Le festival Juste pour rire de Montréal (2004) invite un « grand humatiste »
Pour en savoir plus sur Dieudonné et la traite des Noirs, cliquez ici
En juillet 2004, le festival international Juste pour rire a jugé bon d'inviter Dieudonné, un « comédien » français très controversé.
Pourtant, Dieudonné M'bala a été accusé et jugé par un tribunal français et condamné à une forte amande pour ses propos racistes et antisémites ! Les Français ne veulent plus de lui et ses spectacles sont censurés. (http://www.fil-info-france.com/actualites-monde/dieudonne.htm)
Jugez vous mêmes... Voici des propos du « grand humaniste » :
- Entretien avec le journal L'écho des savanes en janvier 2002 :
« Ben Laden est le personnage le plus important de l'histoire contemporaine... Il est seul contre la plus grande puissance du monde. Donc, forcément, cela inspire le respect. Je comprends sa révolution. »
- Entretien avec le journal Lyon Capitale, le 23 janvier 2002 :
« Quand vous allez chercher un boulot ou un logement, la discrimination n'est écrite nulle part. Elle se vit au quotidien. C'est la vérité tout comme l'apartheid en Israël. »
« Le racisme a été inventé par Abraham. 'Le peuple élu', c'est le début du racisme. [..] Pour moi, les juifs, c'est une secte, une escroquerie. C'est une des plus graves parce que c'est la première. » (http://www.sos-occident.org/html/r01/r01_t28.html)
Il faut ajouter à ces propos son sketch antisémite cinglant intitulé « Rabbi-Nazi » et le salut nazi qu'il fait en criant « Isra-Heil ! ».
Inviter cet individu au festival est un manque de respect non seulement pour la communauté juive de Montréal, mais pour tout le peuple québécois.
Le festival est financé par les entreprises Bell Canada (bellfund@ipf.ca) et Loto Québec (service_clientele@loto-quebec.com), ainsi que par les gouvermements du Québec et du Canada. Ce dernier a pour mandat de respecter toutes les communautés culturelles. Il possède aussi des lois contre les gens qui tiennent des propos haineux. Le gouvernement du Québec a des lois contre le racisme. Écrivez pour vous plaindre.
Protestez aussi auprès du festival : llee@hahaha.com
********************************************* Le 22 juillet 2004
Lettre envoyée aux médias du QuébecDieudonné M'Bala M'Bala reproche aux Juifs d'être juifs; c'est ce qui fait de lui un antisémite.
Sa prestation au Festival Juste Pour Rire est honteuse parce qu'elle ne vise qu'à salir l'image des Juifs, sans égard aux convictions politiques, religieuses ou sociales qu'ils puissent arborer.
Il s'acharne sur les Juifs avec vengeance, sans raison justifiable.
Il se cache par la suite derrière sa pseudo philosophie 'humaniste universaliste', sans pour autant viser quiconque avec la même virulence.
Pourquoi donc prendre les Juifs en exemple pour véhiculer sa haine du communautarisme? Et à Montréal en plus!
Tout récemment, lorsque la marionnette 'Triumph the Comic Dog' a suscité l'indignation générale suite à ses propos vexatoires au sujet des Québécois francophones, nombreux ont été les citoyens et les organismes de défense des droits, notamment ceux de la communauté juive, à s'élever contre de tels propos et à exiger des excuses officielles.
Dieudonné a été condamné en France pour ses propos antisémites et pourtant, les organisateurs du Festival Juste Pour Rire lui ont quand même permis de se produire à six reprises. Son passage à Montréal ne semble pas susciter la moindre indignation de la part du public québécois. L'apathie qui entoure cette affaire est alarmante, compte tenu du caractère antisémite du spectacle.
On ne peut pas justifier, dans le cadre d'une société libre et démocratique, que les sensibilités de la majorité francophone soient sauvegardées tandis que celles de la communauté juive soient balayées du revers de la main.
L'équité aurait exigé que le spectacle de Dieudonné ne voit jamais le jour à Montréal. En s'attaquant aux Juifs avec autant de lâcheté et de virulence, c'est à la dignité de la société québécoise toute entière que Dieudonné s'en prend.
Marc Chétrit
Finissant de l'École du Barreau du Québec********************************************* Le 26 juillet 2004
Lettre publiée dans La Presse (Montréal)LE RACISME SOUS LE COUVERT DE L'HUMOUR N'A PAS SA PLACE AU CANADA
Quand doit-on ressentir de la honte face à un plaisir coupable? Telle était la l'embarrassante question que je me posais en quittant le récent spectacle de Dieudonné au Festival Juste Pour Rire de Montréal
Le spectacle de Dieudonné était une prestation de près de deux heures, passées à se moquer des caractéristiques et de traits particuliers de divers groupes. De toute évidence le public a adoré le spectacle, réservant à l'humoriste des applaudissements chaleureux à la fin de sa performance. Mais, à mesure que le spectacle progressait, je ne pouvais m'empêcher d'éprouver un serrement de cur à la vue d'une salle s'amusant follement au détriment des autres.
Comme on pouvait le prévoir, les sketches de Dieudonné débordaient d'images et de langage grossiers, et déversaient les pires préjugés à l'égard de certaines communautés, dont des Juifs, des Catholiques pratiquants, et des Haitiens. Sa prestation comportait à plusieurs reprises une certaine gestuelle, qui se voulait une imitation du salut nazi. Apparemment, certains pourraient caractériser son humour tout simplement d'humour de mauvais goût. J'ai retenu une image bien plus dérangeante du spectacle, qui tant par le ton, les textes et les messages véhiculés, est une prestation remplie de racisme sous-jacent. Et c'est là que se situe la différence entre l'humour de Dieudonné et certains de ses collègues comiques qui, à l'exemple de Jackie Mason, réussissent à montrer les manies de leur prochain, en évitant toutefois de les rabaisser jusqu'au mépris, qui peut engendrer le racisme.
Nous sommes tous conscients que l'humour le plus populaire est souvent ancré dans nos peurs et nos insécurités. Il serait tout à fait naïf de croire que nous sommes tous également à l'aise devant des personnes issues de diverses communautés. C'est justement ce filon-là qui a permis à des humoristes de se bâtir des carrières en se moquant de groupes culturels, religieux et ethniques «différents». Les amateurs de ce genre d'humour prétendent que c'est un instrument rassembleur qui favorise la compréhension entre les individus. Ainsi liés par les cinglantes réparties de l'artiste nous visant tous, nous devons supposément nous retrouver dans nos similitudes.
Dieudonné, l'universaliste autoproclamé, se fait l'émule d'une certaine philosophie égalitaire, dénigrant de façon également virulente de nombreux groupes, tout en restant convaincu que c'est en leur nom qu'il rend ce service public. En réalité, c'est au racisme latent que nous portons tous en nous qu'il en appelle. Si nous avons tiré la moindre leçon du long combat vers la dignité et l'égalité, c'est bien celle qui nous montre que ridiculiser les caractéristiques et les particularismes d'un groupe, ne nous rapproche pas plus les uns des autres, ni ne nous rend meilleurs. Au contraire, cela ne fait qu'accentuer les différences et nous pousse à jeter l'opprobre sur les autres.
Voilà un bien mauvais service à rendre à notre société. La nature insidieuse de cet humour permet de donner bon ton au racisme, qui devient alors beaucoup plus acceptable pour le grand public. Dans sa pire expression, l'humour ciblant les minorités peut faire appel à une mentalité de foule, avec comme conséquences néfastes, des manifestations et expressions de racisme envers le groupe visé.
Nous devons aussi nous pencher sur ce que représente le multiculturalisme racial et confessionnel canadien. Le modèle multiculturel canadien ne se réduit pas simplement à tolérer les autres, mais plutôt à comprendre et à respecter les divers composants de notre société. Pour protéger les minorités, nous devons mettre leur image en valeur, et non pas les ridiculiser. Cela est d'autant plus crucial dans le contexte actuel d'une recrudescence de délits haineux, tant au Canada qu'à l'étranger.
Il se pourrait bien que ce spectacle particulier de Dieudonné ne contrevient pas aux lois canadiennes d'incitation à la haine. Nous devons cependant continuer à faire preuve de vigilance face à cette zone grise, à la limite de la liberté d'expression et des propos incitant à la haine, une zone que Dieudonné exploite au maximum, et nous assurer de ne pas attiser les flammes de l'intolérance et de la haine. Le B'nai Brith était au courant des démêlés de Dieudonné avec la justice française. Ce qui nous a poussé à sonner l'alarme a été notre souci de voir à ce que ce type d'humour, quel que soit le groupe qu'il vise, ne puisse servir à faire reculer le seuil acceptable de ce que constitue un comportement raciste. Risible ou non, ce genre d'humour nous blesse tous.
Me Steven Slimovitch
L'auteur est conseiller juridique national de B'nai Brith Canada.Retour