Le 28 avril 2004Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/Dossier - La scène irakienne, les chiites
et la difficile recomposition du Moyen-Orient
1. La colère commence à monter contre Moqtada Sadr à Najaf
2. Moyen-Orient : Le «new deal» des alliances
3. Le rôle de l'Iran dans le récent soulèvement en Irak : L'Iran mènent une campagne contre des oulémas chiites importants, comme le grand ayatollah Ali Al-Sistani, Hussein Al-Sadr (oncle de Moqtada), Ishaq Al-Fayadh et d'autres encore, en raison de leur opposition au concept de 'Wilayat Al-Faqih' (règne du juriste de la sharia), qui correspond au style de gouvernement de l'ayatollah Ruhollah Khomeyni.
*********************** La colère commence à monter contre Moqtada Sadr à Najaf
Le 22 avril 2004
NAJAF (Irak), (AFP) - La colère commence à monter à Najaf contre le chef radical chiite Moqtada Sadr, dont la présence dans la ville sainte avec ses miliciens armés risque de provoquer un bain de sang.
Les chefs de tribus de la ville, haut lieu de pèlerinage des chiites du monde entier, ont affiché publiquement mercredi leur irritation devant cette présence, alors que la crise entre les miliciens radicaux de Sadr et la coalition est entrée dans sa troisième semaine sans solution à l'horizon.
L'appel des chefs de tribus intervient après une rencontre avec le grand ayatollah Ali Sistani, figure emblématique chiite, qui avait appelé en vain les forces politiques de la ville à oeuvrer en vue d'éviter un bain de sang.
De multiples tentatives de médiations pour trouver une issue politique à ce face-à-face entre l'Armée du Mehdi, milice de Sadr, et des troupes américaines massées près de la ville, ont échoué.
En dépit de l'impasse, un haut responsable militaire de la coalition a indiqué jeudi que les forces américaines n'avaient pas l'intention de «lancer des opérations offensives (à Najaf) prochainement».
Toutefois, les chefs tribaux ont estimé que «les efforts politiques ont échoué et que la crise est à son paroxysme», soulignant que Najaf est devenue une ville morte, «l'activité commerciale, sociale et scolaire» étant paralysée alors que les miliciens font la loi.
Les pèlerins, notamment iraniens, ont déserté la ville, pénalisant des commerçants et le bazar vit au ralenti. Quelques échoppes ouvertes offrent peu de choix, les commerçants ayant retiré leur marchandise de peur des pillages.
La ville sainte, qui abrite des écoles théologiques prestigieuses et la Marjaiya (plus haute autorité religieuse), n'est pas acquise à Moqtada Sadr, dont la popularité provient de franges de la jeunesse déshéritée habitant les faubourgs populaires de Bagdad, notamment Sadr City.
Jouant tantôt sur la fibre religieuse, tantôt sur le souci de protéger la population, les cheikhs ont appelé les miliciens à baisser les armes.
«Nous demandons à tous les hommes armés à Najaf de préserver la sainteté de la ville, au nom de l'islam, et nous les prions de laisser les responsables irakiens et les hommes de loi prendre en mains les affaires de la ville pour éviter un bain de sang», affirment ces dignitaires.
La Marjaiya est, elle aussi, opposée à ce que les milices fassent la loi dans la ville sainte, selon une source proche de l'ayatollah Sistani.
«Avant de lancer une résistance (armée) contre l'occupant, nous avons besoin de consolider notre foi», a affirmé une source proche de la hiérarchie chiite.
Rejetant la responsabilité de la crise sur Moqtada Sadr, qui a lancé une rébellion contre les institutions de l'Etat dans des villes chiites du sud, cette source a affirmé que la Marjaiya «n'a pas besoin de la protection» de la milice du jeune chef radical.
«Nous ne nous sentons pas en danger», a-t-elle souligné alors que le chef rebelle répète régulièrement que sa milice a été créée pour protéger la Marjaiya et les lieux saints contre les forces occupantes.
Dans le même temps, les chefs de tribus pressent l'Etat d'imposer son contrôle sur Najaf. Dans un appel au Conseil du gouvernement transitoire installé par la coalition, ils lui demandent d'«oeuvrer sérieusement auprès des différents ministères, par la pression si nécessaire, pour assurer l'ordre, le respect de la loi et la protection des lieux saints» de Najaf.
Ces dignitaires se déclarent en outre «disposés à coopérer pleinement avec les différents ministères pour ramener la stabilité et la sécurité».
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La difficile recomposition du Moyen-Orient ; Le «new deal» des alliances
Alexandre Adler
Le Figaro28 avril 2004
Pour comprendre à quel degré d'explosion révolutionnaire nous sommes parvenus au Moyen-Orient, il est tout d'abord plus facile de se reporter à la situation de départ, à la veille de l'invasion du Koweït par Saddam Hussein, au lendemain de la chute du mur de Berlin, pendant l'été euphorique de 1990. À ce moment-là en effet, la région se répartissait en trois systèmes d'alliances, tous un peu aléatoires mais tous solidifiés par de puissantes forces externes qui les faisaient tenir ensemble.
Un premier système s'était constitué autour de l'alliance stratégique d'Israël et de la Turquie avec les États arabes les plus pro-Occidentaux, lesquels avaient reconnu Israël dans l'espoir d'y favoriser une solution pacifique au problème palestinien. On y trouvait donc en première ligne l'Égypte et la Jordanie, soutenues par une minorité pragmatique de l'OLP qui commençait tout juste à faire entendre sa voix spécifique avec Abu Mazen et Fayçal Husseini. Le deuxième système était évidemment le contrepoids du précédent: il prenait appui sur l'Iran encore aux deux tiers révolutionnaire, lequel se subordonnait des communautés chiites armées et disciplinées par ses soins au Liban (le Hezbollah) et en Afghanistan (le Wahdat).
Le bloc iranien trouvait aussi des alliés dans deux États semi-laïques, le Yémen et surtout la Syrie, en raison des sympathies que son chiisme et son anti-impérialisme y recueillaient. Cet ensemble complexe, auquel se joignaient déjà des mouvements islamistes sunnites quelque peu fascinés par le radicalisme de Téhéran, bénéficiait en sous-main de l'appui de l'Union soviétique moribonde très exactement comme le bloc israélo-turco-égyptien incarnait la stratégie à long terme des États-Unis.
Il y avait pourtant un troisième groupe qui semblait incarner une troisième voie alliée pour l'instant aux États-Unis, hostile pour l'instant à l'Union soviétique dont elle complotait avec la CIA la décomposition finale, notamment en Asie centrale, et pourtant de moins en moins proche des États-Unis, alors même que services secrets américains et intérêts pétroliers d'outre-Atlantique souhaitaient ardemment l'aider à progresser. Ce bloc, centré sur l'alliance des deux grandes puissances sunnites qu'étaient l'Arabie saoudite intégriste et l'Irak baasiste, comprenait aussi tacitement le Pakistan militariste et de plus en plus anti-iranien ainsi que le pauvre Liban chrétien-sunnite, que le brave général Aoun brandissait encore désespérément à la face de Damas. Il s'y rattachait évidemment l'aile majoritaire de l'OLP incarnée par un Yasser Arafat de plus en plus dépendant du soutien irakien, de plus en plus l'obligé financier de l'Arabie saoudite, mais toujours désireux de poursuivre la confrontation avec Israël tout en endiguant les influences combinées de la Syrie et de l'Iran
À quinze ans de cette organisation dangereuse mais apparemment stable, nous ne retrouvons plus un seul des points de repères précédents, même si l'organisation actuelle de la région nous semble particulièrement instable bien que peut-être, à moyen terme, moins dangereuse. Dès 1991 en effet, l'invasion du Koweït faisait voler en éclats le troisième bloc: désormais Saoudiens et baasistes irakiens allaient devenir de mortels ennemis. Les efforts de la diplomatie française pour modérer Saddam et lui faire réintégrer la famille arabe, d'abord, la communauté internationale, ensuite, grâce à l'acceptation d'inspections de l'ONU, allaient s'avérer stériles.
Trop inquiet de son sort, Saddam allait prolonger au-delà de toute raison sa situation d'isolement belliqueux. Les efforts parallèles - mais à terme contradictoires - de la diplomatie russe de Primakov pour réconcilier en profondeur le régime de Bagdad avec son frère ennemi de Damas, ainsi qu'avec l'Iran de plus en plus proche de Moscou sous Rafsandjani - allaient donner dans un premier temps quelques résultats mais trouver eux aussi leur limite dans l'affaiblissement stratégique de la Syrie et dans la montée en puissance en Iran d'un courant plus libéral. Néanmoins, il reste à ce jour une butte témoin de cette époque de rapprochement Bagdad-Téhéran, c'est la famille Sadr, d'abord complice puis martyre de Saddam, dont le rejeton Moqtada incarne aujourd'hui la même orientation antiaméricaine, prosyrienne et implicitement anti-iranienne.
L'Irak ne fut pas la seule perte stratégique pour l'Arabie saoudite. Le royaume wahhabite perdait également la confiance de ces réseaux islamistes qui, jusqu'alors, avaient recherché son appui et pratiqué une ligne de ménagement avec les États-Unis. Dès l'invasion du Koweït, et devant la menace irakienne, l'Arabie saoudite avait dû rechercher une protection américaine explicite qu'elle redoutait. Au même moment,l'armée pakistanaise constatait avec amertume que la défaite soviétique en Afghanistan conduisait immédiatement l'Amérique à augmenter sa pression sur son programme nucléaire alors secret, tout en entreprenant immédiatement aussi un rapprochement spectaculaire avec une Inde orpheline de son partenariat avec Moscou.
Dès lors, Oussama Ben Laden allait pouvoir s'autonomiser complètement (dès 1993) de l'appui de l'État saoudien en combinant financements à peine secrets de la société civile saoudienne, appuis à peine masqués des oulémas saoudiens et là, de manière plus discrète, aides logistiques des puissants services secrets pakistanais; deux États marginaux de la région, le Soudan et le Yémen, allaient lui fournir des bases logistiques nécessaires.
Quant à l'Amérique, elle subissait tout de suite une première attaque directe contre les Twin Towers, mais celle-là mal conçue sur le plan technique. Même si des rattachements en pointillé existaient encore avec certains éléments du pouvoir saoudien, al-Qaida, d'abord basée à Khartoum puis installée en majesté à Kaboul par ses amis pakistanais, représentait potentiellement une nouvelle entité postétatique.
La répercussion de cette scission à l'échelle de tout le monde musulman allait se traduire dans beaucoup d'endroits par une rupture entre islamistes demeurés fidèles à la cour saoudienne (en Algérie, la direction du FIS avec Abassi Madani,en Indonésie,l'Association des intellectuels musulmans -ICMI- toujours proche de Suharto, en Egypte, la majorité des Frères musulmans engagés dans un dialogue de plus en plus serré avec le pouvoir) et, de l'autre côté,des groupes désormais apparemment indépendants de tout conditionnement étatique et de plus en plus radicaux (en Algérie les GIA, en Indonésie le mouvement d'Abubakar Ba'asyir, en Égypte, enfin, la Gamaa Islamiya de Zawahiri). Que se passait-il ailleurs? Les deux autres blocs s'étaient également transformés considérablement.
L'Égypte, de plus en plus proche de l'Arabie saoudite et de plus en plus islamisée, s'était éloignée clairement de l'ensemble israélo-turc allant même jusqu'à déclencher, à l'apogée du processus de paix israélo-palestinien, des campagnes de presse antisémites virulentes qui n'avaient à l'époque aucun rapport avec une détérioration quelconque de la situation sur le terrain à Jérusalem.
En Turquie, là aussi la montée simultanée d'une société civile avide de démocratisation et de forces nouvelles plus radicales, et à l'époque toutes liées avec le Moyen-Orient arabe, allaient affaiblir l'alliance d'Ankara et de Jérusalem qui ne tenaient plus désormais aux rapports directs des deux états-majors. Quant au bloc syro-iranien, il se maintenait lui aussi au niveau des états-majors alors que l'évolution politique entre Damas et Téhéran prenait un cours rigoureusement opposé: démocratisation et libéralisation croissantes en Iran après la victoire à l'arraché de Khatami en 1997, tour de vis sur tour de vis en Syrie effectués non sans habileté, mais avec une inquiétude croissante, par un Hafez Assad (*) malade, déçu du monde, de plus en plus proche d'un islam sunnite assez intégriste mais surtout désireux de conserver à tout prix le Liban et de ne pas se réconcilier à l'égyptienne avec Israël. On peut donc dire qu'avant le 11 septembre 2001 la «déliaison» des différents États de la région était devenue maximale.
À présent, des éléments de reconstruction apparaissent de plus en plus clairement. Le plus évident et le plus porteur d'espoir, c'est l'émergence d'un nouvel Iran pragmatique entretenant de bonnes relations tant avec les États-Unis qu'avec la Russie et l'Inde et parrainant de facto la convalescence d'un Irak semi-démocratique, comme d'un Afghanistan semi-persan.
Cette perspective ouverte par Téhéran, et qui vient de lui coûter la vie de l'un de ses diplomates les plus importants en Irak, assassiné par Sadr lui-même, intéresse au plus haut point tous les Arabes modérés qui savent qu'il n'y aura pas à proprement parler de processus de paix israélo-palestinien mais qui ne veulent à aucun prix retomber sous la coupe d'une Arabie saoudite jugée peu fiable et trop ouverte aux influences combinées d'al-Qaida et des militaires les plus durs du Pakistan.
Telle est déjà la démarche du roi Abdallah II de Jordanie qui a été reçu avec tous les honneurs à Téhéran, de l'État yéménite qui combat activement maintenant les islamistes sunnites, des bourgeoisies marchandes souvent chiites mais pas uniquement, des micro-États du golfe Persique depuis Bahreïn jusqu'à Oman, et sans doute aussi s'il parvient à passer cette période difficile de lÉEtat égyptien lui-même qui vient également de renouer avec Téhéran.
En Syrie, il existe un parti de la paix qui s'efforce de convaincre le jeune président Bachar Assad de la nécessité de ce tournant, mais il demeure pour l'instant minoritaire face à la coagulation des intérêts des militaires qui ne veulent pas lâcher le Liban, source principale de leurs profits, des chefs principaux des services secrets et du petit noyau de collaborateurs sunnites de Hafez.
Quant à Israël, il est en train de choisir une sorte de grand large, où son retrait unilatéral non négocié des territoires palestiniens, s'il se poursuit jusqu'au bout, laissera une OLP pantelante mais divisée entre des modérés de plus en plus proches de l'État jordanien et des radicaux qui attendront avec impatience la cristallisation d'un bloc sunnite moins aventurier qu'al-Qaida mais fondamentalement hostile au rapprochement inexorable des États-Unis et de l'Iran.
La bataille en cours à Nadjaf a pour but de libérer l'ayatollah Sistani du conditionnement des extrémistes: elle unit de plus en plus fort Américains et Iraniens. Mais son issue ne concerne pas seulement l'Irak mais la région tout entière, car la défaite de Moqtada Sadr signifierait aussi l'échec des partisans de la dictature en Syrie et celui de leurs alliés les plus directs, le Hezbollah libanais. Parvenu à une telle redistribution des cartes, il ne resterait plus alors à l'alliance des chrétiens et des Druzes du Liban, reconstitué miraculeusement après cent ans d'opposition réciproque, que de relever la tête pour exiger de Damas le retour à l'indépendance.
Nous sommes donc encore loin de l'issue de cette vaste recomposition régionale. Disons au moins, à l'instar de Churchill après el-Alamein, qu'une non-défaite américaine dans les deux mois qui nous séparent de la constitution d'un gouvernement provisoire irakien serait à tout le moins «la fin du commencement, sinon le commencement de la fin».
(*)Le «l» arabe est dans 90 % des cas explétif. Il s'agit d'une formule de politesse dont on peut se passer par souci de simplification, sauf pour des raisons d'euphonie lorsqu'une consonne dure est suivie par une voyelle comme dans Baqr al-Hakim. Ailleurs, je m'en dispense.
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14 Avril 2004
Le rôle de l'Iran dans le récent soulèvement en Irak
MEMRI
Dépêches spéciales - No. 692Des rapports de médias arabes révèlent le rôle de l'Iran dans les perturbations actuelles en Irak, initiées par Moqtada Al-Sadr et ses partisans. Voici quelques extraits d'articles parus la semaine dernière dans la presse arabe: La présence croissante de l'Iran dans les sphères politique, sécuritaire, économique et religieuse
Le 6 avril 2004, le quotidien Al-Hayat, édité en arabe à Londres, [1] évoque les récentes activités iraniennes en Irak: «Ces deux derniers jours, la question du rôle essentiel de l'Iran dans les événements intervenus dans les villes chiites irakiennes a été soulevée à plusieurs reprises au sein du Conseil gouvernemental.
La présence iranienne directe dans les affaires politiques, économiques et sécuritaires des régions chiites d'Irak ne peut être ignorée plus longtemps. Cette présence s'accompagne d'un gros effort iranien pour créer un pont entre les différentes forces en Irak, d'abord par une aide matérielle et logistique ne s'adressant pas exclusivement aux chiites, et ensuite par l'exercice classique de l'influence iranienne dans les séminaires religieux [hawza] et les institutions de la Marjaiya [autorités religieuses chiites].
Un membre du Conseil gouvernemental a déclaré à Al-Hayat que les Iraniens avaient dernièrement réussi à embrigader un célèbre Marja [ouléma chiite et autorité religieuse], Kazem Al-Hairi, résidant de la ville de Qom connu pour être proche du mouvement d'Al-Sadr, et considéré comme l'héritier de l'ayatollah Mohammed Sadeq Al-Sadr. [2]
Des sources sécuritaires irakiennes affirment que l'escalade de la violence est née de la décision américaine d'évincer Hassan Kazemi Qumi, depuis peu agent iranien en chef en Irak, également officier des Gardiens de la Révolution en Iran (...) Les sources ont lié l'expulsion de Qumi aux déclarations de Moqtada Al-Sadr selon lesquelles son mouvement serait une annexe du Hezbollah libanais et du Hamas (...) Ces sources ont confié que la visite d'un assistant de Moqtada Al-Sadr à Fallujah avant le dernier soulèvement en date et cette déclaration d'Al-Sadr représentaient deux messages adressés à ses nouveaux alliés parmi les sunnites irakiens.
Il est fort probable que l'Iran, dont l'influence s'exerce apparemment à plus d'un niveau en Irak, ait joué un rôle: les Iraniens sont intervenus alors que Moqtada Al-Sadr s'efforçait de saisir le contrôle du cercle Husseini à Karbala, tentative à laquelle les partisans de l'ayatollah Al-Sistani se sont opposés. Les Iraniens ont conclu un arrangement en vertu duquel d'importantes sommes d'argent ont été envoyées à des institutions appartenant à la famille Al-Sadr, et ont accordé à ce dernier le contrôle de la mosquée Al-Kufa, ce qui a apaisé Al-Sadr.»
Un transfuge iranien affirme que l'Iran dépense 70 millions de dollars par mois en Irak
Le quotidien Al-Sharq Al-Awsat, publié en arabe à Londres [3] , a longuement cité l'ancien officier iranien des Renseignements chargé des activités en Irak, identifié sous le nom de Haj Saidi, lequel a récemment déserté l'Iran: «Haj Saidi a confié à Al-Sharq Al-Awsat que la présence iranienne ne se limite pas aux villes chiites. Elle s'étend à l'ensemble du pays, de Zakho, au Nord, à Umm Al-Qasr, au Sud. L'infiltration des Gardiens de la révolution iranienne et de l'armée d'Al-Qods en Irak a commencé bien avant la guerre, par le biais de centaines d'agents des renseignements iraniens; parmi eux se trouvaient des réfugiés irakiens qui avaient été expulsés par Saddam Hussein dans les années 1970 et 1980 vers l'Iran, prétendument à cause de leurs origines iraniennes, et qui sont retournés clandestinement en Irak en passant par les régions kurdes non contrôlées par le gouvernement Baath.
Après la guerre, les Renseignements iraniens ont fait passer à leurs agents la frontière Iran-Irak non contrôlée. Certains de ces agents sont des étudiants ou des oulémas, tandis que d'autres appartiennent aux milices chiites.
Haj Said a précisé que l'assassinat, l'été dernier, de l'ayatollah Mohammed Baqir Al-Hakim, qui se trouvait à la tête du Conseil suprême de la Révolution islamique en Irak (CSRII), fut une opération réussie de l'unité des Rensei-gnements de l'armée iranienne d'Al-Qods. Il a en outre révélé une tentative d'attenter à la vie du plus grand Marja chiite, l'ayatollah Al-Sistani, lors de la festivité de l'Aïd Al-Adha l'an passé, ainsi que l'existence d'un projet de meurtre de l'ayatollah Ishaq Al-Fayadh.
Haj Saidi affirme que certains officiers des Renseignements iraniens sont connus de tous, comme par exemple à Al-Suleimaniya et Derebendikhan, au Nord. Toutefois, a-t-il précisé, la véritable menace ne provient pas des officiers connus, mais des inconnus. Parmi ces derniers, on peut inclure 18 organisations de bienfaisance chiites à Kazimiya, Al-Sadr City à Bagdad, Karbala, Nadjaf, Nassiriyah,Basra et d'autres villes à forte majorité chiite. Dans ces bureaux, de nouveaux agents sont recrutés chaque jour, prétendument au nom de l'aide financière, médicale, alimentaire ou vestimentaire accordée aux pauvres.
Haj Saidi a souligné que le plan iranien visant à transformer l'Irak en nouvel Iran est un plan à grande échelle, qui implique le recrutement de milliers de jeunes chiites lors d'une prochaine étape devant intervenir lors des élections parlementaires en Irak. Les nouvelles recrues devront inciter leurs proches à voter pour des candidats qui seront adoptés par les services de renseignements iraniens.
Haj Saidi a aussi mentionné que plus de 300 reporters et techniciens travaillant actuellement en Irak pour la radio, la télévision, la presse et d'autres agences de médias sont en fait membres de l'armée d'Al-Qods et des unités des renseignements des Gardiens de la Révolution.
Haj Saidi a en outre confié que les sommes allouées (ouvertement ou secrètement) par l'Iran dans le but de favoriser l'activité en Irak atteindraient en tout 70 millions de dollars par mois. Il affirme que 2 700 appartements et chambres ont été loués à Karbala et à Nadjaf, afin d'aider les agents de l'Armée d'Al-Qods et les Gardiens de la Révolution.
Haj Saidi a ajouté que les efforts déployés par les autorités kurdes au Nord de l'Irak pour enrayer les activités iraniennes sur place ont provoqué une réaction des Gardiens de la Révolution iraniens consistant à monter les Turkmènes chiites contre les Kurdes. Il a en outre assuré que plusieurs commandants turkmènes chiites s'étaient rendus en Iran où ils avaient trouvé un important soutien financier, et avaient reçu la garantie que l'Iran se tiendrait de leur côté en cas d'affrontements avec les Kurdes.»
L'Iran met sur pied trois centres d'entraînement pour l'Armée de Mehdi
Une source de l'Armée d'Al-Qods de la Garde révolutionnaire en Iran a révélé à Al-Sharq Al-Awsat [4] des données concernant la construction de trois camps et centres d'entraînement sur la frontière Iran-Irak, destinés à l'entraînement de l'Armée de Mehdi, fondée par Moqtada Al-Sadr. La source estime qu'entre 800 et 1 200 jeunes partisans d'Al-Sadr ont reçu un entraînement militaire incluant [l'apprentissage de] la guérilla, la production de bombes et d'explosifs, l'utilisation d'armes de petite taille, la reconnaissance et l'espionnage. Ces trois camps se trouvaient à Qasr Chirine, Ilam et Hamid, en bordure du Sud de l'Irak, qui est essentiellement peuplé de musulmans chiites.
Le journal rapporte en outre que l'ambassade d'Iran à Bagdad a récemment distribué 400 téléphones satellite aux partisans d'Al-Sadr, aux oulémas et aux étudiants du district Athamiyya de Bagdad, d'Al-Sadr city, de la ville sainte de Nadjaf, lieux à majorité musulmane chiite.
La source iranienne, connue en Irak sous le nom d'Abou Hayder, a confirmé que les services de renseignements de la Garde révolutionnaire avaient introduit dans les villes chiites l'équipement nécessaire à l'enregistrement radio et télévisé, utilisé par Al-Sadr et ses partisans.
Au cours de sa dernière visite en Iran, Al-Sadr a rencontré Hachemi Rafsandjani président du Conseil pour les intérêts supérieurs de l'État, Murtadha Radhai, chef des services de renseignements de la Garde révolutionnaire, le général de brigade Qassim Suleimani, commandant de l'Armée d'Al-Qods responsable des affaires irakiennes, ainsi que d'autres responsables gouvernementaux et religieux.
Cette source a estimé que l'aide financière accordée à Al-Sadr ces derniers mois dépassait les 80 millions de dollars, sans compter le coût de l'entraînement, l'équipement et l'habillement de ses partisans.
La source a indiqué que des éléments de l'Armée d'Al-Qods et des renseigneents de la Garde révolutionnaire étaient responsables d'un grand nombre des opérations dirigées contre les forces de la coalition. Ces éléments mènent en outre une campagne contre des oulémas chiites importants, comme le grand ayatollah Ali Al-Sistani, Hussein Al-Sadr (oncle de Moqtada), Ishaq Al-Fayadh et d'autres encore, en raison de leur opposition au concept de 'Wilayat Al-Faqih' (règne du juriste de la sharia), qui correspond au style de gouvernement de l'ayatollah Ruhollah Khomeyni."
NOTES
[1] Al-Hayat (Londres), le 6 avril 2004.
[2] Il a été assassiné par le régime Baath en Irak, et selon les sources, exécuté par Saddam Hussein lui-même en 1980.
[3] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 3 avril 2004.
[4] Al-Sharq Al-Aswat (Londres), le 9 avril 2004.
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