Le 1er juillet 2003

Le Jérusalem Post Édition Française (http://www.fr.jpost.com)

Criminalité religieuse
par Shula Kope

Le Dr Anat Berko réussit dans son étude à modérer l'attitude morale des terroristes envers leurs victimes et pense qu'il est possible d'appliquer cette méthode sur un large éventail par le biais de ce qu'ils chérissent le plus, leur famille.

Sans critiquer les conclusions de Berko, Ygal Carmon, de l'Institut de recherche médiatique sur le Moyen-Orient (MEMRI), n'y croit pas.

« Je n'ai aucune raison de douter de ses conclusions. Mais le phénomène, dont elle a étudié les aspects psychologiques, est religieux », dit Carmon dans un entretien téléphonique.

Carmon nomme le système de valeurs des terroristes « une criminalité religieuse ». « Ils possèdent leur propre moralité », explique-t-il. Ils ont des croyances. Leur culture glorifie ces actes et les mères doivent les soutenir en dépit de leurs sentiments personnels. Il y a le cas d'une mère (d'un terroriste suicidaire) qui dit avoir montré sa joie en public mais pleurer à la maison. En général, les mères sont aussi croyantes que leurs fils. Elles savent qu'ils vont dans un monde meilleur, au paradis, et qu'ils recevront le tribut des martyrs. »

Carmon, dont l'organisation suit de très près les médias arabes, cite l'interview télévisée de la mère d'un terroriste suicidaire qui fait part de son bonheur suite à la mort de sont fils. Elle dit : « C'est parce que l'aimais que je l'ai envoyé au martyr », explique Carmon.

« Pour les personnes qui accomplissent les actes terroristes, le seul mécanisme qui peut leur donner du courage, de la conviction et de l'empressement, c'est leur croyance religieuse. Ils ne sont pas suicidaires. Ce sont en général des gens qui ont une vie et un avenir. Mais le phénomène s'appuie sur des siècles de martyr glorifié par l'Islam depuis ses origines. »

Berko est d'accord sur le fait que le terrorisme ne peut être détaché de son contexte culturel et religieux. « Mais si quelqu'un pense qu'un adolescent va se faire exploser et que sa famille s'en fiche, il se trompe », dit-elle.

Elle fait référence à une récente interview de la femme du terroriste du Hamas, Abbdel Aziz Rantisi, qui a déclaré qu'elle n'enverrait pas son propre fils perpétrer une mission suicidaire.

Le Pr Ariel Merari, de l'Université de Tel-Aviv, expert en terrorisme et en violence politique, n'a pas étudié les recruteurs des terroristes suicidaires comme l'a fait Berko, mais les auteurs des attentats eux-même.

« Il semble qu'il y ait une différence entre eux. Les terroristes suicidaires sont généralement des personnes marginales. Certains, mais peu, ont des tendances suicidaires. Ils sont forcés à agir ainsi en raison de la pression publique et pensent obtenir ainsi la reconnaissance. Une fois qu'ils ont exprimé leur désir de commettre un attentat, ils sont poussés par le groupe et il leur est pratiquement impossible de changer d'avis. Il y a une pression sociale et psychologique qui les incite à aller au but. »

Merari pense que le travail de Berko est très important. « Le terrorisme en général n'a pas suffisamment été analysé. C'est un problème urgent et il a un intérêt pratique à conduire de telles études, au-delà de leur valeur académique. »

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