LA FORCE NUCLÉAIRE ISLAMIQUE
Le 24 septembre 2004
Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
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L'Iran remplace l'Irak au poste de 1er exportateur mondial de terrorisme, selon Israël
NATIONS UNIES (AP) - Israël a affirmé jeudi que l'Iran avait détrôné l'Irak de Saddam Hussein à la place d'«exportateur n°1 de terrorisme dans le monde», menaçant l'État hébreu et le monde entier.
Le ministre israélien des Affaires étrangères Silvan Shalom avait suggéré mercredi le 22 que l'Iran soit entendu devant le Conseil de sécurité pour répondre de son programme nucléaire. Il a affirmé jeudi que les missiles iraniens avaient la capacité d'atteindre Londres, Paris et le sud de la Russie.
«La communauté internationale reconnaît aujourd'hui que l'Iran n'est pas seulement une menace pour Israël mais aussi pour le monde entier», a déclaré Silvan Shalom lors de la rencontre ministérielle de l'Assemblée générale à l'ONU.
«En effet, l'Iran a détrôné Saddam Hussein en tant qu'exportateur n°1 de terrorisme, de haine et d'instabilité dans le monde», a-t-il ajouté.
Mercredi, l'Iran avait accusé Israël d'être une menace universelle et le ministre des Affaires étrangères de Téhéran, Kamal Kharrazi, avait affirmé que l'Iran réagirait «le plus sévèrement possible» si Israël frappait ses capacités nucléaires. Cette menace intervenait au lendemain de l'annonce de la vente de 5.000 bombes intelligentes par les Américains à Israël.
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Le 20 janvier 2004
Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
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Nucléaire: des équipes de désarmement en Libye, doutes sur les promesses de Téhéran
VIENNE (AP) - Des équipes de désarmement de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), des États-Unis et de Grande-Bretagne sont arrivées à Tripoli pour superviser le démantèlement du programme nucléaire militaire libyen, a-t-on appris mardi de sources diplomatiques.
Au même moment, des craintes se font jour sur les intentions de Téhéran, qui semble revenir sur sa promesse de suspendre l'enrichissement d'uranium, une procédure qui peut être utilisée pour la fabrication d'armes nucléaires. D'après des diplomates, la question du programme nucléaire iranien risque bien de revenir au premier plan lors de la prochaine réunion à haut niveau de l'AIEA en mars prochain.
L'Iran a annoncé à la fin de l'année dernière la suspension de ce programme. Mais selon des diplomates s'exprimant sous couvert de l'anonymat, même la troïka européenne - France, Allemagne et Grande-Bretagne - qui a obtenu les engagements iraniens commenceraient à douter de la sincérité de l'Iran, qui semble en effet jouer sur l'ambiguité du terme « suspension ».
Ces interrogations interviennent alors même que la Libye s'engage sur la voie de la coopération en matière de désarmement nucléaire. L'AIEA a confirmé la présence d'une équipe de l'agence onusienne. Les experts sont arrivés lundi et « ils sont au travail aujourd'hui », a précisé un porte-parole de l'AIEA, Mark Gwozdecky. « D'autres experts doivent suivre dans les semaines à venir ». Selon des diplomates, des experts américains et britanniques sont arrivés également sur place au cours du week-end.
Après des négociations secrètes avec les États-Unis et la Grande-Bretagne, la Libye s'est engagée le mois dernier à renoncer à ses programmes d'armement chimique, bactériologique ou nucléaire.
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Le 18 janvier 2004
Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/Des scientifiques d'Islamabad auraient travaillé sur les programmes nord-coréen mais aussi iranien et libyen, de l'aveu même de Téhéran et Tripoli.
Le Pakistan à la source de la prolifération
Par Isabelle Lasserre
Le Figaro
[Le 8 janvier 2004]Après avoir convaincu la Libye et l'Iran de collaborer dans la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive, les États-Unis remontent à la source de la prolifération nucléaire. Selon Téhéran et Tripoli, le Pakistan, allié de Washington dans la lutte antiterroriste, serait l'un des principaux pays «proliférateurs» en matière d'arme atomique. Déjà soupçonné d'avoir fourni de la technologie nucléaire à la Corée du Nord, le Pakistan est aujourd'hui accusé d'avoir vendu des centrifugeuses à l'Iran et à la Libye.
Nouveau rebondissement dans le dossier, déjà très chargé, de la prolifération nucléaire au Pakistan. Après avoir affirmé, selon le New York Times, que la Libye avait obtenu de la technologie nucléaire militaire du Pakistan, Washington a haussé le ton en exigeant du président Musharraf qu'il s'engage à arrêter la prolifération des armes de destruction massive (ADM).
C'est l'histoire de la pelote de fil qui se déroule. Après avoir convaincu l'Iran d'accepter les inspections internationales et la Libye de désarmer, les États-Unis et l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA) remontent aujourd'hui, grâce aux informations obtenues à Tripoli et à Téhéran, à la source de la prolifération nucléaire. Et pointent le doigt vers le Pakistan, soupçonné depuis longtemps d'être l'un des principaux pays «proliférateurs» en matière d'armes atomiques.
Le Pakistan, qui a longtemps nié toute responsabilité, a déjà été contraint le mois dernier de reconnaître quasi officiellement avoir fourni des équipements nucléaires à l'Iran. Islamabad aurait vendu à Téhéran, à la fin des années quatre-vingt, des centrifugeuses, un équipement permettant d'enrichir l'uranium et de fabriquer l'arme atomique. Pervez Musharraf, qui affirme que le gouvernement pakistanais n'a pas été impliqué dans ce transfert, a ordonné une enquête. Trois éminents scientifiques pakistanais, dont le père de la bombe atomique pakistanaise, Abdul Kader Khan, ont été longuement interrogés.
Des scientifiques pakistanais seraient également impliqués dans l'affaire de la livraison à la Libye de matériel de centrifugation saisi sur un cargo allemand en octobre. Selon des responsables américains cités par le New York Times, ce transfert de technologie se serait déroulé à l'insu du gouvernement pakistanais. Celui-ci a d'ailleurs démenti hier les informations de la presse américaine. Mais pour le Islamabad, engagé aux côtés de Washington dans la lutte antiterroriste depuis le 11 septembre 2001, cela commence à faire beaucoup.
Le Pakistan est en effet soupçonné, publiquement depuis octobre 2002, d'avoir échangé avec la Corée du Nord sa technologie d'enrichissement de l'uranium contre des missiles balistiques Nodong, rebaptisés depuis Ghauri par les Pakistanais. La transaction, qui remonterait au début des années quatre-vingt-dix, a donné lieu à de nombreuses visites d'officiels pakistanais à Pyongyang. Abdul Qader Khan, qui a toujours eu le soutien financier et politique des militaires, s'y serait personnellement rendu plus de dix fois.
Mais il y a aussi les autres dossiers, pour l'heure écartés de l'actualité. L'Irak, d'abord. Les inspecteurs de l'ONU qui ont travaillé en Irak jusqu'en 1998 ont saisi un document officiel, relatif à une proposition pakistanaise d'assistance au programme nucléaire irakien, datant des années quatre-vingt.
L'Arabie Saoudite ensuite. Comme l'explique Bruno Tertrais, spécialiste de la prolifération nucléaire à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), «l'Arabie Saoudite, qui entretient des liens militaires et stratégiques très forts avec le Pakistan, est soupçonnée d'avoir financé en partie le programme nucléaire pakistanais dans les années quatre-vingt» (*). Les «soupçons» entretenus par les services de renseignements occidentaux sur un éventuel transfert de technologie militaire pakistanaise à l'Arabie Saoudite ont été alimentés par des visites remarquées d'officiels saoudiens dans les installations nucléaires ultra secrètes du Pakistan, notamment le laboratoire Kahuta Research Laboratories (KRL) du Dr Khan.
Conclusion du chercheur : «Concernant tous ces pays - mais la liste pourrait ne pas être exhaustive -, les suspicions sont très fortes. Le casier pakistanais commence à être très rempli. La source pakistanaise a bien été depuis vingt ans un facteur majeur de la prolifération nucléaire.» Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Masood Khan, a tenté de blanchir son gouvernement, affirmant qu'il n'a jamais autorisé aucun transfert de technologie nucléaire. Islamabad reconnaît cependant «que certains individus ont pu être motivés par l'ambition personnelle ou l'appât du gain».
Les transferts de technologie ont-ils réellement pu être réalisés sans que les plus hautes autorités de l'État soient au courant ? Bruno Tertrais rappelle que les responsables civils, dans la période de «dualité du pouvoir entre civils et militaires» - avant l'accession au pouvoir du général Musharraf - n'avaient pas accès à tous les dossiers sensibles. Ancien premier ministre du Pakistan, Benazir Bhutto s'était plainte de n'avoir jamais pu visiter le laboratoire Kahuta.
Bruno Tertrais estime également que Khan, un héros au Pakistan, «a pu prendre certaines initiatives de son propre chef». Mais les grosses affaires, notamment l'échange avec la Corée du Nord, ont difficilement pu se faire sans l'aval de l'appareil gouvernemental. «Les scientifiques nucléaires pakistanais ont toujours été très surveillés. Il est difficile d'imaginer que Khan ait pu prendre une telle décision tout seul», estime la revue Strategic Comments de l'International Institute for Strategic Studies. Quant au président Musharraf, la plupart des transferts de technologie nucléaire ayant eu lieu dans les années quatre-vingt, sa bonne foi n'est pas forcément en cause.
Ces transferts se sont-ils néanmoins poursuivis depuis le 11 septembre 2001 ? Le chercheur de la FRS ne l'exclut pas. Il estime en revanche peu probable que de nouvelles collaborations aient été initiées depuis. Le New York Times affirme cependant que les principaux transferts de technologie à la Libye se seraient produits après les attaques du 11 septembre, mettant en doute la capacité ou la volonté de Musharraf de lutter contre la prolifération des ADM.
Ces révélations interviennent dans un contexte très sensible au Pakistan. Critiqué par les islamistes pour s'être allié aux États-Unis, récemment victime de deux attentats, Musharraf est fragilisé. Al-Qaida et les talibans sont toujours actifs dans l'Afghanistan voisin et dans les zones tribales pakistanaises.
Pour Bruno Tertrais, la prolifération nucléaire au Pakistan comporte aujourd'hui trois risques. Une remise en question de l'alliance États-Unis - Pakistan pourrait se traduire par «le développement d'une alliance de revers, avec une dimension nucléaire, entre le Pakistan et l'Arabie Saoudite».
Second danger, «l'échec de l'alliance objective entre militaires et islamistes pakis-tanais». «Si les forces islamistes prennent le pouvoir, nous entrerons dans une nouvelle logique. Les relations avec l'Inde risquent de se dégrader.»
Troisième risque : «La possibilité que des scientifiques pakistanais aident des groupes terroristes à perfectionner des technologies nucléaires.» Khan, qui a conçu la bombe atomique pakistanaise après avoir volé les plans d'une centrifugeuse aux Pays-Bas, est désormais en résidence surveillée. Mais il n'est pas le seul scientifique pakistanais à pouvoir collaborer avec des groupes terroristes.
La marge de manoeuvre des États-Unis, qui ont fait du Pakistan un pion majeur de leur lutte antiterroriste dans la région, est mince. Pour ne pas déstabiliser davantage Musharraf, Bush, qui considère que la prolifération des ADM est l'un des principaux dangers du nouveau monde, a jusque-là évité d'accuser publiquement le laboratoire KRL, sur lequel pèsent pourtant des sanctions américaines depuis le début de l'année.
Les informations sur les actes de prolifération nucléaire du Pakistan arrivent aussi bien tard. «L'affaire nucléaire libyenne, lorsqu'elle a éclaté, a été une véritable surprise. Malheureusement, même des pays surveillés peuvent développer toutes les briques d'un programme nucléaire sans que la communauté internationale s'en aperçoive», regrette Bruno Tertrais.
(*) Vient de publier La Guerre sans fin. L'Amérique dans l'engrenage aux Éditions du Seuil, Collection «La république des idées».
******************************** Le père de la bombe pakistanaise soupçonné d'avoir vendu des technologies à l'Iran
Par Philippe Grangereau
Libération
Le 25 décembre 2003L'ingénieur métallurgiste Abdoul Qadeer Khan, héros national et père de la bombe atomique pakistanaise, a-t-il vendu à l'Iran, en 1987, les plans d'une centrifugeuse permettant d'enrichir l'uranium nécessaire à la fabrication d'armes nucléaires ? A-t-il réédité ce transfert de technologie avec la Corée du Nord au cours des années 90, et, si oui, l'a-t-il fait de son propre chef ou bien avec l'aval d'Islamabad ? Ces questions, auxquelles tente de répondre depuis des années l'Agence internationale à l'énergie atomique (AIEA) et plusieurs pays occidentaux, ont conduit cette semaine les autorités pakistanaises à placer A.Q. Khan sous surveillance et, à l'instar de plusieurs de ses collègues du programme nucléaire pakistanais, à le soumettre à un interrogatoire. Il apparaît, selon des sources citées par le New York Times, que l'Iran et la Libye ont livré des informations sur leur programme nucléaire, indiquant que les centrifugeuses iraniennes et libyennes sont de même conception que celles du Pakistan &endash; dont les plans ont été à l'origine volés aux Pays-Bas par A.Q. Khan.
Documents sensibles.
L'ingénieur pakistanais est né à Bhopal, en Inde, en 1936, dans une famille modeste. Citoyen indien depuis la partition de l'Inde britannique, en 1947, il n'émigre au Pakistan qu'en 1952. Installé à Karachi, il poursuit ses études en 1961 en Allemagne et en Belgique. Il obtient un doctorat de métallurgie en 1972, de l'université catholique de Louvain, épouse une Britannique et est embauché par FDO, un laboratoire de recherche hollandais chargé de mettre au point des centrifugeuses modernes pour le compte du consortium britannico-germano-néerlandais Urenco. L'une de ses principales tâches consiste à traduire d'allemand en néerlandais, et vice versa, la plupart des documents sensibles, et notamment à partir de 1974 les plans d'une toute nouvelle centrifugeuse, dite verticale. Souvent, il travaille chez lui.
Le 15 décembre 1975, il prétexte un parent malade pour rentrer au Pakistan avec sa femme et ses deux filles, prolonge son séjour en invoquant une jaunisse, puis annonce qu'il démissionne. Entre-temps, le Premier ministre Ali Bhutto le nomme directeur du centre de recherche nucléaire de Kahuta «à usage uniquement civil», insistera le Pakistan pendant plus de vingt ans. Après l'explosion de la première bombe atomique pakistanaise, en mai 1998, Qadeer Khan reconnaîtra volontiers que Kahuta n'avait eu «depuis le début» que ce seul objectif.
Vol d'informations.
En 1983, sur une plainte du gouvernement hollandais, Khan est condamné par contumace à quatre ans de prison pour vol d'informations secrètes, mais obtient gain de cause en appel. Les centrifugeuses pakistanaises sont les mêmes que les hollandaises, mais qu'importent les moyens : le Pakistan salue son héros national en 1998. En son honneur, le général-président Pervez Musharraf rebaptise le laboratoire de recherche de Kahuta «A.Q. Khan», et le scientifique devient en 2001 «conseiller stratégique spécial» de Musharraf.
C'est curieusement A.Q. Khan qui est chargé par Islamabad, à la fin des années 90,d'acquérir auprès de la Corée du Nord la technologie balistique qui lui permettra de mettre au point sa nouvelle génération de missiles. À la même époque, Pyongyang redémarrait son programme nucléaire clandestin... «Nous avons bien acheté des missiles nord-coréens», avouait Musharraf en novembre 2003, sans vouloir s'étendre sur le nombre de voyages effectués par le scientifique à Pyong-yang. Selon certaines sources, A.Q. Khan en aurait effectué treize et, échange de bons procédés, les missiles auraient été payés par une aide d'Islamabad au programme d'enrichissement d'uranium nord-coréen &endash; ce que continue de nier Musharraf. Les services sud-coréens, eux, disent avoir découvert le pot aux roses en 2002...
Bouc émissaire.
A.Q. Khan ou ses collaborateurs auraient-ils pu agir seuls, comme dans le cas de l'Iran, et pour leur propre compte ? L'hypothèse amuse l'ancien directeur des Services secrets, Hamid Gul, cité par la presse pakistanaise, pour qui il est «impossible» pour tout scientifique de premier plan d'agir sans être détecté. C'est pourtant la thèse officielle d'Islamabad qui affirmait mardi que «certains éléments laissent à penser que des individus ont pu être guidés par l'ambition ou l'appât du gain». «Si c'est vrai, des mesures seront prises à leur encontre», ajoutait le porte-parole. Du coup, la famille Khan, citée par la BBC hier, disait craindre que le scientifique ne devienne un «bouc émissaire».
************************************* Prise entre le marteau américain et l'enclume islamiste, l'Arabie saoudite, prochain domino nucléaire
Par Bruno Tertrais *
Le Figaro
[Le 31 octobre 2003]Une crise nucléaire peut en cacher une autre, et ceux qui émettent des doutes sur la renonciation définitive de l'Iran à se doter de la bombe après l'accord obtenu par la troïka européenne le 21 octobre n'ont encore rien vu. Car le prochain domino nucléaire s'appelle l'Arabie saoudite.
Le devenir du royaume wahhabite, pris entre le marteau américain et l'enclume islamiste, suscite bien des interrogations. Après quelques mois de déni de réalité et d'hésitations face à l'énormité des enjeux politiques, stratégiques et économiques, les Américains se sont en effet rendus à la réalité : c'est bien l'Arabie saoudite qui est au coeur du problème terroriste global. Les vieux scénarios de capture par les États-Unis des champs d'hydrocarbures par la force, échafaudés lors du premier choc pétrolier, ont été dépoussiérés et remis à jour. L'idée d'un démembrement du royaume, voire d'un rétablissement de la souveraineté hachémite sur les Lieux saints de l'islam, est de nouveau chuchotée dans les couloirs du Pentagone et des think-tanks.
Le discours officiel américain se veut rassurant, car les États-Unis ont aujourd'hui besoin de la coopération de la famille régnante pour lutter contre le terrorisme, et sont trop occupés pour l'instant à gérer l'occupation de l'Irak pour prendre en charge un nouveau chantier géopolitique. Mais les dirigeants du pays savent que les jours de l'alliance entre Washington et Riyad, vieille de près de soixante ans, sont désormais probablement comptés. Le retrait des forces américaines du territoire saoudien a été annoncé dès la chute de Bagdad. Or,que se passe-t-il de l'autre côté du Golfe ? L'Iran, rival stratégique et religieux du royaume, a accéléré, depuis deux ans, son programme nucléaire afin d'être en mesure de se doter de la bombe très rapidement s'il en décidait ainsi, et il y a fort à parier qu'il faudra davantage qu'une vague promesse d'aide occidentale au développement de l'énergie nucléaire dans le pays pour convaincre les conservateurs iraniens d'y renoncer définitivement.
Dans ces conditions, il ne reste plus aux Saoudiens, dont les forces armées ont toujours été traditionnellement faibles (afin de ne pouvoir être l'instrument d'un coup d'État), qu'à considérer eux aussi l'option nucléaire.
Celle-ci ne date pas d'hier. Selon des sources américaines, israéliennes et saoudiennes concordantes, le royaume avait mis au point dans les années 80 une stratégie consistant à contribuer au financement de deux programmes nucléaires nationaux. D'abord, celui de l'Irak, à la condition qu'une partie des armes qui seraient construites par Bagdad soit transférée sur le territoire du royaume. (Cette coopération aurait été interrompue après la guerre du Golfe. Rappelons que l'ampleur du programme nucléaire irakien en 1991, telle qu'elle avait été finalement révélée par les inspecteurs de l'ONU, avait été considérablement sous-estimée par les services occidentaux.) Ensuite, celui du Pakistan, pays avec lequel l'Arabie saoudite entretient des relations étroites sur le plan militaire, et dont les dirigeants ont su jouer de la rhétorique de la «bombe islamique» précisément pour attirer les capitaux des riches pays du Golfe. Au printemps 1999, le prince Sultan, ministre de la Défense, avait fait une visite remarquée des installations nucléaires de Kahuta ; quelques mois plus tard, Abdul Qadeer Khan, le père de la bombe pakistanaise, avait rendu la politesse en se rendant en Arabie saoudite...
La filière irakienne étant désormais close, la logique saoudienne conduit aujourd'hui le pays à l'encaissement des dividendes de leur financement du programme nucléaire pakistanais.
Or les signaux inquiétants se multiplient depuis quelques semaines. D'après le Guardian, les choix stratégiques saoudiens, y compris l'option nucléaire, feraient actuellement l'objet d'une réflexion au plus haut niveau à Riyad. Et, selon l'agence United Press International, la relance de la coopération nucléaire entre l'Arabie saoudite et le Pakistan aurait été décidée à l'occasion de la visite à Islamabad, à la mi-octobre, d'une délégation conduite par le prince héritier Abdallah (qui est pourtant le meilleur allié des Occidentaux dans l'environnement actuel).
Trois scénarios sont possibles. L'un verrait le Pakistan donner une forme de «garantie de sécurité» au royaume, qu'il sera dans quelques années en mesure d'honorer grâce à la portée croissante de ses missiles balistiques qui lui permettront de frapper loin de son territoire. Un autre serait l'acquisition directe d'armes nucléaires par l'Arabie saoudite au Pakistan, ce qui serait après tout le moyen le plus rapide et surtout le plus discret pour accéder au statut nucléaire. Enfin, un troisième scénario consisterait pour Islamabad à «délocaliser» une partie de sa capacité de dissuasion sur le territoire saoudien, tout en en gardant la maîtrise nationale. Tant que les têtes nucléaires resteraient sous contrôle pakistanais, un tel transfert serait en effet parfaitement légal au regard du traité de non-prolifération (TNP)...
Il s'agirait d'un jeu «gagnant-gagnant» : Islamabad y trouverait une garantie de survie de son arsenal nucléaire face au risque d'une frappe indienne ou d'une saisie américaine, scénarios considérés comme possibles par de nombreux Pakistanais ; et Riyad se verrait doté indirectement d'une capacité de dissuasion contre tout adversaire potentiel.
Les risques de ces scénarios concernent d'abord les pays de la région, et en particulier Israël, mais aussi, et tout autant, l'ensemble de la communauté internationale. Quid, en effet, si l'État saoudien devait un jour s'effondrer ou passer sous le contrôle direct d'islamistes affiliés à al-Qaida ?
L'hypothèse nucléaire saoudienne, si elle devait se réaliser, poserait le plus difficile des dilemmes pour Washington. Le royaume sera en tout état de cause l'un des prochains points chauds d'une guerre américaine contre le terrorisme dont les effets pervers s'accumulent et qui n'en finit pas de créer, volens nolens, les menaces mêmes auxquelles elle est censée s'adresser.
* Maître de recherche, Fondation pour la recherche stratégique (FRS).
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Un dialogue prometteur s'est noué entre l'Inde et le Pakistan
Le Monde
Par Françoise Chipaux
Le 8 janvier 2004Décidée en marge du Sommet des pays du Sud, la reprise annoncée pour les bureaucrates des deux pays. Dans une déclaration commune aux mots soigneusement pesés, le premier ministre indien, Atal Bihari Vajpayee affirme que «pour faire avancer et maintenir le dialogue, la violence, l'hostilité et le terrorisme doivent être empêchés» alors que le président pakistanais, le général Pervez Moucharraf déclare «qu'il ne permettra pas que le territoire sous contrôle pakistanais soit utilisé pour soutenir n'importe quelle forme de terrorisme».
À ce prix, poursuit la déclaration, «les deux leaders sont confiants que la reprise d'un dialogue composite - c'est-à-dire qui inclut comme le veut l'Inde tous les contentieux - conduira à un règlement pacifique de toutes les questions bilatérales, y compris le problème du Jammu et Cachemire».
Scellée à l'issue d'un entretien d'une heure, lundi 5 janvier, entre MM. Moucharraf et Vajpayee et un nouvel entretien téléphonique entre les deux hommes le lendemain, cette déclaration commune avait néanmoins été préparée de longue date par le principal confident du premier ministre indien et chef du Conseil national de sécurité(NSC)Brajesh Mishra et, côté pakistanais, par le secrétaire général du NSC et très proche du général Moucharraf, Tariq Aziz. Les deux hommes se sont rencontrés à plusieurs reprises, notamment à Londres. Ce dialogue discret laisse planer l'espoir d'une paix toutefois encore lointaine.
«Nous n'avions jamais atteint le point où nous en sommes aujourd'hui», a affirmé le président Moucharraf lors d'une conférence de presse clôturant ce sommet dont les travaux - et notamment la signature d'un accord de libre échange entre les sept pays du Saarc (Bangladesh, Bhoutan, Inde, Maldives, Népal,Pakistan et Sri Lanka) - ont été relégués au second plan. «Nous avons dressé un cadre pour conduire ce processus à sa conclusion logique. Nous avons bien commencé et nous devons continuer avec beaucoup de travail, de sincérité et de confiance mutuelle» a ajouté le chef de l'État pakistanais qui a souligné «la vision et les qualités d'homme d'État» de M. Vajpayee.
Conscient du danger de voir les extrémistes des deux bords tentés de saboter cet accord, le général Moucharraf a poursuivi : «Nous devrons traiter durement avec les extrémistes. Le Pakistan a pris un certain nombre de mesures et nous en prendrons d'autres pour freiner l'extrémisme.» Le général Moucharraf, qui a échappé en décembre à deux tentatives d'assassinat mises officiellement sur le compte des extrémistes islamiques, semble avoir désormais décidé de réellement les isoler pour mieux les combattre.
Une nouvelle fois, les relations en dents de scie entre les deux frères ennemis, puissances nucléaires du sous-continent, apparaissent sur la bonne voie. Ce résultat est considéré comme le plus important changement dans la région depuis les conséquences du 11 septembre 2001 et les bouleversements qui se sont succédés dans cette région.
À 79 ans, et alors qu'il termine son premier mandat de chef de gouvernement, M. Vajpayee n'a jamais fait mystère de sa volonté d'inscrire son nom dans l'Histoire en tentant de sceller la paix avec le Pakistan. Aujourd'hui, il a sans doute assez de poids pour imposer à ses pairs sa politique, qu'il sait au fond populaire. À Islamabad, le général Pervez Moucharraf, qui a tenté en 1999 de forcer la négociation par les armes, a compris que le monde avait changé et qu'il y avait sans doute trop à perdre à soutenir des extrémistes islamiques devenus d'autre part difficilement contrôlables.
Même s'il est trop tôt pour savoir jusqu'où ce processus peut mener et pour mesurer la volonté des principaux acteurs de surmonter les obstacles qui ne manqueront pas de surgir, un pas semble avoir été franchi au moins au niveau des leaders sur la voie de la recherche d'une solution. Celle-ci est souhaitée par la grande majorité des Indiens et des Pakistanais, dont la principale aspiration est le mieux-être quotidien.
********************************** Après la réunion au sommet d'Islamabad, la nouvelle arithmétique indo-pakistanaise
Par Alexandre Adler
Le Figaro
[Le 07 janvier 2004]La visite du premier ministre de l'Inde au Pakistan Atal Behari Vajpayee n'est pas tout à fait une première dans l'histoire des deux États. Son prédécesseur de gauche, Inder Gujral, qui en 1947 s'était retrouvé pour quelques mois à Karachi, de l'autre côté de la nouvelle frontière et qui, tout comme son homologue d'alors Nawaz Sharif, était natif de Lahore au Pendjab, l'avait déjà fait dans un contexte de détente beaucoup plus euphorique, au début des années 90. Même Rajiv Gandhi avait furtivement été admis au Pakistan pour assister aux obsèques du vieux chef des Chemises rouges pathanes, qui avait été un proche ami de son grand-père Nehru et un opposant tenace à la partition de l'Inde.
Mais cette fois-ci, la visite n'est ni protocolaire, ni sentimentale, ni teintée d'utopie néomondialiste. Elle est au contraire un geste politique hautement significatif accompli par deux hommes politiques fondamentaux par leur position centriste au sein de leurs sociétés respectives. Vajpayee est en effet un vieux militant de la droite hindouiste, il faisait déjà partie de son noyau le plus militant, le RSS, lorsque l'un de ses camarades assassina le mahatma Gandhi ; son ralliement à une politique relativement conciliante vis-à-vis de l'Islam indien, tout comme sa modération affichée vis-à-vis du Pakistan indiquent une véritable évolution personnelle et politique. D'ailleurs, il ne manque pas dans son propre parti de partisans de la manière forte qui souhaite-raient mener une politique beaucoup plus sectaire.
La situation est exactement la même pour le général Pervez Musharraf : fils d'un fonctionnaire musulman de l'Inde britannique qui dut quitter son Lucknow pour refaire sa vie au Pakistan, le chef de l'armée est un patriote et un musulman très convaincu, même si sa culture originelle fut initialement laïque ; chef d'état-major de l'armée pakistanaise en 1999, il a trempé directement dans l'opération Gibraltar qui consistait à organiser une guerre non déclarée avec l'Inde à partir de la région nord du Cachemire. Il fut ensuite l'un des principaux organisateurs du coup d'État contre Nawaz Sharif, lorsque celui-ci eut entravé les desseins belliqueux de l'armée pour engager, déjà, un dialogue avec l'Inde qui ressemble trait pour trait à celui qui s'ouvre à présent. Le ralliement d'une figure de proue de l'armée, constellée de décorations toutes gagnées dans les guerres successives contre New Delhi, est là aussi tout à fait significatif.
On sait en arithmétique que le produit des extrêmes est égal au produit des moyens. Il en va de même dans la politique du sous-continent : le produit des bonnes volontés associées, des modérés de la droite hindoue et des modérés de l'armée pakistanaise, permet de revenir à l'équation initiale qui aurait dû être ouverte par Benazir Bhutto et Rajiv Gandhi, il y a presque vingt ans. Mais toute la subtilité est précisément là : parce que le Parti du Congrès de l'Inde a toujours été le principal bénéficiaire du vote des 120 millions de musulmans du pays et qu'il a poussé quelques musulmans emblématiques vers des postes de responsabilité gouvernementaux, il était toujours soupçonné de faiblesse à l'égard du Pakistan et donnait des gages aux droites politique et militaire. Il en allait de même, en bien pire, au Pakistan : ici on accusait la famille Bhutto dans son ensemble de tiédeur musulmane, rappelant les propriétés immobi-lières de ces aristocrates du Sind, à Bombay, pour en tirer la conclusion, erronée qu'ils avaient été hostiles au départ à la partition.
Mais les islamistes n'ont-ils pas été jusqu'à prétendre que la mère iranienne de Benazir était en réalité une Juive de Téhéran? Le résultat fut donc que les Bhutto, père et fille, n'ont cessé de donner des gages à cette extrême droite islamiste qui les détestait. Benazir alla sans aucun doute le plus loin en promouvant, nouvelle Chimène, une quantité d'assassins de son père et en donnant son assentiment à la création des talibans par les services secrets et le ministère de l'Intérieur du redoutable général Nasrullah Babar.
Il y a donc de fortes chances pour que le rapprochement actuel, libéré des chantages communautaristes,s oit plus solide que les précédents. Mais ce qui le rend sans doute plus durable encore, ce sont les risques encourus de part et d'autre. Pour l'Inde, il s'agit très clairement de sa toute nouvelle et fragile réussite économique, laquelle passe aussi par un déplacement subreptice de son centre de gravité géopolitique vers des régions débarrassées depuis toujours de la question musulmane. L'esprit de recherche technologique et d'audace exportatrice qui règne à Bangalore comme à Madras chasse de plus en plus vite les miasmes de la fureur sectaire. Symbole de cette symbiose réussie du Sud, l'actuel chef de l'État Abdul Qalâm, ancien chef -musulman !- du programme nucléaire indien et musicien soufi du Grand Sud, descendant bien sûr de brahmanes convertis à l'islam voici deux siècles... tout comme les Bhutto. Le monde n'est peut-être pas une marchandise, mais en Inde la mondialisation assez heureuse et ses marchandises font de plus en plus taire les canons.
Au Pakistan, les choses sont encore plus claires. Si Musharraf est renversé par les forces islamistes qui demeurent majoritaires dans l'armée et les services secrets, et qui s'appuient sur la coalition un peu informe du MMA, majoritaire dans la province du Nord-Ouest et le Baloutchistan, c'est la guerre : guerre civile d'abord, avec la révolte des chiites, des autres dissidents de l'islam, de la gauche et de la province du Sind, soutenue tant par l'Inde que par un Iran de plus en plus pro-occidental. Puis viendra sans aucun doute l'intervention indienne telle que nous l'avons connue au Bangladesh en 1971. Mais comme la bombe atomique pakistanaise fait très peur, il y aura eu d'abord une opération de grande ampleur sur les centres nucléaires du pays par l'Inde évidemment, mais avec l'aide affichée d'Israël et probablement des États-Unis eux-mêmes.
Une telle perspective ne fait évidemment pas peur à al-Qaida qui espérait depuis le début la faire mûrir par l'attentat du 11 septembre 2001, afin de se retrouver au bout du compte avec une arme atomique à sa disposition et une force armée moderne et solide pour la mettre en oeuvre. Mais, rassurons-nous un peu tout de même, c'est précisément ce dont plus de 75 % des Pakistanais ne veulent en aucun cas. Dans sa politique de rapprochement avec l'Inde, Musharraf est suivi tant par la gauche du Parti populaire de B. Bhutto que par la droite modérée de N. Sharif, pourtant tous deux exilés entre Londres et Dubaï. Et les plus vétilleux des démocrates pakistanais, retranchés dans leurs grands journaux,qui sont parfois les meilleurs du sous-continent, ont tremblé d'une sainte terreur quand il est apparu que le général-président risquait d'être abattu par certains de ses collègues, qui ont pénétré dans l'intimité de sa garde personnelle, car personne ne devait savoir en dehors de celle-ci le trajet des déplacements qu'il effectuait lors des deux derniers attentats. Un peu comme le général de Gaulle en 1961 qui, ciblé par les tueurs de l'OAS, faisait l'unanimité des opposants à son retour de 1958...
Musharraf n'est certes pas de Gaulle. Mais il hérite d'une situation absolument nouvelle et radicale dans son pays. Le débat soigneusement évité depuis la fondation du Pakistan est enfin explicitement sur la table. Le Pakistan est-il une sentinelle militaire d'un Islam conquérant, aux confins de l'Inde, mettant sa force armée au service de l'Arabie saoudite, et complétant son mercenariat par l'appui, tel jour, des États-Unis, tel autre, de la Chine maoïste, mais toujours en guerre avec la puissance indienne? Ou bien alors, comme le pensait très explicitement le fondateur de l'État, Mohammed Ali Jinnah, le Pakistan n'est-il qu'une structure défensive nécessaire à l'Islam indien tout entier, dont la vocation ainsi que celle du Bangladesh, est bien de rejoindre un jour une Confédération indienne qui aura renoncé au modèle centralisateur, faussement laïque, et implicitement hostile aux minorités qu'était la première Inde créée par le Parti du Congrès?
Il y a quelque chose d'un mur de Berlin qui devra un jour être abattu au coeur du Pendjab et du Cachemire. Le fait que dans la polarisation actuelle, qui pourrait être dramatique, les partisans de la paix avec l'Inde se battent aujourd'hui,à visage découvert, est en tout cas très encourageant pour l'avenir du sous-continent.
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