Le 19 août 2003

Source : L'Institut canadien de recherches sur le Judaïsme, Communiqué Isranet, Volume II, Numéro 94 (http://www.isranet.org/)

La malédiction du statut de réfugié
Par Daniel Pipes
New York Post, 19 août 2003

(Traduction française de Menahem Macina pour upjf.org)

Voici une devinette : En quoi les réfugiés palestiniens sont-ils différents des 135 millions d'autres réfugiés du XXe siècle ?

Réponse : dans tous les autres cas de figure, la peine causée par l'expropriation, la privation de patrie, et la pauvreté a diminué avec le temps. En fin de compte, les réfugiés soit ont été réinstallés ailleurs, soit sont retournés chez eux, ou sont morts. Leurs enfants &endash; qu'ils vivent en Corée du Sud, au Vietnam, au Pakistan, en Israël, en Turquie, en Allemagne, ou aux États-Unis &endash; ont abandonné le statut de réfugié et ont intégré la condition commune.

Ce n'est pas le cas des Palestiniens. Chez eux, le statut de réfugié se perpétue, d'une génération à l'autre, créant un terrain générateur de plus en plus d'angoisse et de mécontentement.

Plusieurs facteurs expliquent cette anomalie, mais la composante-clé de cette situation est la structure bureaucratique des Nations unies. L'ONU a deux organisations spécialisées dans les problèmes des réfugiés, chacune ayant sa propre définition du « réfugié » :

Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les Réfugiés (U.N. High Commission for Refugees) applique ce terme, partout dans le monde, à quiconque « vit en dehors du pays dont il a la nationalité, par crainte &endash; fondée &endash; d'être persécuté ». Le fait de vivre hors du pays dont on a la nationalité implique que les descendants des réfugiés ne sont pas des réfugiés. Les Cubains qui fuient le régime de Castro sont des réfugiés, mais ce n'est pas le cas de leurs enfants, nés en Floride, qui sont privés de la nationalité cubaine. Les Afghans qui fuient leur patrie sont des réfugiés, mais pas leurs enfants, qui sont nés Iraniens. Et ainsi de suite.

L'Agence de Secours et d'Actions de l'ONU (U.N. Relief and Works Agency, UNRWA), organisation fondée, en 1949, uniquement pour les réfugiés palestiniens, définit ces derniers différemment de tous les autres. Ce sont des personnes ayant habité en Palestine « entre juin 1946 et mai 1948, et qui ont perdu leurs deux maisons et leurs moyens d'existence en raison du conflit arabo-israélien de 1948 ». Fait particulièrement important : l'UNRWA étend le statut de réfugié « aux descendants des personnes qui sont devenues des réfugiés en 1948 ». Cette organisation considère même les enfants d'un parent palestinien de réfugié, comme étant des réfugiés.

La définition du Haut-Commissariat fait disparaître la population des réfugiés au fil du temps ; celle de l'UNRWA l'accroît sans limite. Appliquons chaque définition aux réfugiés palestiniens de 1948, qui, d'après les statistiques onusiennes (gonflées) atteindraient le nombre de 726 000. (Les évaluations des experts vont de 420 000 à 539 000.)

La définition du Haut-Commissariat limiterait le statut de réfugié aux 726 000 d'entre eux alors en vie. Selon un démographe, environ 200 000 de ces réfugiés de 1948 vivent encore aujourd'hui.

La définition de l'UNWRA inclut les enfants des réfugiés, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants, y compris les Palestiniens qui ont abandonné leurs maisons en 1967, l'ensemble atteignant, par cumul, 4,25 millions de réfugiés.

Les 200 000 réfugiés correspondant aux critères de la définition globale représentent moins de 5 pour cent des 4,25 millions correspondant aux critères de l'UNRWA. Selon les normes internationales, ces 95 autres pour cent ne sont pas du tout des réfugiés. En conférant faussement le statut de réfugié à ces Palestiniens qui n'ont jamais fui nulle part, l'UNRWA condamne un peuple créateur et entreprenant [les Palestiniens] à une vie d'exclusion, d'apitoiement sur soi et de nihilisme.

Les politiques des gouvernements arabes ne font donc qu'empirer la situation en maintenant des Palestiniens enfermés dans le statut, fossile en quelque sorte, de réfugié. Au Liban, par exemple, 400 000 Palestiniens apatrides ne peuvent fréquenter l'école publique, ni accéder à la propriété, ni même améliorer leur parc de logements.

Il est grand temps d'aider ces générations de non-réfugiés à échapper au statut de réfugié pour qu'ils puissent devenir des citoyens, assumer leurs responsabilités individuelles et l'édification de leur avenir. Le mieux pour eux serait que l'UNRWA ferme ses portes et que le Haut-Commissariat de l'ONU absorbe le nombre décroissant de véritables réfugiés palestiniens.

Cela ne se produira que si le gouvernement des États-Unis reconnaît le rôle joué par l'UNRWA dans la perpétuation de la misère palestinienne. Dans un esprit peu judicieux « de profonde implication dans le bien-être des réfugiés palestiniens », Washington assume actuellement 40 pour cent du budget de l'UNRWA's, qui s'élève à 306 millions de dollars par an, alors qu'il devrait être réduit à zéro.

Heureusement, le Congrès américain se réveille. Chris Smith, un membre républicain de la Commission des Relations Internationales de la Chambre, a récemment exigé d'approfondir l'enquête du Service Général de la Comptabilité sur le financement américain de l'UNRWA.

Tom Lantos, membre démocrate de haut rang dans la dite Commission, va plus loin. Critiquant « la manière privilégiée et prolongée » dont on s'occupe des réfugiés palestiniens, il appelle à la fermeture de l'UNRWA et au transfert de ses responsabilités au Haut Commissariat [de l'ONU pour les Réfugiés (U.N. High Commission for Refugees)].

D'autres gouvernements occidentaux devraient se joindre à Washington pour résoudre le problème des réfugiés palestiniens en supprimant l'autorisation accordée à l'UNRWA, lors de la prochaine échéance de son renouvellement, en juin 2005.

Le temps est venu de préparer le terrain pour éliminer cette institution, sa définition malfaisante [du statut de réfugié], et ses activités monstrueuses.

 

(Daniel Pipes est directeur de Campus Media Watch)

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Le 4 septembre 2003

Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/

Après l'annonce de la création d'un Centre de documentation à Berlin,Polémique à Varsovie sur les Allemands déplacés après l'effondrement du IIIe Reich

(Avec Bernard Osser à Varsovie.)
Le Figaro

À huit mois de son unification, l'Europe a décidément du mal à parler d'une seule voix. Après l'Irak et avant le grand débat - la Conférence intergouvernementale - qui va s'ouvrir début octobre sur la future constitution d'une Union à vingt-cinq, c'est sur leur propre passé que les Européens se divisent. La création à Berlin d'un Centre de documentation sur les populations déplacées a mis le feu aux poudres. Le projet, soutenu par la CDU et ratifié il y a un an par le Bundestag, met mal à l'aise une partie des élites allemandes, dont le chef de la diplomatie Joschka Fischer, qui met en garde contre le risque d'« une relativisation de la faute historique » du IIIe Reich. Car ce centre, selon les voeux de la Fédération des personnes déplacées qui le parraine, concernerait essentiellement les quelque 14 millions d'Allemands déplacés, déportés ou expulsés d'Europe centrale et orientale lors de l'effondrement, en 1945, de l'Allemagne nazie (voir ci-dessous).

Et comme le craignait Joschka Fischer, la polémique a gagné les pays voisins. Varsovie d'abord, où l'ensemble des ténors politiques ont dénoncé le projet et où un groupe de parlementaires allemands s'est rendu hier pour tenter de calmer le jeu. Vendredi, à l'occasion du 64e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, les députés polonais ont solennellement appelé leurs homologues européens à « respecter la vérité historique ». Un tel centre, souligne Bronislaw Geremek, historien et ancien ministre des Affaires étrangères, « risque de diluer la responsabilité des crimes les plus terribles commis par les Allemands » et « d'attiser les anciennes haines ».

Adam Michnik, autre figure de proue de l'intelligentsia polonaise et directeur du quotidien Gazeta Wyborcza, est encore plus virulent. Il y voit « une tentative de réécrire l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale ». C'est la même crainte qu'exprime le premier ministre Leszek Miller pour qui « chaque peuple a le droit d'honorer ses victimes, mais sans fausser l'Histoire ».

Le président Aleksander Kwasniewski est lui aussi monté au créneau. Il propose de donner à ce centre « un caractère non pas allemand, mais européen » pour qu'il serve « à rappeler le drame de toutes les expulsions, de toutes les déportations et de toutes les purges ethniques qui ont eu lieu en Europe au XXe siècle ». Le chef de l'État polonais propose donc de construire ce centre non pas à Berlin, mais à Sarajevo. D'autres suggèrent Poznan, l'ancienne Posen, qui fut pendant plusieurs siècles tantôt polonaise, tantôt prussienne ou allemande, ou bien encore Wroclaw, l'ex-Breslau qui connut les mêmes affres identitaires.

Ces pages noires de l'histoire de l'Europe centrale seront également au menu de la visite officielle qu'entame demain à Prague, avec dix-huit mois de retard, le chancelier Gerhard Schröder. Prévue initialement en mars 2002, la visite avait été ajournée après que le premier ministre tchèque de l'époque, Milos Zeman, eut qualifié les Allemands des Sudètes de « cinquième colonne d'Hitler ». Après la chute du régime nazi, les autorités communistes avaient décidé d'expulser les quelque 3 millions d'Allemands vivant en Tchécoslovaquie. À cette fin, des décrets signés par le président Edvard Benes les avaient expropriés et dépossédés de leur citoyenneté tchécoslovaque. Ces décrets n'ont jamais été abrogés comme le réclament pourtant plusieurs associations de réfugiés des Sudètes implantées en Bavière et en Autriche.

 

II. Un destin tragique

Sur les quelque seize millions et demi d'Allemands qui vivaient jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale en dehors des frontières de l'actuelle Allemagne, quatorze millions ont été déplacés, déportés ou expulsés. La majorité d'entre eux, soit neuf millions et demi, résidait en Poméranie, Silésie et Prusse orientale, territoires cédés à la Pologne ou à la Russie (l'enclave de Kaliningrad, ex-Königsberg) après la capitulation du régime nazi, le 8 mai 1945.

L'exode de ces populations, fuyant en avril 1945 l'offensive de l'Armée rouge vers Berlin, s'est déroulé dans des conditions chaotiques, alors que des combats acharnés opposaient Soviétiques et soldats allemands. À pied, dans la neige, sous les bombardements, cette fuite éperdue concernait principalement des femmes, des enfants et des vieillards et aurait fait entre 1,4 et 2,1 millions de morts.

La tragédie, qui s'accompagna de multiples atrocités, a laissé un souvenir vivace. Le dernier livre de Günter Grass (Im Krebsgang), qui raconte le naufrage dans la baie de Gdansk du paquebot Wilhelm-Gustof, coulé par un sous-marin soviétique avec à son bord plusieurs milliers de civils allemands, était l'an dernier un best-seller.

Près de trois millions et demi d'Allemands vivaient également en Tchécoslovaquie, principalement dans la région des Sudètes, annexée par Hitler en 1938. Leur expulsion, après la chute du IIIe Reich, donna lieu à des épisodes tout aussi dramatiques. Vingt-cinq mille d'entre eux auraient péri, victimes de privations ou de massacres collectifs.

 

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