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Le 13 novembre 2004Le plus grand arnaqueur de tous les temps
Par Margaret Wente
The Globe and MailYasser Arafat, un partenaire pour la paix ? Il s'agissait d'un énorme mensonge, et presque tout l'Occident l'a cru.
Il y a quelques années, j'ai visité le camp de réfugiés de Dheisheh, en Cisjordanie, à quelques kilomètres de Bethlehem. J'y ai rencontré des écolières amies de Aayat al-Akhras, une jolie fille de 17 ans, studieuse, qui avait été persuadée de se faire exploser dans un supermarché israélien. Les filles s'étaient couvertes la tête par chasteté. Par contre, elles portaient des jeans collants, des chaussures à plates-formes et du rouge à lèvres. Je leur ai demandé ce qu'elles pensaient du martyre de leur amie.
« Si seulement j'avais le courage de faire ce qu'elle a fait », a dit l'une d'entre elles.
Voilà le legs de Yasser Arafat &endash; un monde où les adolescents sont empoisonnés par la haine.
Tandis que les reporters et les chefs d'États du monde rendent leur hommage, il est temps de dire des médisances sur le disparu. M. Arafat utilisait comme bombes humaines des écolières, des femmes enceintes et des adolescents retardés mentalement. Il était à la tête d'un vaste réseau de kleptomanes qui a détourné dans des banques suisses des milliards d'investissements étrangers. La scène à son chevet comprenait sa femme, Suha, hystérique, qui très certainement refusait de le débrancher avant d'avoir obtenu sa part du butin.
M. Arafat a trompé presque le monde entier en faisant croire qu'il était un partenaire pour la paix. Quand nous nous sommes finalement rendu compte que nous avions été dupes de cette supercherie, il avait créé un mythe tenace où les Palestiniens sont dépeints comme le peuple le plus martyrisé de toute la planète.
Tout le monde a vu la scène maintenant familière de l'état-major de M. Arafat à Ramallah, réduit en ruines par les tanks israéliens. Mais on ne voit jamais les villas de Ramallah où les hauts placés de l'Organisation de libération de la Palestine vivent dans le confort, tandis que les gens ordinaires ont du mal à joindre les deux bouts. Les rues autour d'une école privée de Ramallah regorgent de BMW et de Audi. L'élite Palestinienne et celle des Nations unies y déposent leurs enfants. « Il était très généreux avec ses amis et s'assurait qu'ils vivaient bien », a dit un officiel palestinien au New York Times.
La famille nombreuse de Aayat était entassée dans deux chambres et elle rêvait de retourner un jour à un endroit qu'elle n'avait jamais vu. Ses fantasmes avaient été créés par M. Arafat qui promettait que, un jour, les Juifs plieraient bagages et disparaîtraient et que toute la Palestine, du Jourdain à la mer, serait leur. En 1996, Arafat faisait un discours à Dheisheh : « Nous ne connaissons qu'un seul mot : djihad, djihad, djihad ».
C'était deux ans après qu'il eut reçu le prix Nobel de la paix.
Le jour où je rencontrais les parents de Aayat, ils s'apprêtaient à faire un voyage à La Mecque, toutes dépenses payées par l'Arabie saoudite en honneur du martyre de leur fille. Ils avaient aussi droit à la récompense monétaire donnée par Saddam Hussein aux familles des martyres. M. Arafat était un partisan fidèle de Saddam Hussein. Lui, ainsi que les Palestiniens avaient réalisé des millions grâce aux licences d'exportation distribuées par Hussein pour la vente de pétrole irakien.
Plus tard, je visitais l'école de Aayat, construite avec les fonds de l'Union européenne et du Canada. Dans le hall d'entrée se trouvait une gigantesque peinture d'une photo de Aayat avant son martyre. Elle occupait presque tout un pan de mur. L'air féroce, Aayat portait le keffieh et tenait un fusil. La peinture me faisait penser à la fameuse photo de Patty Hearst, après qu'elle eût été enlevée et subi un lavage de cerveau. Le directeur de l'école me dit que tout le monde considérait Aayat comme un héro.
Pour M. Arafat, la lutte n'a jamais été au sujet de l'occupation de la Palestine. La lutte concernait l'existence même d'Israël. Les cartes géographiques des livres d'école palestiniens ne montrent pas Israël. On ne voit que la Grande Palestine. L'écrivain israélien Yossi Klein Halevi dit : « Il n'y a pas de paix non pas parce que des Juifs vivent à Hébron, mais parce qu'ils vivent à Tel Aviv ».
Comment Yasser Arafat a-t-il pu nous duper pendant aussi longtemps ? Je suppose que nous voulions êtres dupes. Il a même dupé les Israéliens qui, jusqu'à l'échec des négociations de Camp David en 2000, croyaient que la paix était possible.
En réalité, les deux parties n'avaient rien en commun. Après cet échec, les Israéliens ont perdu leurs illusions, même si l'Occident s'y accrochait encore et produisait des feuilles de route. Maintenant que Yasser Arafat n'est plus dans le décor, tout le monde veut que les Américains se mêlent de nouveau au processus de paix. Mais ce serait peine perdue tant que les mullahs des mosquées disent que les Juifs sont des porcs et des singes, et que les vidéos de musique à la télé palestinienne disent aux enfants palestiniens que mourir en martyr est une mort glorieuse.
M. Arafat a ridiculisé le président Jimmy Carter qui l'avait pourtant en grande estime. Il a dupé le président Bill Clinton qui le prenait pour un homme de raison. Il a détruit les carrières d'une succession de Premiers ministres israéliens. Mais, ce qui est le plus impressionnant, il a réussi à élever les Palestiniens sur le piédestal des plus grandes victimes du monde.
Pour l'élite intellectuelle de gauche en Europe, au Canada et aux États-Unis, les Palestiniens ont remplacé les Sud-africains noirs dans le narratif moderne de l'oppression coloniale. Dans ce narratif, Israël remplace l'Amérique et opprime brutalement une population sans défense qui ne rêve que de respirer librement. Les Palestiniens ont même emprunté le vocabulaire de l'apartheid pour décrire leur lutte. Les étudiants occidentaux à la mode ont alors commencé à porter le keffieh en signe de solidarité et ont transformé M. Arafat en nouveau Ché. Un site Internet anti-Israël décrit bien ce phénomène : « Arafat a défini pour l'Occident le chic terroriste ».
Arafat n'a jamais cessé de dire ce qu'il pensait vraiment. Mais il le disait en arabe. Son ami Jacques Chirac était tendre avec lui jusqu'à la fin. Il l'a décrit comme « un homme de convictions et de courage » à qui il « rendait hommage ». Le Vatican a même été plus loin en le qualifiant de « décédé illustre » et en demandant à Dieu d'accorder le repos éternel à son âme. Pas un mot n'a été mentionné au sujet du terrorisme.
La population de Cisjordanie et de Gaza est en deuil, mais elle devrait plutôt danser dans les rues. Yasser Arafat était le pire ennemi que les Palestiniens aient jamais eu. Et presque tout l'Occident lui a facilité la tâche.
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Le 1er octobre 2004Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/
Les fruits amers de l'intifada
Évelyne Guzy et Danielle Wajs[*]
Le Soir (Bruxelles)La deuxième intifada palestinienne fête son 4ème anniversaire sur fond d'attentats-suicides. Qu'en est-il des perspectives de paix ?
La première intifada ou « guerre des pierres » a rendu la cause palestinienne populaire dans le monde entier. Des adolescents, armés de projectiles, ont affronté les chars israéliens alors qu'une résistance civile s'organisait. Le processus d'Oslo entamé ensuite a fait naître l'espoir dans les deux camps. Mais ses lenteurs - voire son impasse - ont poussé une majorité de Palestiniens à considérer l'affrontement direct comme plus productif que la négociation.
Deuxième intifada. Ce ne sont plus des cailloux que lancent des jeunes contre des objectifs militaires. Ils transforment leur corps en bombe pour le faire exploser parmi des foules d'innocents. Selon les organisations humanitaires telles Amnesty International, Human Rights Watch et Médecins de Monde, ces attentats-suicides sont autant de « crimes contre l'humanité ». Ils marquent le franchissement d'une limite éthique. En effet, aucune cause ne peut justifier l'emploi du meurtre indifférencié de populations civiles. Deux questions se posent cependant : les Palestiniens avaient-ils le choix ? Le recours au terrorisme a-t-il été efficace ?
Les dirigeants palestiniens disposaient de moyens pacifiques puissants pour faire face à Israël. Forts du soutien de l'opinion publique internationale, ils auraient pu poursuivre les pourparlers et augmenter la pression politique. Dans le contexte du conflit, l'usage de la force représentait également une option. Mais dans le respect du droit de la guerre et sans viser volontairement des populations civiles. Des extrémistes islamistes et, ensuite, certains membres du Fatah d'Arafat regroupés au sein des Brigades des Martyrs d'Al Aksa, ont néanmoins opté pour une violence ciblée sur des innocents, avec les attentats-suicides comme arme stratégique.
Face à des actes mettant en danger chacun de ses citoyens, l'État hébreu a réagi. Les mesures israéliennes ont durement touché les populations palestiniennes : bouclage des territoires, incursions de l'armée, couvre-feu, démantèlement de l'infrastructure palestinienne. D'autres opérations, plus ciblées, ont été menées, comme la destruction des maisons d'auteurs d'attentats, l'assassinat de dirigeants terroristes, ou les attaques de camps d'entraînement. Avec pour conséquence des morts civils. La souveraineté palestinienne, âprement négociée lors du processus de paix, a ainsi diminué.
Fin septembre, c'est une femme qui a actionné sa charge à un arrêt de bus. Quelques jours plus tard, un adolescent de 15 ans a été arrêté avant de commettre l'irréparable. Face à cette gradation de l'horreur et à l'embrigadement progressif de tous les membres de la société civile, des intellectuels palestiniens élèvent la voix. Une Palestine démocratique - dont nous soutenons l'avènement - ne peut, rappellent-ils, se fonder sur le culte de la mort. Des pères, des mères dénoncent aussi, courageusement, ceux qui mènent leurs enfants au trépas.
L'accumulation des massacres par suicide a provoqué un effet sidérant sur les populations israéliennes. La vision des corps déchiquetés - des morts, mais aussi des survivants, blessés sur les lieux des attentats - a profondément marqué les consciences. Les bombes utilisées par les kamikazes contiennent des vis, des clous, des boulons, des billes de métal ajoutés à une quantité importante d'explosif. Ainsi, les actes de terreur sont programmés pour infliger une souffrance absolue. En réaction, le pays se transforme en forteresse retranchée, entourée d'un mur le protégeant des attaques suicides. En Israël, monter dans le bus, c'est prendre tous les risques. Et tout le monde ne peut s'offrir une voiture. Les plus pauvres, mais aussi les enfants se rendant à l'école, sont les premiers visés. À chaque entrée dans un centre commercial, à chaque sortie dans un restaurant, des fouilles sont prévues. Les répercussions psychologiques atteignent l'ensemble de la population. Lorsque la perspective de la mort semble possible à chaque coin de rue, l'homme vit dans l'angoisse et le repli. S'il réagit, c'est en pensant à sa propre survie. Finalement, la terreur a eu pour effet, en Israël, d'isoler les partisans de la paix et de la négociation.
La seconde intifada a fait voler en éclats le processus de paix, réduisant à néan dix ans de laborieuses réalisations politiques, sociales et économiques. Du côté palestinien, toute une frange de la jeunesse est happée dans un processus mortifère, manipulée par des groupes totalitaires de plus en plus violents. Du côté israélien, si les actes de terreur démoralisent la population, ils renforcent l'union nationale et ne font pas fléchir la politique gouvernementale. Voilà pourquoi les attentats-suicides ne peuvent se justifier. Ni moralement, ni stratégiquement.
[*] Auteurs avec Ouzia Chait, Liliane Charenzowski, Regina Cykiert, Eliane Feld, Pascale Gruber, Joëlle Melviez, Danielle Perez, Alain Reisenfeld, Dominique Salomon de « Attentats-suicides », sous la direction d'Evelyne Guzy, préface de Pierre Mertens (Ed. Luc Pire).