Le 15 novembre 2004

Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
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Prisons et mutilations : le régime implacable des islamistes à Falloujah

Falloujah (AFP). Prisons et chambres de tortures construites dans des maisons, recelant des corps brûlés, mutilés et décomposés, montrent l'image effrayante d'un régime implacable imposé durant huit mois par les islamistes à Falloujah.

Jusqu'à présent, peu filtrait sur la manière dont les rebelles irakiens et étrangers avaient imposé leur loi à la ville après avoir résisté à une première offensive des Marines en avril.

Mais les corps mutilés découverts et les récits d'habitants rencontrés après l'assaut lancé il y a une semaine par l'armée américaine permettent de décrire l'univers clos dans lequel vivait ce bastion sunnite à 50 km à l'ouest de Bagdad.

Le Conseil des Moujahidine, qui regroupait les religieux et les combattants radicaux, dirigé par cheikh Abdallah Janabi, promulguait des décrets religieux et les faisait appliquer par des hommes armés.

Selon les habitants, il était interdit de vendre de la musique, des cassettes vidéo et bien sûr de l'alcool. Les contrevenants étaient flagellés, alors que les personnes soupçonnées de collaboration avec les Américains étaient liquidées.

Des affiches sont encore visibles sur les devantures de magasins, dans la rue principale en ruines. Une d'entre elles, frappée de l'insigne du Conseil des Moujahidine, deux kalachnikovs dans un triangle, et datée du 1er novembre, ordonne, sous peine de mort, l'évacuation dans les trois jours de neuf étals installés devant la bibliothèque de la ville pour permettre à l'édifice de devenir le quartier général du Conseil.

Une autre affiche placardée dans le marché ordonne aux femmes d'être voilées de la tête aux pieds sous peine d'exécution. Les corps mutilés de femmes retrouvés dimanche par les Marines, semblent montrer qu'il ne s'agissait pas de menaces en l'air.

Tout en exprimant leur colère face aux destructions causées par les Américains, des habitants ont dit leur satisfaction de voir mis à bas le régime des Moujahidine.

Tremblant de peur, à moitié nu, son caleçon plein de sang, un homme âgé d'une soixantaine d'années blessé par un éclat d'obus américain dans le centre de Falloujah, maudissait samedi soir les Moujahidine.

«Ces crétins. J'aurais voulu que les Américains n'attendent pas huit mois pour reprendre la ville», disait-il à la porte d'une mosquée où les combattants islamistes avaient stocké des armes.

Un autre sexagénaire, qui ne veut pas être identifié par peur de représailles, dit avoir été enlevé par les combattants le 9 novembre et détenu durant quatre jours.

«C'était horrible. Des gens innocents ont été tués et blessés durant les bombardements», dit-il, tout en se disant satisfait d'être débarrassé des Moujahidine «car la ville suffoquait sous leur joug», avant de les accuser de meurtres.

«Tout suspect était égorgé. Chaque jour, vous pouviez voir des corps d'inconnus gisant dans les rues de la ville», se souvient-il.

Iyad Assam, 24 ans, trouvé par les forces américaines dans le centre avec son frère, sa belle-soeur, sa nièce et son neveu, décrit les lois draconiennes des anciens maîtres de la ville.

«Nous avions peur. Nous étions terrorisés par eux. Ils portaient des masques noirs, se promenaient avec des kalachnikovs et des roquettes antichars. J'ai entendu l'histoire de l'exécution de cinq hommes en une journée et de sept autres le lendemain car ils étaient soupçonnés de collaborer» avec les Américains, dit-il.

Il espère que la ville retrouvera sa tranquillité. «Je suis heureux, car il n'y aura plus ni bombes, ni combats».

Un autre résident, adepte du soufisme, une doctrine mystique de l'islam, exécrée par les Moujahidine qui la considéraient comme hérétique, se dit lui aussi soulagé «C'était très difficile. Nous ne pouvions ni bouger, ni travailler. Quand ils avaient un problème avec quelqu'un, ils le tuaient ou l'emprisonnaient», affirme cet homme qui lui aussi refuse d'être identifié.

© 2004 AFP.

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