afin d'examiner si l'interprétation qu'on peut en tirer représente bien l'intention de la Société.
La plupart du temps il n'y a pas une vérification systématique (des faits, des affirmations) lorsque Radio-Canada acquiert un document produit par une maison établie comme la BBC ou PBS (Public Broadcasting Corporation): c'est la maison qui est garante de la valeur de son document. Dans la mesure où le document est attribué à la maison qui l'a produit, le respect d'une certaine éthique fait aussi que Radio-Canada ne corrige pas ce document qui n'est pas le sien: on le présente en respectant le plus possible la version originale.
En conséquence, il est donc préférable que Radio-Canada conserve une certaine distance avec un document dont elle n'a pas entièrement assumé la production et laisse le public juger de la valeur de l'éthique journalistique de ceux qui l'ont produit.
Dans la philosophie de Radio-Canada, le premier principe qui est affirmé, c'est que:
« a) Les ondes appartiennent à tous et chaque citoyen a le droit de connaître les principaux points de vue sur toute question d'importance » (NPJ, p.47)
Le troisième principe, c'est
« c) La libre circulation des idées et des opinions est une des principales sauvegarde de la liberté des institutions.» (NPJ, p.47)
Il me semble que c'est à la lumière de ces deux premiers principes qu'il faut interpréter la responsabilité de la Société en matière d'acquisitions: il ne conviendrait pas de restreindre les acquisitions dans la mesure où il y a restriction de la circulation des idées ou opinions, ce qu'on appelle plus souvent de la censure.
Radio-Canada n'endosse pas les opinions qui sont diffusées sur ses ondes; il me semble qu'on peut aussi affirmer que Radio-Canada n'endosse pas les opinions contenues dans une acquisition. La Société ne peut que s'assurer de bonne foi que son contenu ne contrevient pas aux lois canadiennes.
Radio-Canada est plutôt un lieu où la diversité des opinions peut s'exprimer.
Quant aux faits contenus dans un document qui est une acquisition, je m'interroge toujours sur le degré de contre-vérification requis. Je continue à croire qu'il faut s'appuyer sur la crédibilité du producteur et sur la vraisemblance des faits rapportés.
Dans ce cas-ci, il me semble qu'il aurait été souhaitable d'indiquer dès la présentation initiale qu'il s'agissait d'un document de la BBC: le crédit surimprimé en petits caractères à la fin de l'émission m'est apparu tardif et insuffisant. Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Le public aurait pu faire ainsi une distinction sur la responsabilité de Radio-Canada, qui porte fondamentalement sur le fait de diffuser ou non le dit-document, c'est à son intérêt public.
Il me semble aussi qu'il aurait été souhaitable que le public sache d'entrée de jeu, que ce document avait suscité une controverse à l'occasion de sa diffusion en Grande-Bretagne; qu'il sache ce qui avait fait l'objet de la controverse; enfin qu'il sache que la diffusion de ce document avait eu des conséquences sur les rapports entre la BBC et le gouvernement de l'État d'Israël. Aucune des personnes responsables de la décision de diffuser ou d'adapter ce document ne semble avoir été au courant de cette controverse avant la diffusion du document sur les ondes de Radio-Canada. C'est peut-être étonnant, mais il n'y a pas lieu d'en douter et on peut en tirer une conclusion. C'est que l'acquisition d'un document produit et diffusé à l'étranger requiert de poser au moins quelques questions: est-ce que la diffusion de ce document a suscité la controverse? Pourquoi? Est-ce qu'il reste crédible?
Il y a peut-être lieu d'établir un certain nombre de règles de pratique lorsque vient le temps d'acquérir une production externe et de la diffuser.
J'ai été intrigué par la disparition de la quasi-totalité des crédits originaux de la BBC à la fin de l'émission. Il me semble que les noms de tous ceux qui ont contribué directement au traitement journalistique auraient pu se retrouver à l'écran, y compris les noms des artisans de Radio-Canada qui ont pris la décision de le diffuser et qui en ont fait l'adaptation.
Israël: Armes secrètes
Le sujet de ce document, un programme d'armement nucléaire, était certainement d'intérêt public.
La direction a longuement répondu à vos commentaires.
J'endosse l'observation de la direction: vous n'avez cité aucun passage du reportage en question à l'appui de votre critique, vous n'avez relevé aucune erreur de fait, enfin vous n'avez réfuté aucun des témoignages entendus.
J'en conclus que votre plainte est non-fondée et pour cette raison, je la rejette.
Renaud Gilbert
Ombudsman des services français
Société Radio-Canada****************************** Une autre plainte
À : Monsieur Renaud Gilbert
Ombudsman de Radio-canada
ombudsman@radio-canada.caObjet : Armement nucléaire en Israël
Monsieur,
Par la présente, je voudrais déposer une plainte contre l'équipe de « Zone libre » à la suite d'une émission présentée à Radio-Canada le 23 mai 2003, à 20 heures et à RDI le 25 mai 2003, à 21 heures, relative aux armes nucléaires en Israël où, sous couvert d'information, Israël est mis en accusation sans recours.
1) Mordechai Vanunu, qu'on nous présente ici comme un « objecteur de conscience » et un héros, alors qu'il n'est qu'un traître à sa nation, ses origines et sa famille, qui l'a d'ailleurs renié.
2) Programme secret d'armement nucléaire : secret de Polichinelle ! Israël a toujours reconnu officieusement qu'elle détenait l'armement nucléaire, et ceci depuis bien longtemps, pour dissuader ses voisins et ennemis de l'attaquer.
D'autre part, il n'a jamais été interdit à des pays démocratiques tels que la France, la Grande Bretagne, les États-Unis, la Russie, le Japon, de détenir l'armement nucléaire. Pourquoi Israël, seul pays démocratique de la région et entouré d'ennemis, n'aurait pas le droit de se protéger en se dotant de l'armement nucléaire ?
En outre, Israël a dit à maintes reprises qu'en cas de paix globale, authentique et durable, elle favoriserait la dénucléarisation de la région.
3) Israël est mis à l'index et présentée comme un état voyou. Pourquoi ne parle-t-on pas de pays anti-démocratiques et totalitaires qui possèdent aussi l'armement nucléaire, tels que la Corée du Nord, le Pakistan et surtout l'Iran, qui a toujours dit qu'il développait l'arme nucléaire pour attaquer Israël ?
4) La centrale nucléaire de Dimona : ce documentaire cherche à nous faire croire que Dimona est la seule centrale nucléaire au monde où les travailleurs souffrent de problèmes de santé, alors que l'on sait très bien que les gens qui travaillent dans des centrales nucléaires s'exposent à de forts risques.
5) Le journaliste Ronen Bergman parle de censure en Israël : ici on oublie de nous mentionner que les journalistes israéliens sont très critiques de la politique israélienne en général et qu'ils bénéficient de la liberté d'expression. Quant aux secrets d'État, dans tous les pays du monde, pas un journaliste ne pourrait dévoiler des secrets d'États sans subir de répressions.
6) Amalgame avec le Liban : qu'est-ce que le Liban a à voir avec l'armement nucléaire ? En outre, comme on le sait, Israël a dû se défendre contre le Hezbollah qui attaquait ses frontières.
7) Sabra et Chatilla : accusation d'Ariel Sharon alors que ce massacre a été perpétré par les milices chrétiennes libanaises. Encore une fois, mise en accusation d'Israël et de son Premier ministre, et problème qui n'a rien à voir avec l'armement nucléaire !
8) L'Intifada : ici on mentionne qu'à ce jour, il y a eu seulement 700 morts israéliens alors que l'on peut compter 2 000 morts palestiniens, tués par l'armée israélienne ! On oublie de faire état des kamikazes qui se font exploser au milieu de civils israéliens, ni des fameux « combattants » qui attaquent régulièrement l'armée israélienne. Encore une fois, qu'est ce que l'Intifada a à voir avec l'armement nucléaire ?
9) On nous montre un politicien arabe israélien qui a l'air d'un héros parce qu'il a le courage de dénoncer la politique israélienne concernant la prolifération des armes chimiques. Mais on oublie de nous mentionner que les Arabes israéliens ont les mêmes droits que tous les autres Israéliens, alors que les Juifs des pays Arabes ont toujours été considérés comme dhimmis (citoyens de seconde classe).
10) Parallèle indécent avec l'Irak, qui était un pays totalitaire et où le gouvernement a utilisé des armes chimiques contre sa propre population, alors que le programme d'armement nucléaire d'Israël est plutôt une arme de dissuasion.
Je porte donc ici plainte pour désinformation, offense à un pays démocratique et pour incitation à l'anti-sionisme, qui est aujourd'hui le meilleur paravent pour l'antisémitisme.
Bien à vous,
Julia Coriat,
Montréal****************************** Le 9 juin 2003
De : Ombudsman de Radio-Canada
À : Julia CoriatObjet: Armement nucléaire en Israël
Madame,
J'accuse réception de votre courriel. Vous portez plainte à propos de la diffusion d'un reportage sur Israël et les armes nucléaires diffusé à Zone Libre le 23 mai dernier, et repris sur RDI le 25 mai. Vous estimez qu'« Israël est mis en accusation sans recours ».
J'en transmets copie au directeur du service Grands reportages et documentaires, M. Jean Pelletier, afin qu'il puisse en prendre connaissance et vous répondre.
Si vous n'êtes pas satisfaite de la réponse obtenue, vous pouvez communiquer de nouveau avec le Bureau de l'ombudsman et demander une révision du dossier.
Veuillez agréer, madame, l'expression de mes sentiments distingués.
Renaud Gibert
Ombudsman des services français
Société Radio-Canada****************************** Le 18 juillet 2003
Réponse de Jean Pelletier, Directeur des grands reportages et des documentaires, Radio-Canada (jpelletie@radio-canada.ca) à Julia Coriat
Madame,
En réponse à votre plainte à l'ombudsman concernant notre reportage sur le programme atomique israélien et l'affaire Vanunu qui en découle, il me fait plaisir de vous transmettre les précisions suivantes et ce dans l'ordre des questions que vous soulevez.
1- M. Vanunu est-il un traître parce qu'il a rendu public un programme de construction de bombes atomiques qu'Israël souhaitait garder secret dès lors qu'officiellement cet État adhère au traité de non prolifération des armes nucléaires? La question mérite d'être posée et l'a été d'abord en Israël. Un « traître » est au service d'une autre puissance, M. Vanunu n'obéissait qu'à sa conscience et en accepte les conséquences. Que sa famille l'ait renié est une chose. Que cela nous oblige à porter le même jugement sur la signification de son geste en est une autre, particulièrement dans un État démocratique.
2- Israël n'a pas toujours reconnu officieusement qu'elle détenait l'arme atomique. Cette attitude est plutôt récente. Il reconnaît aujourd'hui qu'il a fait preuve de supercherie pour l'obtenir et la cacher. M. Pérez estime que la supercherie est moralement acceptable pour un État qui s'estime menacé par ses voisins. Cette thèse, encore une fois, ne fait pas l'unanimité dès lors qu'Israël est une démocratie. S'il est vrai que plusieurs pays démocratiques détiennent l'arme atomique, ceux que vous énumérez n'ont jamais construit un tel arsenal en affirmant le contraire. Quant au Japon, il ne dispose pas de la bombe A pour des raisons aussi philosophiques qu'historiques. Vous nous demandez pourquoi Israël, seul pays démocratique de la région entourée d'ennemis, n'aurait pas le droit de se prémunir en se dotant de l'armement nucléaire? Notre reportage ne visait pas à répondre à cette question mais tenait à mettre en lumière qu'Israël s'est doté de la bombe atomique en affirmant le contraire, en prétendant se plier aux traités internationaux auxquels il adhère officiellement. La distinction est de taille.
3- Nous avons abondamment parlé au cours des derniers mois aussi bien dans nos bulletins de nouvelles qu'à Zone Libre ou au RDI, des pays anti-démocratiques et totalitaires qui possèdent aussi ou souhaitent posséder l'armement nucléaire. Aussi, le Canada se serait même joint à l'effort militaire américain contre l'Irak si d'aventure les inspecteurs avaient établi que Saddam Hussein cachait dans ses déserts un arsenal nucléaire. Je vous souligne enfin que le Pakistan et l'Inde (un pays démocratique) ont fait l'objet de mesures de rétorsion de la part du Canada lorsqu'il a été établi que ces États avaient fabriqué la bombe atomique en secret au mépris de leurs engagements internationaux.
4- Si, à votre avis, toutes les centrales nucléaires au monde rendent leurs employés malades alors certes, point n'est besoin de poser des questions au sujet de celle de Dimona. L'ennui, c'est qu'une enquête israélienne les a posées ces questions et que les employés qui ont porté plainte refusent de parler aux journalistes par crainte de représailles. Cette affaire n'origine pas d'une enquête menée par une entreprise de presse étrangère mais bien par des journalistes israéliens.
5- Qu'un journaliste israélien de la trempe de Ronen Bergman dénonce la censure dans son pays mérite d'être rapporté. Cela prouve d'une part que la liberté de presse existe en Israël et que cet État dispose d'une presse forte qui n'hésite pas à s'acquitter de son devoir de débusquer la vérité pour le plus grand bien de tous et la sauvegarde des libertés fondamentales. Je ne vois donc pas en quoi nous devrions être blâmés de rapporter ces faits et de faire écho au travail libre et indépendant de journalistes israéliens.
6- Le reportage traite de ce qui s'est passé au Liban lors de l'invasion de ce pays par les forces israéliennes parce que plusieurs événements dans cette guerre ont mis en cause l'intégrité démocratique d'Israël. .
7- Le cas Sabra et Chatilla mérite d'être souligné car une commission enquête israélienne, la commission Kahane, président de la Cour Suprême d'Israël, avait conclu à une responsabilité indirecte de M. Sharon alors ministre de la défense. Je ne crois pas que c'est faire injure à la vérité que de rapporter ce qui s'est bel et bien passé.
8- Les chiffres des morts engendrés par la seconde Intifada sont soulignés parce qu'ils révèlent l'ampleur de ce tragique conflit entre deux communautés. Le terrorisme des kamikazes est-il plus abjecte que les chars et les tirs de rockets faisant des victimes innocentes? Dans l'escalade de la terreur, il importe moins de mesure l'horreur que d'y mettre un terme par le dialogue, l'ouverture et la raison. Obéir à la haine ne génère que plus de haine encore.
9- Selon votre interprétation de la constitution d'Israël, un député arabe qui dénonce à la Knesset la prolifération des armes chimiques devrait plutôt se taire parce que dans les dictatures voisines d'Israël les citoyens juifs ne disposent pas des mêmes droits. Je crois pour ma part qu'à partir du moment où la démocratie existe dans un pays il est inacceptable de faire valoir aux uns et aux autres que leurs origines ethniques ou encore leur religion, la couleur de leur peau ou leur sexe leur interdit d'exercer leurs droits constitutionnels. C'est tout à l'honneur d'Israël d'avoir un parlement libre et de laisser parler ses députés en dépit de leurs origines.
10- Le reportage ne fait pas un parallèle indécent avec l'Irak qui a utilisé des armes chimiques contre sa propre population si ce n'est qu'il relève un incident troublant, soit l'utilisation d'un gaz de nature inconnue contre des civils à Gaza. Le directeur du ministère palestinien de la santé affirme dans le reportage que les autorités israéliennes ont refusé de spécifier le type du gaz utilisé. Le reportage note enfin qu'Israël ne participe pas au traité sur les armes chimiques et biologiques. Ces faits méritent d'être soulevés au même titre que des faits similaires au Canada exigeraient de l'être. Vivre en démocratie c'est exiger des gouvernements qu'ils soient comptables des gestes qu'ils posent.
Quant au programme nucléaire d'Israël dont vous dites qu'il a un caractère dissuasif, cela ne contredit en rien ce qu'affirme le reportage. Nulle part y affirme-t-on qu'Israël entretient des visées hégémoniques au moyen de son programme d'armes atomiques.
11- Vous concluez votre plainte en nous accusant à toutes fins utiles d'antisémitisme. Je trouve déplorable que vous portiez à notre endroit une aussi grave accusation car rien n'est plus contraire à la vérité. Le tragique conflit qui oppose Israël à la Palestine a atteint un tel niveau de violence que les esprits s'échauffent et les accusations de partialité fusent de toutes parts. Aussi, nous recevons des lettres similaires à la vôtre en provenance de citoyens palestiniens qui estiment que nos reportages font preuve de partialité en faveur d'Israël. Nous tentons alors, comme je le fais auprès de vous aujourd'hui, de faire valoir notre bonne foi en soulignant que la quête de la vérité soulèvera toujours des critiques. Une presse qui ne dit que ce que les gouvernants ou les institutions ou les partis politiques ou certains groupe de pression souhaitent entendre n'est pas une presse libre mais une machine de propagande. En Israël, comme le montre notre reportage, plusieurs citoyens estiment que de faire la lumière sur l'affaire Vanunu ne peut à long terme que servir l'idéal démocratique Israélien. Ce pays est une grande idée, essentielle à l'avenir de l'humanité qui ne traversera l'épreuve du temps qu'en persistant à faire confiance à ses institutions démocratiques.
Espérant que ces explications vous éclaireront je vous précise que dans le cas contraire vous avez l'entier recours de réclamer de l'ombudsman de Radio-Canada qu'il fasse enquête.
Je vous prie de croire l'expression de mes meilleurs sentiments.
Amitiés,
Jean Pelletier
Directeur, Service des grands reportages et documentaires
****************************** Réponse de Julia Coriat à Jean Pelletier
Le 30 juillet 2003
À l'attention de M. Jean Pelletier, directeur des programmes de Radio-Canada
Monsieur,
J'accuse réception de votre courriel du 18 juillet 2003 en réponse à ma plainte faite auprès de l'ombudsman de Radio-Canada concernant une émission présentée à Radio-Canada et RDI les 23 et 25 mai 2003, relative à l'armement nucléaire secret en Israël. Émission qui a été conçue et réalisée par la BBC et traduite par Radio-Canada.
1) Mordéchai Vanunu est considéré comme un traître, non pas parce qu'il s'est mis au service d'une autre puissance mais parce que par la divulgation de secrets d'État, il a mis Israël en position de faiblesse et de vulnérabilité face un environnement hostile.
D'autre part, suivant le Larousse un traître est une personne qui trahit et non une personne qui se met au service d'une autre puissance, comme vous le certifiez.
En outre, je tiens à vous signaler que contrairement à vos allégations, Israël n'a jamais signé le traité de non prolifération des armes nucléaires. Ce qui veut dire que ce pays avait le droit de produire des armes nucléaires et que donc Mordéchai Vanunu qui «n'obeissait qu'à sa conscience» a en fait trahi son pays en dévoilant un secret d'État qui mettait en danger Israël.
2) Israël a reconnu implicitement qu'elle possédait l'arme nucléaire en affirmant qu'elle ne serait jamais la première à l'utiliser et que ceci était plutôt un moyen de dissuasion qu'un moyen offensif.
D'autre part, comme vous le savez, plus de 22 pays arabes et musulmans n'ont jamais caché que leur objectif ultime était la destruction d'Israël.
Qu'Israël ait pris les mesures nécessaires pour veiller à sa défense en s'armant de l'arme nucléaire constitue plutôt un geste de légitime défense et non une «supercherie» comme vous le mentionnez.
4) Tout employé dans n'importe quel pays qui travaille au service de l'État est tenu au devoir de réserve et plus particulièrement dans des endroits stratégiques tels qu'une centrale nucléaire. Que certains employés de Dimona soient malades, nul doute, mais il est évident que l'enquête d'un journaliste sur ces maladies ne portera pas que sur le sujet de la maladie mais aussi sur l'environnement et les conditions qui a amené les employés à être atteints.
Que des journalistes israéliens aient soulevé ce problème, ceci est encore une fois la preuve qu'Israël est une démocratie, mais Israël est encore et toujours la mire de certains journalistes «bien intentionnés» qui utilisent le moindre dérapage pour l'accuser.
6) En quoi le Liban est-il pertinent sur la question de l'armement nucléaire en Israël ? C'est un sujet qui se greffe au reportage et qui encore une fois, sert à vilipender Israël et à remettre en question son «intégrité démocratique». Hors sujet !
7) Démontrez-moi l'intérêt et la pertinence de parler de Sabra et Chatilla sur un programme consacré aux armes nucléaires en Israël ? Encore une fois, vous ne répondez pas à ma question ! Dans toutes émissions basées sur un thème, les réalisateurs vont toujours axer leur argumentation sur une même idée. Dans le contexte de Sabra et Chatilla, Hors Sujet !
8) Ici, vous essayer de justifier le terrorisme ! Êtes-vous pour la théorie qui essaie de nous faire avaler que le terrorisme contre les israéliens est une réponse aux «Chars et aux tirs de rockets» ? Votre théorie ne tient pas la route. Pas plus que celle de la «haine qui génère la haine» car comme tout le monde le sait, les kamikazes palestiniens ciblent des civils israéliens et surtout des jeunes alors que l'armée israélienne, en réponse au terrorisme sauvage, cible ce que vous appelez les «activistes» ou les «militants» qui ont en général du «sang sur les mains» ou qui planifient des attentats et si des civils palestiniens sont atteints c'est parce que les terroristes sont prêts à mettre en péril la population civile.
10) Le reportage fait état d'utilisation de gaz de nature inconnue contre les civils palestiniens. Toute cette argumentation se base sur une rumeur distillée par le Ministère palestinien de la Santé.
Les journalistes israéliens, à l'affût de n'importe quel scoop, auraient depuis longtemps dénoncé ce fait à la une. Or, nul média israélien ou occidental n'en a fait écho, sauf la BBC dans ce reportage ! Des journalistes israéliens du journal «Haaretz» basés dans les territoires, qui ont la réputation de ne pas faire dans la dentelle, n'en ont jamais fait la moindre mention.
C'est encore une rumeur dont peut-être involontairement, Radio-Canada en devient le porte-parole. En tout état de cause, quel lien avec l'armement nucléaire et Mordéchai Vanunu ? Hors Sujet !
11) Ici, vous détournez le sujet et vous vous plaignez que je vous traite «d'antisémite». Ce que je dis et répète est que ce genre de programme fomente l'anti-sionisme qui en train de devenir le meilleur paravent à l'antisémitisme. Et contrairement à vos impressions et sans tomber dans la paranoïa, nous assistons à un glissement de terrain et à des débordements verbaux à l'égard des juifs et d'Israël sans aucun discernement ni mesure.
Israël, comme toute démocratie et parce qu'elle est une démocratie, peut être critiquée mais il ne s'agit en aucun cas, par le biais de programme, de délégitimer son existence.
D'autre part, je pense que Radio-Canada en tant que radio et télévision d'État et publique, a le devoir de veiller à ne pas devenir le porte-parole de ces excès.
Avec mes salutations.
Julia Coriat
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