Le 15 décembre 2003Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
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Comprendre la guerre d'Arafat :
la guerre révolutionnaire
Lettre du Collectif Paix et Vérité N°5, 15 décembre 2003
Traduction et adaptation de « Ten Years Since Oslo: The PLO's 'People's War' Strategy and Israel's Inadequate Response », by Joel S. Fishman (September 1-15, 2003) (http://www.jcpa.org/jl-list.htm)
Extraits
ÉMERGENCE DE LA DOCTRINE DE GUERRE PALESTINIENNE
Les conseils de Mohammed Yazid
Septembre Noir (entre 10 000 et 30 000 morts palestiniens suite à l'offensive du roi Hussein de Jordanie contre les camps de réfugiés et les bases militaires d'Arafat en Jordanie en 1970), ouvre une période de remise en cause et de réflexion chez les Palestiniens. Ils s'intéressent aux suggestions de Mohamed Yazid, l'ancien ministre de l'information du gouvernement provisoire algérien. Cet expert, qui était parvenu à retourner l'opinion européenne contre la France, donne plusieurs conseils pour « recadrer » la propagande palestinienne :
. Ne plus présenter Israël comme un misérable petit état voué à être détruit par l'immense peuple arabe mais parler d'une « lutte de libération nationale » comme celle de toutes les autres nations ;
. Ne plus donner à croire avec des mots d'ordre comme « jeter les Juifs à la mer » ou « égorger les Juifs » que les Israéliens puissent être des victimes. Les victimes, cela doit être les Palestiniens ;
. Ne plus présenter le conflit comme une lutte entre « les Arabes et les Sionistes », mais entre « les Arabes et l'impérialisme ».
Ce recadrage de la propagande palestinienne prendra effet de façon progressive, jusqu'à son apogée lors de la Conférence de Durban de décembre 2001.
Les conseils des Chinois et des Vietnamiens
Arafat aurait visité en 1970 Pékin et Hanoi en compagnie de Abou Ayad. Il aurait alors rencontré Chou En Laï et Giap, en prélude à de nombreux échanges et sessions de formation militaire, étalés dans le temps. Giap donne trois conseils :
. dans la confrontation avec Israël, il convient de fixer des étapes et des objectifs par étape, au lieu de proclamer tout de suite l'objectif de destruction d'Israël ;
. se donner une apparence de modération pour ne pas effrayer l'opinion occidentale ;
. apprendre à manipuler les média. Giap aurait dit : « En 1968, j'ai compris que je ne pourrais pas vaincre les 500 000 hommes des troupes américaines qui étaient déployées au Vietnam. J'ai compris que je ne pourrais pas couler la 7ème flotte ni détruire ses centaines d'avions. Mais je savais que je pourrais introduire dans les foyers américains des images qui leur donnerait une envie folle de stopper cette guerre ».
Giap donnait ainsi aux Palestiniens un corps de doctrine adapté à la guerre asymétrique, qui met en présence des adversaires dont la puissance initiale est très inégale. Il leur recommande une guerre prolongée, car le rapport des forces ne peut s'inverser qu'au terme d'un long processus. Il s'agit de miner l'adversaire, non seulement sur le terrain militaire, mais aussi politiquement (en l'isolant), économiquement (une guerre prolongée coûte très cher) et moralement.
Une telle guerre associe des aspects politiques, économiques, militaires, diplomatiques, médiatiques. Le Jérusalem Post du 16 septembre 2003, fait état d'une citation d'Arafat de la fin des années 60 : « Nous devons, dit Arafat, lancer une campagne soutenue de terrorisme qui minera la vie des citoyens, empêchera une immigration vers Israël et obligera les Israéliens à quitter Israël (...) détruira le tourisme (...) affaiblira l'économie en obligeant les israéliens à consacrer la majeure partie de leurs ressources à la sécurité du pays (...) Maintenir une ambiance de tension et d'anxiété qui forcera les sionistes à réaliser qu'il est impossible pour eux de vivre en Israël. »
Si on veut comprendre la guerre d'Arafat, il faut bien voir comment il combine ses offensives sur trois fronts principaux. Il y a le front de l'isolement international d'Israël (délégitimation, dénonciation de l'occupation, de l'apartheid, de l'oppression et de l'humiliation, campagnes à l'ONU et en Europe sur tous les sujets), le front de la division interne d'Israël (la mobilisation contre les opérations militaires de défense d'Israël, la prise à parti des chefs de gouvernement à qui est imputée la responsabilité de la guerre, le discours pacifiste, l'encouragement des opérations comme les « accords de Genève »), le front de l'épuisement moral et économique d'Israël (par les pertes humaines, le règne de l'insécurité, le détournement de ressources énormes des emplois productifs vers la sécurité et la défense).
Les trois fronts sont activés ensemble ou successivement. Où Israël trouve-t-il ses forces vitales ? Dans son moral et sa prospérité qui vont ensemble, dans son unité, dans ses liens avec le reste du monde. Pour vider Israël de ses forces, il faut l'attaquer simultanément sur ses trois sources d'énergie vitale. C'est à cela que s'attelle Arafat depuis quarante ans avec une extraordinaire obstination et un mépris du même ordre pour les épreuves qu'il cause ainsi à son peuple.
Ses moyens opérationnels sont triples : la propagande et son corollaire, la manipulation des média, le terrorisme vis à vis des israéliens et un régime de fanatisation - répression imposé aux palestiniens. Sous la direction d'Arafat, les Palestiniens ont produit sans doute les meilleurs spécialistes au monde, pour la propagande, la manipulation des média, le terrorisme, la fanatisation des masses et la répression.
La guerre d'Arafat est toujours une guerre politique. Sa faiblesse militaire relative l'a contraint de porter la guerre là où il pouvait mobiliser des appuis, remporter des succès et paralyser l'adversaire, c'est à dire sur les champs médiatique, diplomatique, économique et de la terreur contre les civils.
LA THÉORISATION DE LA GUERRE PAR L'O.L.P.
La guerre a été théorisée sous le nom de « Stratégie des étapes ». Pour asseoir cette stratégie, on voit revenir sans cesse dans le discours de l'OLP, le pacte d'« Houdaibiya » et la référence au « Cheval de Troie ».
La stratégie des étapes
La stratégie des étapes est postérieure à la guerre du Kippour. En 1973, les Israéliens s'étaient laissés surprendre. La leçon qu'en tirèrent les Palestiniens, c'est qu'Israël n'était pas imbattable militairement, et que si une guérilla intérieure avait pu paralyser la mobilisation précipitée de sa défense, l'État Juif aurait peut-être été emporté. S'est alors imposé le modèle vietnamien où, à partir de zones dites « libérées », une guerre de guérilla paralyse et use les forces adverses, qui sont ensuite battues par une offensive conventionnelle.
C'est ainsi qu'au Caire, le 9 juin 1974, l'OLP fixe une doctrine des étapes dont elle n'a plus varié depuis. L'article 2 de la résolution adoptée ce jour-là stipule que l'OLP devra « établir une autorité nationale indépendante sur toute partie du territoire qui aura été libérée ». C'est la fameuse « zone libérée », le sanctuaire qu'il faut créer en premier et d'où on peut lancer une guerre de harcèlement dans les lignes de l'adversaire. Vingt ans plus tard, les accords d'Oslo serviront sur un plateau à Arafat le fameux territoire libéré d'où il fait partir encore aujourd'hui ses opérations.
Le même article prescrit que l'OLP utilisera « tous les moyens et avant tout la lutte armée... » : il faut entendre la guerre de guérilla. Et à l'article 8 « elle s'efforcera de réaliser l'union des pays de la zone de confrontation dans le but d'achever la libération de l'intégralité du territoire palestinien ». C'est le passage à l'offensive conventionnelle pour abattre Israël.
Il est remarquable d'observer qu'il y a quelques jours, le 1er décembre (2003) le Fatah, pour ramener à la réalité les Palestiniens qui pourraient s'être égarés en prenant à la lettre les accords de Genève, a publié, un document où il proclame : « Nous rappelons à ceux qui jouent avec l'avenir de notre peuple qu'un État palestinien indépendant sur les territoires occupés en 1967 ne fait pas partie du consensus stratégique, mais seulement d'un programme de transition, adopté par l'OLP lors de la réunion de 1974 du Conseil National Palestinien. » [voir BADIL Resource Center for Palestinian Residency and Refugee Rights Press Release E-53-03 5 December 2003 ]
Ce passage capital met le doigt sur deux points qui permettent de tout comprendre : d'abord que le programme demeure bien celui de 1974 visant à détruire Israël et ensuite que la création d'un État palestinien n'est qu'une transition, un moyen (la base de lancement d'une guerre de guérilla) et surtout pas une fin (un État unique du Jourdain à la mer).
Le dispositif des étapes ne fonctionne qu'à une condition : disposer d'un territoire où installer une autorité nationale palestinienne. Sans cela, pas de population où recruter des fantassins ou des « martyrs », pas de ressources financières, pas de sanctuaire où stocker des armes, former des soldats, trouver refuge, etc. Arafat tenta bien d'utiliser la Liban après la déroute de Jordanie, mais il en fut déraciné grâce à la plus légitime des guerres israéliennes et renvoyé à Tunis.
Le pacte d'Houdaibya
C'est alors que survint l'opportunité d'Oslo qui allait lui offrir cette base d'opérations tant souhaitée. Il y avait une condition cependant pour entrer dans le processus : renoncer solennellement à la violence, ce qui était parfaitement incompatible avec la poursuite de la guerre. C'est là que va s'imposer, dans le discours palestinien, la référence à Houdaibiya. En 628, le prophète, en difficulté, avait passé avec la tribu des Qoreïch, maîtres de La Mecque, un accord pour dix années de paix. Un peu plus d'une année après, le rapport des forces étant devenu favorable, le prophète rompait la trêve et prenait La Mecque. Le prétexte est qu'un Musulman n'est pas engagé pas les traités qu'il passe avec les Infidèles.
Arafat va prendre appui sur ce modèle. Le 1er septembre 1993, avant même l'échange de lettres avec Rabin (du 9 septembre) et la signature de la Déclaration de principes (du 13 septembre), s'exprimant sur radio Monte Carlo, il déclare que l'accord à venir « serait à la base d'un État palestinien indépendant en accord avec la résolution de 1974 du Conseil National Palestinien ». C'est à dire la base arrière d'une nouvelle guerre ! Quelques mois plus tard, en Arabe, dans une mosquée de Johannesburg, il compare les accords d'Oslo au « pacte de Houdaibiya ». Référence qui reviendra régulièrement, qui le délivre de tout engagement de renoncer à la violence et qui lui sert à donner à ses troupes, en Arabe, quand il le juge utile, le signal de l'offensive.
C'est sans doute pour cela qu'Arafat est totalement récusé comme interlocuteur palestinien aussi bien par les Américains que par les Israéliens. Les engagements qu'il accepte sont affaire d'opportunité : non seulement sa doctrine lui permet de les transgresser quand ça l'arrange, mais elle le lui commande. Ne pas lancer le Jihad quand les conditions sont favorables, c'est avec des lunettes islamistes, déroger aux obligations religieuses.
La référence au Cheval de Troie
Cette référence sert d'image pour expliquer le déclenchement de l'Intifada de septembre 2000. Le « Cheval » est invoqué publiquement, en Arabe par Arafat ou par Marwan Barghouti. C'est sans doute Fayçal Husseini qui a livré la version la plus détaillée au quotidien égyptien Al-Arabi le 31 mai 2001. « Les États-Unis et Israël n'ont pas compris, avant Oslo, que tout ce qui a été laissé du mouvement national palestinien et du mouvement Pan Arabe était un Cheval de Troie (...) Il y a trois ans j'ai dit « la Montée dans le Cheval » et chacun est entré dans le Cheval et le Cheval a passé le muré (...) Maintenant, le temps est venu pour nous de dire : « Sortez du Cheval et commencez à travailler » ». Et il continue, pour bien fixer les buts stratégiques de l'Intifada : « notre but suprême est toujours la libération de toute la Palestine historique, de la Rivière [du Jourdain] à la Mer [Méditerranée], même si cela signifie que le conflit durera pendant encore mille ans ou pendant beaucoup de générations. »
LA MISE EN OUVRE DE LA STRATÉGIE D'ARAFAT
On a vu que la stratégie d'Arafat n'a vraiment pu prendre corps qu'avec les accords d'Oslo, qu'il a su subordonner à sa stratégie, d'une main de maître.
Dix ans après Oslo, il n'est pas inutile de mesurer le chemin parcouru de part et d'autre, les Israéliens avec leur politique de « paix contre les territoires » et les palestiniens avec leur stratégie des étapes. En 1993, l'OLP était exilée à Tunis, sans territoires, sans troupes, sans grands moyens financiers. Au même moment Israël était une puissance militaire de premier ordre en même temps qu'une puissance économique et technologique en plein essor.
Au début de cette nouvelle guerre, le parti d'Arafat dispose d'un territoire, d'un peuple de plusieurs millions d'individus, de ressources financières avec des contributions d'États et d'organisations internationales, d'une administration, de forces armées (près de 60 000 hommes). Il a aussi acquis une légitimité internationale et un courant d'estime considérable, au moins dans le monde musulman et en Europe.
Israël quant à lui a désormais une guerre d'usure sur les bras. Son essor économique et technologique est stoppé, ses forces armées sont engluées dans des tâches de surveillance et de renseignement accablantes. Il est largement diffamé, délégitimé et haï dans le monde. Entre 1983 et 1993, il y avait 25 morts par an en moyenne du fait du terrorisme, entre 1993 et 2003, 110 morts par an en moyenne décennale, et depuis septembre 2000, 300 morts par an.
Ce renversement donne une indication de l'efficacité de la guerre d'Arafat. Mêlant ses offensives sur trois fronts (isolement d'Israël, division interne, atteinte à son moral et à ses ressources), il lui a causé plus de dommages stratégiques que toutes les guerres précédentes alors que la guerre en cours n'est pas terminée.
L'erreur d'Israël, comme nation, c'est de n'avoir pas su comprendre assez tôt que le modèle mental de ses adversaires palestiniens n'avait rien à voir avec le sien. Il a cru qu'avec Arafat, il tenait un partenaire représentatif, avec lequel on pouvait négocier, défendre ses intérêts, et parvenir à un compromis. Israël a cru que le rapport des forces militaires pouvait dicter une issue raisonnable, même à un vieux terroriste. Il a trouvé un dirigeant mu par des fantasmes religieux, calculant sur le très long terme, affranchi de la contrainte de minimisation des pertes qui pèse sur tout gouvernant, sans compte à rendre ni à son peuple ni à une quelconque opposition.
Sa seconde erreur, c'est d'avoir seulement apporté des réponses militaires et sécuritaires à une stratégie politique et médiatique, d'avoir négligé l'information et l'offensive sur l'image, la légitimité, les pratiques dictatoriales, le fanatisme religieux.
L'habileté d'Arafat n'explique quand même pas tout. S'il a pu mener sa stratégie diplomatique/terroriste/médiatique, c'est qu'il a aussi bénéficié d'appuis considérables dans le monde arabo-musulman et chez ses clients européens. En cela la guerre n'est pas tout à fait une guerre israélo-palestinienne, mais une guerre israélo-arabe.
Paradoxalement, la position d'Israël est aujourd'hui beaucoup plus forte qu'en septembre 2000. À l'épreuve d'une guerre sauvage, la société et l'État israélien ont tenu et se sont endurcis. Trois années d'Intifada leur ont donné une incomparable leçon de lucidité. Ils savent désormais à qui ils ont affaire.
Avec la barrière de sécurité, l'option de la guerre de harcèlement contre les civils va progressivement perdre toute signification. Les Palestiniens qui l'ont bien compris feront tout pour en empêcher la construction.
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Le 4 mai 2003Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
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Force du faible, faiblesse du fort
Par Georges BensoussanLe Monde
19 juin 2002Israël a contre lui la force de l'évidence. L'impressionnant étalage de sa force militaire fait paraître indécente l'évocation d'une faiblesse du fort de la même façon qu'une population démunie et assiégée empêche de comprendre la force du faible. C'est pourquoi le souci historien est aux sociétés ce que l'analyse est au sujet, il permet de parler au lieu d'être parlé et dupé par l'écume des choses.
C'est dans la durée seule que se lit un conflit. Il faut entendre dans celui-ci l'arrière-fond du refus arabe : l'État d'Israël ne figure pas sur les cartes des manuels de géographie en usage en Palestine, pas plus qu'il n'est mentionné sur le planisphère exposé à l'Institut du monde arabe à Paris. C'est à partir de ces détails (« où le diable se niche », comme le dit le proverbe allemand) que se lit l'essence d'un conflit. La « force d'Israël » comme les « attentats-suicides de désespérés » illustrent combien la culture de l'instant aveugle les contemporains, combien l'évidence (Paul Veyne a dit de l'historien qu'il est « celui qui se méfie de ce qui va de soi ») est antinomique de la réflexion, combien la compassion tient lieu de pensée politique dès lors qu'une victime ne saurait avoir tort et que toute victoire militaire est a priori suspecte.
« Vous aimez la vie autant que nous aimons la mort. » C'est à partir de cette profession de foi de l'un des dirigeants palestiniens que peut s'entendre le gouffre culturel qui sépare le culte du martyre (shahid) de la raison occidentale. Lire en termes occidentaux les « bombes humaines » qui se font exploser en Israël dans des lieux peuplés de civils, c'est, avec la meilleure intention du monde, montrer combien perdure l'ethnocentrisme culturel. Si la motivation première du suicidé est de se supprimer, ici, elle est de tuer le maximum d'Israéliens, voire de juifs, comme le précise le Hamas, pour lequel « tout juif est une cible ».
Le terrorisme des uns, entend-on à raison, est la résistance des autres. À ceci près : la Résistance française, érigée en modèle par les uns et les autres, n'a jamais assassiné de femmes et d'enfants allemands dans des lieux dépourvus du moindre intérêt stratégique (un café-restaurant, par exemple). À ceci près encore : la mise à mort de ces civils israéliens, à l'intérieur des frontières de 1967, murmure autre chose, le refus de la légitimité d'une présence juive où que ce soit sur le territoire de l'ancien mandat britannique.
Des « actes de désespoir », dit-on. Qui nierait, en effet, la situation tragique d'un peuple qui, depuis le plan Peel de 1937 jusqu'aux compromis de Camp David (2000) et de Tabah (2001), a, de refus en refus, manqué les occasions historiques et fait de la sorte son malheur (à commencer par les réfugiés de 1948) comme celui de la région tout entière ? Le « désespoir » ne fabrique pas les « bombes humaines », elles feraient sinon le quotidien de cette planète : du Tibet au Kurdistan, qui de tant de situations désespérées, où l'on n'entend guère parler de « bombes humaines » ? C'est la culture du sacrifice et du martyre, y compris dans les « milieux laïques » du Fatah, qui y pourvoit. Quand, pour protester contre les persécutions infligées aux bouddhistes, les bonzes sud-vietnamiens s'immolaient jadis par le feu, c'est leur vie seule qu'ils mettaient en jeu, sans chercher à entraîner dans la mort des victimes alentour. Ici, au contraire, la priorité est l'assassinat et non le suicide. Mue non tant par le désespoir que par un refus rémanent d'ordre social et culturel (on a oublié le statut du juif dhimmi en terre d'islam), d'ordre politique, voire quasi métaphysique (« Reconnaître Israël, ce serait reconnaître le non-être arabe », déclarait jadis Ahmed Ben Bella), qui se traduit par une incapacité à accepter la légitimité d'une présence juive sur une portion de cette terre.
Il n'y aurait pas là de quoi s'étendre beaucoup si le processus de délégitimation du sionisme n'était aujourd'hui bien avancé. Ainsi, doucement, le pogrom sec de Durban (septembre 2001) parviendra-t-il, demain peut-être, à ses fins : faire prévaloir l'idée de l'État « en trop sur la terre ». Aidé par cette « bien-pensance » qui confirmera le mot de George Orwell selon lequel la gauche, pour être antifasciste, n'est pas pour autant antitotalitaire.
Georges Bensoussan est professeur d'histoire, en détachement au Centre de documentation juive contemporaine.
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11 octobre 2002Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles. http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/
Comment la guerre a commencé
Par M. Khaled Abu Toameh
Jérusalem Post, 19 septembre 2002
La chronologie des manoeuvres palestiniennes qui ont entraîné le déclenchement de la violence il y a deux ans montre qu'elles étaient prévues à l'avance et qu'elles ont enflammé le débat concernant Jérusalem.
Le 25 juillet 2000, quelques jours après l'échec du sommet de Camp David, le mensuel de l'Autorité palestinienne Al-Shuhada (les Martyrs) publia la lettre suivante : « De la part de la délégation de négociation (à Camp David), menée par le commandant et symbole Abu Ammar (Yasser Arafat), à l'attention du courageux peuple palestinien, tenez-vous prêts. La bataille pour la conquête de Jérusalem a commencé. »
Cette lettre apparut à la suite de comptes-rendus de Camp David suggérant que le sommet avait échoué à cause de l'intransigeance de M. Arafat. Selon des sources émanant de l'Autorité palestinienne, elle fut écrite par un conseiller d'Arafat et approuvée par ce dernier avant d'être diffusée.
La lettre fut publiée dans un magazine qui n'est distribué qu'au sein du personnel de sécurité de l'Autorité palestinienne. Elle ne fit l'objet d'aucune publication dans les journaux quotidiens de Jérusalem ou de Ramallah. Le message que M. Arafat envoyait à son bras armé était donc clair : « Préparez-vous à un affrontement en règle avec Israël, car je refuse d'accepter les ordres émanant des Israéliens et des Américains. »
Un mois plus tard, bien après le retour de M. Arafat à Gaza, le général Ghazi Jabali, ancien chef de la police de l'Autorité palestinienne, déclara le 14 août au journal palestinien officiel Al-Hayat : « La police palestinienne s'alliera aux nobles fils du peuple palestinien lorsque l'heure de l'affrontement arrivera. »
M. Freih Abu Middein, ministre de la Justice palestinien, déclara que la catastrophe était imminente. Dans un entretien accordé au même journal et publié le 24 août 2000, il énonça l'avertissement suivant : « La violence est proche et le peuple palestinien est prêt à sacrifier 5000 victimes s'il le faut. » Cette déclaration intervint juste après une série de réunions que M. Arafat avait tenu avec les ministres de son cabinet.
Le journal Al-Sabah (Le Matin), une autre publication officielle, se fit l'écho le 30 août de l'intensification de la menace : « Nous nous avancerons et nous déclarerons une Intifada générale pour Jérusalem. L'heure de l'Intifada est arrivée, l'heure du djihad est arrivée. »
Cette escalade rhétorique commença avant bien avant le départ de M. Arafat et de son entourage de Camp David. Un membre de l'Autorité palestinienne qui accompagnait M.Arafat déclara que ce dernier était furieux contre Israël et les États-Unis parce qu'ils l'avaient accusé d'être responsable de l'échec du sommet. Il avait la sensation que le Premier ministre Ehoud Barak et le président américain Bill Clinton cherchaient tous deux à l'isoler en affirmant que le peuple palestinien méritait un meilleur dirigeant.
À son retour de Camp David, M. Arafat fut reçu comme un héros par son peuple parce qu'il était dépeint comme étant le dirigeant musulman et arabe qui avait refusé de compromettre leurs droits religieux, nationaux et historiques. Les sondages d'opinion montraient une hausse spectaculaire de sa popularité et ses rivaux religieux et laïques eux-mêmes ne tarissaient pas d'éloges sur sa fermeté. M. Arafat déclara aux sympathisants qui vinrent le voir à Ramallah qu'il avait refusé de devenir un « Sadat n°2 » (président égyptien Anvar), qui avait été dénoncé par de nombreux Arabes pour avoir signé un traité de paix séparé avec Israël.
« Bienvenue Arafat, le héros de la guerre et le héros de la paix », pouvait-on lire sur une banderole dans les rues de Gaza alors que le cortège de M. Arafat se frayait un chemin depuis l'aéroport local en direction de son bureau. Une autre affichait : « Jérusalem est dans nos yeux, demain elle sera dans nos mains. »
Plus tôt ce jour-là, des centaines de Palestiniens avaient défilé dans la ville pour réclamer le retour de l'Intifada contre Israël. Revigorés par l'échec de Camp David, le Hamas et le Djihad islamique firent des déclarations pressant M. Arafat d'abandonner les négociations pour la paix et d'instaurer la lutte armée.
Les deux groupes islamiques radicaux considéraient l'échec de Camp David comme une nouvelle preuve du fait qu'Israël ne cherchait pas sérieusement à trouver une paix juste et globale avec les Palestiniens. Leurs porte-parole déclarèrent également à M. Arafat que, si le sommet prouvait une chose, c'était que les états-Unis conservaient un préjugé favorable envers Israël.
Après l'échec de Camp David, M. Arafat se rendit dans presque tous les États arabes, à l'exception de la Syrie et de l'Irak, afin de demander à leur dirigeants de le soutenir. Il visita également un grand nombre de pays européens dans le but d'expliquer sa position.
« Jérusalem et ses lieux saints, particulièrement la mosquée d'Al-Aksa, appartiennent à un milliard de musulmans et je n'ai pas le droit de les abandonner à qui que ce soit », aurait-il dit aux rois et présidents arabes.
Les dirigeants arabes assurèrent M. Arafat qu'ils étaient derrière lui, mais sa tournée des autres capitales mondiales après le sommet de Camp David mit en lumière le fait que, pour la première fois depuis longtemps, les sympathies internationales se rangeaient à présent du côté d'Israël. Cela marqua le début de l'isolement de M. Arafat sur la scène internationale.
Pendant presque trente ans, le dirigeant de l'OLP s'était habitué à être reçu avec les honneurs par les rois et les chefs d'État du monde entier. Il s'était également habitué à entendre les mots compatissants que ses hôtes adressaient à lui-même ainsi qu'à la cause qu'il représentait. À présent, les événements commençaient à prendre une tournure différente pour M. Arafat dans le monde occidental.
Dans une tentative de dernière minute, M. Edward Walker, sous-secrétaire d'État américain pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, effectua la tournée régionale de 14 États pour tenter de persuader ses alliés arabes de retirer leur soutien à M. Arafat, mais il était déjà trop tard.
Alors que les pressions exercées à son encontre s'accentuaient, M. Arafat se montra encore plus arrogant lorsqu'il déclara qu'il conservait son projet d'annoncer la création de l'État de Palestine le 13 septembre. Dans un entretien accordé à un journal saoudien le 1er août, M. Arafat annonça : « Aucun retard n'a été pris sur le calendrier de déclaration de l'État ; celle-ci interviendra comme prévu le 13 septembre, si dieu le veut, sans tenir compte de ceux qui sont d'accord ou non. »
Presque tous les États arabes donnèrent leur bénédiction à M. Arafat pour ce projet de déclaration d'État. Il reçut également l'assurance que cet État serait reconnu par le président sud-africain Thabo Mbeki, dont le pays jouissait d'une grande influence sur les décisions de nombreux autres États du Tiers Monde. M. Arafat était tellement certain d'obtenir un large soutien qu'il ordonna au ministre de la Planification et de la Coopération internationale de commencer à préparer des Palestiniens à remplir des fonctions diplomatiques à l'étranger.
Mais, le 10 septembre, M. Arafat et le Comité central de l'OLP furent obligés de remettre, une fois encore, la déclaration d'État qui était prévue. Cette décision ne fit qu'accroître le sentiment d'amertume des hauts responsables de l'Autorité palestinienne, qui accusèrent les États-Unis de soutenir aveuglément Israël et d'induire en erreur le reste du monde quant aux raisons de l'échec du sommet de Camp David.
Parallèlement à l'offensive politique qui démarra presque immédiatement après Camp David, l'Autorité palestinienne préparait également un possible affrontement militaire avec Israël. Des membres des services de sécurité de l'Autorité palestinienne interrogés par les médias locaux parlaient ouvertement d'un conflit imminent. Certains déclarèrent même que les zones contrôlées par l'Autorité palestinienne deviendraient « un tombeau » pour les forces de défense israéliennes si Israël décidait de réoccuper la rive ouest et la bande de Gaza. Leurs déclarations venaient en réponse aux remarques faites par M. Shaul Mofaz, ancien chef d'état-major de la force de défense israélienne, qui prévenait qu'Israël utiliserait des tanks et des avions à réaction si les Palestiniens lançaient une offensive armée.
Selon des comptes-rendus de Gaza datant de la mi-août, certaines forces paramilitaires de l'Autorité palestinienne menaient des entraînements dignes de bataillons.
En outre, de nombreux hauts responsables de la sécurité de l'Autorité palestinienne partaient suivre des entraînements militaires dans des pays tels que l'Égypte, le Yémen, l'Algérie et le Pakistan. Sur le terrain, la pression commença à monter du côté palestinien lorsque les membres de la Force 17, c'est-à-dire les agents de protection d'élite de M. Arafat, furent observés en train de creuser des tranchées et de renforcer sérieusement leurs positions avec des sacs de sable. En quelques jours, la plupart des centres et bases de polices de l'Autorité palestinienne prirent l'allure de forteresses militaires.
Tandis que le sommet de Camp David suivait son cours, le Fatah, organisation d'Arafat et plus grosse faction de l'OLP, commença à préparer des adolescents palestiniens aux violences à venir dans quarante camps d'entraînement le long de la rive ouest et de la bande de Gaza.
Certains responsables de l'autorité palestinienne et de commentateurs de la presse se mirent également à militer pour l'adoption de la stratégie du Hezbollah qui, croyaient-ils, avait mené au retrait de la force de défense israélienne du sud du Liban quelques mois auparavant. Les dirigeants du Hezbollah, y compris M. Hassan Nasrallah, secrétaire général de l'organisation, s'exprimèrent à la télévision par satellite arabe pour se moquer d'Arafat et de ses négociateurs, en arguant que la Palestine ne pourrait être libérée que par l'usage de la force, et non grâce à des sommets tels que celui qui s'était tenu à Camp David.
À présent, l'atmosphère dans les rues palestiniennes était celle de « l'aube de la guerre » . Les ministres et les représentants de l'Autorité palestinienne intensifièrent les critiques qu'ils adressaient à Israël et aux États-Unis. Cette manoeuvre faisait partie des efforts de l'Autorité palestinienne visant à réfuter les accusations selon lesquelles elle était responsable de l'échec des négociations de Camp David et avait encore fait manquer aux Palestiniens une opportunité historique.
Les imams nommés par l'Autorité palestinienne dans les mosquées de rive ouest et de la bande de Gaza commencèrent à évoquer Israël comme étant « l'ennemi sioniste » et exhortèrent tous les musulmans de se mobiliser pour la guerre contre les « infidèles ». Un imam de Gaza déclara que « toutes les armes devaient être dirigées vers les Juifs, vers les ennemis d'Allah, vers la nation maudite citée dans le Coran, vers ceux que le Coran décrit comme des singes et des porcs, des adorateurs du Veau d'or et des adorateurs d'idoles ».
D'autres imams invoquèrent la nécessité et le devoir de libérer la Palestine des agresseurs sionistes. Cette fois, il ne s'agissait pas uniquement de libérer la rive ouest et la bande de Gaza ; la revendication portait maintenant sur Jérusalem, Jaffa, Haïfa et Ashkelon.
Israël était également accusée de distribuer des drogues aux jeunes Palestiniens et Palestiniennes afin de les corrompre et d'entraîner la désintégration de la société palestinienne. En plus des drogues, on tenait également les Israéliens pour responsables des chewing-gums aphrodisiaques que l'on trouvait dans les magasins palestiniens, croyant que leur but était de transformer les femmes palestiniennes en prostituées.
Alors que les tensions gagnaient en intensité, les membres de l'Autorité palestinienne accusèrent ensuite Israël de distribuer des « ceintures radioactives » donnant le cancer.
Un sondage réalisé le 3 août par le centre d'information palestinien indépendant révéla que les deux tiers des Palestiniens soutenaient la nouvelle Intifada contre Israël. C'était la première fois depuis la signature des accords d'Oslo qu'une majorité de Palestiniens se déclaraient en faveur de la violence contre Israël.
Tentant d'éviter l'inévitable affrontement, des responsables israéliens et palestiniens, parmi lesquels le secrétaire général de l'Autorité palestinienne Tayeb Abdel Rahim et le vice-ministre israélien de la défense Ephraim Sneh, se rencontrèrent afin de réduire les tensions et d'empêcher l'explosion de violence qui suivrait l'échec des négociations de Camp David.
Ces réunions furent autorisées par M. Arafat sous la pression de Washington.
Plus d'un an après, lors du premier anniversaire de l'Intifada, M. Marwan Barghouti, chef du Fatah en Cisjordanie, accorda le 22 octobre au journal arabe basé à Londres al-Sharq al-Awsat un entretien dans lequel il admettait avoir joué un rôle direct dans le déclenchement de l'Intifada.
Il déclara : « Je savais que la fin du mois de septembre nous rapprochait de l'explosion, mais lorsque Sharon se rendit à la mosquée d'al-Aksa, je me rendis compte que c'était le moment idéal pour déclencher l'Intifada... La nuit précédent la visite de Sharon, j'avait été invité sur le plateau d'une télévision locale et j'avais profité de cette opportunité pour appeler le public à se rendre à la mosquée d'al-Aksa le lendemain matin, car il était hors de question que Sharon puisse atteindre al-haram al-Sharif (la Montagne du Temple) aussi facilement et repartir en paix. Je me rendis à Al-Aksa le lendemain... Nous tentâmes de provoquer des affrontements mais ce fut sans succès en raison des différences d'opinions qui émergèrent à Al-Aksa à ce moment là... Après le départ de Sharon, je demeurai pendant deux heures dans la foule, nous discutâmes de la réponse qu'il fallait apporter et de quelle façon il était possible de réagir dans les autres villes et pas seulement à Jérusalem. Nous contactâmes toutes les factions palestiniennes. »
Dans la journée, M. Barghouti se rendit dans la région du Triangle, où il devait prononcer un discours. « Alors que nous étions en voiture sur la route du Triangle, je préparai un tract au nom du Haut Comité du Fatah, en coordination avec les frères (Hamas), dans lequel nous appelions à une réaction à ce qui s'était produit à Jérusalem », expliqua-t-il.
M. Imad Faluji, ministre de la communication de l'Autorité palestinienne, admit le 11 octobre 2001 que la vague de violences avait été préméditée en juillet, bien avant la « provocation » de Sharon. « Celui qui croit que l'Intifada a été déclenchée en raison de la visite indésirable de Sharon à la mosquée d'Al-Aksa a tort, même si cette visite représenta pour le peuple palestinien la goutte d'eau qui fit déborder le vase. L'Intifada était prévue à l'avance, depuis le retour de Camp David du Président Arafat. M. Arafat se montra résolu et défia Clinton. Il rejeta les propositions américaines et il le fit au coeur même des États-Unis », expliqua-t-il.
M. Shaker Habash, membre du comité central du Fatah, déclara le 7 décembre 2000 au quotidien de l'Autorité palestinienne al-Hayat al-Jadida que, après le sommet de Camp David, il devint clair pour le Fatah, comme le frère Abu Ammar (M. Arafat) l'avait annoncé, que la prochaine étape nécessiterait que nous nous préparions à un conflit (avec Israël), parce que le Premier ministre Barak n'était pas un partenaire capable de se conformer aux aspirations de notre peuple. Conscient de cet avertissement, le Fatah était le mieux préparé au conflit de tous les autres mouvements palestiniens. Au sommet de Camp David, nous avions pensé que le Président Clinton serait capable de faire pression sur le gouvernement israélien de façon à ce que Barak adopte une solution que nous estimerions acceptable. Mais il était clairement apparu que la position américaine allait de pair avec celle d'Israël : partager la souveraineté sur al-Haram al-Sharif avec nous et diviser Jérusalem-Est en quatre ou cinq mo.
« À la lumière de cette information, après avoir analysé les différentes positions politiques à la suite du sommet de Camp David et en accord avec ce qu'a dit le frère Abu Ammar, il devint évident pour le Fatah que la prochaine étape appelait à la préparation d'un affrontement, car le Premier ministre Barak n'était pas un partenaire qui pouvait respecter les aspirations de notre peuple. Considérant cela, le Fatah était mieux préparé que les autres mouvements pour cet affrontement. Dans le but de jouer le rôle qui nous était dévolu, le Fatah coordonna ses appareils souverain, civil et administratif et ne fut pas surpris du déclenchement de l'actuelle Intifada... Le Fatah considérait que la lutte totale interviendrait à l'étape finale de l'accord », ajouta-t-il.
En octobre, près de deux mois après le début de l'Intifada, M. Arafat se rendit au sommet de Sharm el-Sheikh contre l'avis de la plupart des factions palestiniennes et de certains des ministres de son cabinet. Les sources émanant de l'Autorité palestinienne indiquèrent que la décision de M. Arafat d'aller au sommet fut en grande partie une réponse aux pressions exercées par l'Égypte et l'Arabie saoudite, qui craignaient que la crise israélo-palestinienne ne devienne incontrôlable. M. Arafat ne considérait plus le Premier ministre Ehoud Barak et son gouvernement comme des partenaires pour la paix.
Comme prévu, l'accord de cessez-le-feu obtenu à Sharm el-Sheikh déchaîna de nombreux Palestiniens, qui crurent qu'Arafat avait subi de fortes pressions de Washington pour obtempérer. Des membres de l'Autorité palestinienne déclarèrent à des journalistes palestiniens que, si Arafat avait accepté cet accord, c'était « surtout par courtoisie envers le Président Clinton et envers le Président Hosni Moubarak, qui accueillait le sommet ». M. Arafat lui-même nia par la suite avoir conclu un accord avec Barak. Il rejeta la requête des Israéliens et des Américains lui demandant d'appeler directement et personnellement les Palestiniens dans les rues à faire preuve de modération et à retrouver le calme. « M. Arafat était réellement offensé par les accusations lui imputant l'échec des négociations de Camp David. C'est pour cette raison qu'il n'était pas décidé à s'humilier en appelant à la fin de la violence », expliqua un négociateur palestinien.
L'Intifada était en fait la meilleure chose qui pouvait arriver à M. Arafat. Elle eut lieu au bon moment, dans la mesure où elle détourna l'ire des palestiniens du régime incompétent et corrompu qu'il avait instauré en 1994.
De plus, la violence unit les factions palestiniennes contre l'ennemi commun, Israël, et rallia le peuple derrière M. Arafat. En un sens, l'Intifada sauva M. Arafat et son gouvernement autonome car elle dirigea la colère et la frustration vers Israël au lieu de l'Autorité palestinienne.
Une autre raison expliquant pourquoi M. Arafat ne réagit pas rapidement pour mettre fin à la violence durant les premiers jours de l'Intifada réside dans le fait qu'il pensait qu'elle donnerait du poids à sa position dans toute négociation de paix à venir. M. Arafat espérait utiliser l'Intifada, dont il estimait la durée à quelques jours, voire, au pire, à quelques semaines, pour dire à Israël et au monde que ce conflit était le résultat de la rupture des négociations de paix.
L'une des conclusions de M. Arafat à la suite de Camp David fut que la meilleure façon d'arracher davantage de concessions à Israël serait d'impliquer plus de pays dans le processus de paix. L'un de ses objectifs principaux était maintenant d'entraîner les pays arabes dans le conflit contre Israël. Il rappela à divers reprises aux pays arabes et musulmans que Jérusalem et ses lieux saints relevaient également de leur responsabilité.
M. Arafat et les Palestiniens furent une fois encore grandement déçus par le manque de soutien qu'ils reçurent du Sommet de la Ligue arabe qui se tint au Caire en octobre 2000. Il y eut de nombreuses déclarations d'intention mais une absence de volonté d'agir concrètement sur le terrain.
Il est à présent clair que les deux dernières années de violence ont été déclenchées dans le cadre d'une stratégie visant à internationaliser le conflit et à obliger Israël à faire de nouvelles concessions. Mais ce stratagème de la violence devint totalement incontrôlable. Reste à savoir s'il existe un moyen de s'en sortir.
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17 octobre 2002Jérusalem Post, Édition Française - jpfrench@jpost.co.il
Réponse de Tsahal au rapport d'Amnistie internationale :
« Tuer le futur: les enfants dans la ligne de mire »
Depuis deux ans, les forces israéliennes de défense sont engagées dans une lutte intensive contre le terrorisme palestinien. Les organisations terroristes palestiniennes ont perpétré plus de 14 500 attaques qui ont à ce jour coûté la vie à 626 civils et soldats israéliens.
Toutes les opérations de Tsahal ont été menées dans le respect le plus total des lois humanitaires internationales. En revanche, les organisations terroristes palestiniennes violent ces lois, qu'elles soient d'ordre moral ou légal, n'hésitant pas à s'attaquer à des civils simplement sous prétexte qu'ils sont de nationalité israélienne.
Tsahal adhère aux règles de conduite en temps de guerre. Ainsi, elle évite de porter atteinte aux civils et en particulier aux enfants. Ce point est repris et détaillé dans l'entraînement des soldats, dans les "règles d'ouverture du feu", dans les directives données par les officiers, dans les ordres opérationnels et dans les communiqués des officiers de haut-rang.
Malencontreusement, des civils, dont des enfants, ont été blessés au cours d'altercations avec les organisations terroristes palestiniennes. Cependant, en aucun cas ces blessures n'ont été commises intentionnellement.
Les blessés étaient soit directement impliqués dans une activité terroriste, soit des civils touchés non intentionnellement après avoir pénétré dans la zone de combat.
Les terroristes palestiniens sont les seuls responsables des dommages causés aux enfants palestiniens. Depuis deux ans, les organisations terroristes font un usage cynique des enfants dans le terrorisme, violant ainsi les lois internationales. Ces enfants sont préparés à perpétrer des attentats au sein de la population israélienne, sont disposés sur la ligne de front lors des manifestations afin de dissimuler les tireurs d'élite, sont préparés à poser des bombes et à lancer des projectiles. De plus, les organisations terroristes ont transformé les quartiers civils palestiniens en zone d'activité terroriste.
La société palestinienne et plusieurs organisations internationales ont dénoncé l'exploitation de ces enfants par les terroristes. Ainsi, le secrétaire général des Nations Unies a condamné ce phénomène dans son rapport sur l'Opération "Bouclier de protection". Il est important de mentionner que les Palestiniens reconnaissent publiquement que les organisations terroristes envoient les enfants lancer des charges explosives sur les soldats israéliens contre une rémunération de 5 shekels (1$). Quarante de ces enfants ont été blessés puis amputés (d'après le journal Alray, 20 juin 2002).
Malheureusement, le rapport des Nations Unies ne mentionne pas cet acte particulierement immoral de la part des Palestiniens.
Ceux qui utilisent les enfants pour des attaques terroristes et se servent de demeures renfermant des enfants pour organiser et perpétrer des attentats sont directement responsables des blessures de ces enfants.
Les auteurs du rapport comparent les opérations de Tsahal lors desquelles des enfants palestiniens ont été tués aux attaques terroristes palestiniennes au cours desquelles des enfants israéliens ont été tués. Cette comparaison s'avère injustifiée et sans fondement.
Les attaques terroristes palestiniennes, et notamment les attaques suicides, ont pour but de porter atteinte aux civils israéliens, y compris aux enfants. Ces actes sont totalement dépourvus d'humanité.
En revanche, les opérations de Tsahal, conduites en accord avec les "lois de la guerre", ne sont pas dirigées contre des civils. Des accidents se produisent occasionellement et uniquement parce que les terroristes agissent depuis les centres urbains palestiniens.
De ce fait, cette comparaison prouve le manque d'impartialité des auteurs du rapport.
Les auteurs ont faussement affirmé que Tsahal n'effectuait pas d'enquête sur les incidents au cours desquels des enfants palestiniens avaient été blessés, accusant Tsahal d'exempter tout soldat impliqué dans ces incidents. Il s'avère que la Police militaire ouvre une enquête dès qu'un comportement criminel est suspecté chez des soldats. Ansi, depuis septembre 2000 et le début de l'Intifada El Aqsa, plus de 220 enquêtes ont été ouvertes, la plupart concernant des incidents impliquant des enfants palestiniens; par exemple: le décès d'un enfant palestinien près de Khan Yunis le 22 novembre 2001, le décès de Yasser Kassabi originaire de Kalandia le 8 décembre 2001, le décès de Muhamad Hassan Altalalaka près de Beith Hanoun le 1er mars 2002, le décès d'enfants à Jénine le 21 juin 2002, etc.
Les accusations selon lesquelles ces incidents ne font pas l'objet d'une enquête et que les soldats jouissent de l'immunité sont fausses. Le fait que Tsahal établisse des commissions d'enquêtes, et ce même en temps de guerre, reflète son aspect professionnel.
Tsahal souligne que ses opérations se déroulent selon le principe de "pureté des armes", visant à préserver la dignité humaine, et déplore les préjudices portés aux enfants innocents. Tsahal insiste sur le fait que l'usage cynique des enfants fait par les organisations terroristes est la seule cause de leurs blessures.
Tsahal apprécie la condamnation implicite des attaques terroristes palestiniennes soulignée dans le rapport.
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