Le 22 août 2003

Analyse - Arafat garde le contrôle
Ze'ev Schiff
Haaretz

Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
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Traduction CID

Après l'attaque ciblée d'hier (21 août 2003) contre Ismail Abou Shanab, officiel du Hamas, nous pouvons nous attendre à une escalade des opérations militaires, Israël et le Hamas rendant chacun coup pour coup.

Et la personne dont l'influence déterminera le plus la longueur de cette période n'est pas le premier Ministre palestinien Mahmoud Abbas, mais le Président de l'Autorité Palestinienne Yasser Arafat - qui, mercredi, avant même l'attaque israélienne sur Abou Shanab, avait rejeté une requête de transférer son contrôle de deux services de sécurité majeurs de l'AP à Abbas et à son chef de la sécurité, Mohammed Dahlan.

Arafat a aussi postposé la discussion du plan soumis par Abbas et Dahlan pour mettre en oeuvre des actions contre le Hamas et le Jihad islamique suite à l'attentat de mardi à Jérusalem.

Le cabinet de sécurité israélien, qui a débattu de la réponse à l'attentat de Jérusalem, a pris l'escalade attendue en compte. Si l'escalade continue, Abou Shanab ne sera clairement pas le dernier leader du Hamas dans la ligne de mire d'Israël. Des arrestations à grande échelle dans toute la Cisjordanie sont également probables.

La décision d'élargir le champ des arrestations fut prise après qu'Israël ait découvert que le même jour qu'un kamikaze du Hamas de Hébron fit exploser un bus à Jérusalem, une cellule du Jihad islamique de Samarie occidentale était en route pour une attaque suicide à Haïfa - mais fut arrêtée.

Il n'y a pas de doute que le Hamas, qui a [seulement] déclaré hier la fin du cessez-le-feu, essayera maintenant d'agir contre Israël sur plusieurs fronts. Le comble de l'affaire étant que les deux attaques, celle de Jérusalem, qui a tué 20 personnes, et une autre attaque la semaine dernière, moins meurtrière, étaient considérées par le Hamas comme n'enfreignant pas le cessez-le-feu.

Pendant les semaines de la trève, alors que ni les Forces de Défense d'Israël ni les services de sécurité de l'AP ne prenaient de mesures contre le Hamas, ce dernier a reconstitué ses forces et ses capacités. Maintenant, le Hamas va indubitablement essayer de tirer des roquettes Qassam et des obus de mortier sur les villes israéliennes, de placer des bombes le long des routes et de tendre des embuscades sur les routes de Gaza ou encore d'attaquer des implantations israéliennes. Et bien sûr, [essayer d'envoyer] plus de kamikazes. Ils vont aussi essayer de recruter des cellules du Jihad islamique et du Fatah afin qu'ils se joignent à eux.

La déclaration d'hier du porte-parole de Dahlan, laquelle affirmait que Dahlan avait prévu de prendre des mesures contre le Hamas, mais les avait suspendues à cause de l'assassinat de Shanab, n'a rencontré que mépris en Israël. Pourquoi n'a-t-il rien fait plus tôt ? Pourquoi n'a-t-il pas cessé de répéter qu'il n'avait aucune intention d'agir contre les infrastructures terroristes ?

L'organisation de Dahlan n'a absolument rien fait pendant le jour et demi qui a suivi l'attentat de Jérusalem - ce qui a poussé les FDI à agir. Le plan de sécurité qui a soit disant été « gelé » a en fait été enfoui dans un congélateur depuis longtemps, bien qu'Israël ait mis Dahlan en garde à plusieurs reprises contre son inaction menant tout droit au désastre.

La semaine dernière, le Service de Sécurité Préventive de l'AP à Gaza a prouvé qu'il pouvait agir quand il le souhaitait : après qu'une bicyclette piégée ait été placée près des bureaux du service, ce dernier a immédiatement arrêté les membres du Jihad islamique qui étaient responsables; deux parmi ceux arrêtés ont même été blessés dans un échange de coup de feux pendant l'opération.

Quand, suite à l'attentat d'hier, l'Amérique et Israël ont pressé Abbas et Dahlan d'agir contre les infrastructures terroristes, ils ont d'abord demandé un délai afin de convoquer le cabinet de l'AP. Ensuite ils ont dit qu'ils devaient présenter le plan au comité exécutif de l'OLP, dirigé par Arafat. Mais Arafat n'a pas approuvé, affirmant que des discussions additionnelles étaient requises. Et tout cela s'est passé avant l'assassinat d'Abou Shanab.

Au même meeting, il fut demandé à Arafat de céder le contrôle de deux organismes de sécurité majeurs, le Service de Sécurité Nationale [National Security Service] et le Service de Renseignement Général [General Intelligence Service], sur lesquels il a conservé la haute main en dépit du fait que le plan de réforme de l'AP appelle tous les services de sécurité à passer sous le contrôle de Abbas. Arafat répondit que cette demande devait aussi être étudiée. Comme d'habitude, il n'a pas carrément refusé, mais il n'a pas non plus donné son accord.

Il est impossible de prédire combien de temps durera la période d'escalade dans laquelle nous entrons maintenant. Les Américians essayeront certainement de la raccourcir, par l'activité diplomatique ainsi que par des pressions. Israël a informé Washington qu'il restait engagé dans le processus diplomatique, mais il ne voit aucune chance que ce processus réussisse sans action contre l'infratructure terroriste.

L'attitude de l'Amérique concernant l'infrastructure terroriste s'est durcie depuis l'attentat de mardi, mais elle n'a pas encore atteint le stade des ultimatums - et en cela, Washington mérite des critiques. Avant la conférence d'Aqaba, les Américians ont dit à Israël que Dahlan aurait besoin de beaucoup de temps avant d'être capable de combattre le terrorisme. Israël reconnu que Dahlan aurait besoin de quelques temps pour s'organiser, mais avertit que le Hamas tirerait profit du cessez-le-feu.

Quand Israël dit aux Américians que trois à quatre semaines devraient suffire comme temps de préparation avant que Dahlan commence à prendre des mesures, les Américians répondirent qu'ils décideraient eux-mêmes des limites de temps -réponse qui engendra quelques échanges tendus entre le Secrétaire d'Etat Colin Powell and le Chef d'Etat-Major des FDI Moshe Ya'alon quand ce dernier se rendit à Washington.

Maintenant, suite à l'attentat de Jérusalem, l'Amérique commence à émettre plus de demandes appuyées que les infrastructures terroristes soient immédiatement éliminées. Powell a aussi appellé Arafat à immédiatement transférer la responsabilité de tous les services de sécurité à Abbas - quelques chose que, sous le plan de réforme, il aurait du faire depuis longtemps.

C'est une manière de faire porter la responsabilité à Arafat - mais aussi cela confirme qu'Arafat est l'homme qui décide, tandis qu'Abbas, incapable de faire quoi que ce soit par lui-même, doit attendre les ordres d'Arafat.

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