Le 9 juin 2005On ne se range pas du côté des voleurs
Par Max Singer *
© The Jerusalem Post pour l'original anglais, et upjf.org pour la version française.Nous ne devrions pas être surpris quand les Européens, entre autres, refusent de s'émouvoir des plaintes d'Israël à propos de la terreur palestinienne, et sont agacés par ses arguments relatifs à la nécessité de frontières défendables. La raison, quoique simple, passe presque inaperçue : Israël parle de ses besoins, alors que les Palestiniens parlent de leurs droits.
Ce qui ne veut pas dire que les Européens et d'autres gens bien-intentionnés pensent qu'il est juste d'infliger à Israël des explosions-suicide - bien qu'ils soient si excédés qu'ils ne protestent pas clairement. Même s'ils reconnaissent, sur le papier, que la terreur doit cesser, le bien-fondé essentiel de la cause d'Israël est perçu comme une série d'excuses pour garder la terre que l'État Juif a volée aux Palestiniens.
Tant que le conflit avec les Palestiniens sera considéré comme le combat entre un voleur et sa victime - dont l'enjeu est de savoir quand «la terre palestinienne» sera restituée à ses propriétaires légitimes -, tout ce que dira Israël de ses besoins sécuritaires tombera dans l'oreille d'un sourd.
Sous l'angle émotionnel, les voleurs n'ont pas de droits, même pas celui de la sécurité. Comment pouvons-nous nous attendre à ce que l'on soutienne un «voleur» qui affirme que la victime ne doit pas employer des moyens illégaux pour récupérer sa terre, et que lui-même, le «voleur», a besoin d'un bien volé pour protéger sa sécurité, ou que l'on doit faire preuve de considération envers des citoyens que l'usurpateur a établis sur la terre volée ?
Notre exigence de «frontières défendables», par exemple, est comprise comme signifiant «qu'Israël a besoin de garder des territoires palestiniens afin de se défendre». Cela n'attire pas des Européens qui ne se soucient même pas d'être en mesure de se défendre eux-mêmes, et donc encore moins de la défense d'Israël.
En revanche, le discours palestinien est perçu ainsi : «Nous sommes un peuple ancien et fier ; notre terre a été volée par des étrangers colonialistes, et nous combattrons jusqu'à ce que nous la récupérions.» La réponse qui consiste à dire qu'ils combattent de manière trop répugnante, ou qu'Israël a besoin de la terre pour assurer sa sécurité, ne véhicule pas une grande charge émotive.
Bien sûr, l'opinion et la politique européennes - ou autres - sont aussi affectées par d'autres facteurs que le sens moral fondamental des citoyens, mais la grande vague du sentiment anti-israélien fondé sur ce jugement moral erroné a atteint une telle intensité, qu'il faut la contrer pour rendre possible un changement de politique. Israël doit mobiliser tous ses efforts pour faire comprendre aux Européens et aux autres États que les Palestiniens ne sont pas les victimes d'un vol, mais plutôt des plaideurs déboutés, qui refusent d'accepter les décisions solidement fondées rendues en leur défaveur.
Un sentiment anti-israélien aussi profondément ancré ne disparaîtra pas tant que nous n'affirmerons pas que nous sommes un peuple ancien et fier ; que la terre contestée [1] est notre patrie, et qu'elle fut nôtre historiquement ; que cette terre nous a été attribuée par la Société des Nations, et que nous lutterons pour protéger notre pays.
Nous devons insister sur la différence entre le geste de bonne volonté par lequel nous renonçons à une partie de notre patrie - sauf à la rendre indéfendable - par souci de paix, et le renoncement à un territoire «volé». De plus, nous devons préciser que nous permettons à des Arabes de vivre, en tant que citoyens à part entière, sur la terre qui est sous notre souveraineté, alors que les Arabes expulsent les Juifs de toutes les terres qu'ils acquièrent, qu'il n'existe aucune autre terre juive, et qu'il y a des millions de km2 d'autres terres arabes.
Israël doit agir comme s'il était persuadé que ses droits moraux, juridiques et historiques sur les territoires contestés sont aussi valables, voire meilleurs que les droits des Palestiniens, et qu'il est aussi ardent à protéger sa terre qu'ils le sont à l'obtenir. Alors seulement, les Européens en viendront à comprendre que «la terre palestinienne occupée» est, au contraire, un territoire contesté sur lequel Israël a des revendications, légales et morales, qui ont été formellement approuvées par la communauté internationale.
La terre CONTESTÉE - nous devrions nous en souvenir - est devenue vacante en 1920, lorsque son ancien souverain, l'empire ottoman vaincu, a été écarté. La Ligue des Nations a prêté attention à la controverse entre les Juifs, soutenus par la déclaration Balfour de la Grande-Bretagne, et les Arabes vivant dans le pays, soutenus par d'autres Arabes.
Consciente du fait que les Juifs avaient eu la souveraineté sur le pays dans les temps anciens, qu'ils n'avaient aucune autre patrie, et ne prenaient la place d'aucun État existant, la Ligue avait décidé que le peuple juif devrait être invité à s'établir sur la terre située entre le Jourdain et la mer Méditerranée, comme étant sa patrie. Les Arabes, y compris les Palestiniens, n'ont jamais accepté cette décision, laquelle n'a jamais été abrogée.
Certains arguent du fait que la décision de la Ligue des Nations était «coloniale» et qu'elle ne devrait pas prévaloir sur le droit à l'autodétermination. Mais la décision de la Ligue était l'autorité légale en vigueur en 1922, et tous les Juifs qui sont venus dans le pays après cette date pour fonder un État ont agi sur le fondement de cette autorité. Et les nombreux Arabes qui sont venus s'y installer après 1922, l'ont fait sachant que cette terre avait été légalement désignée comme future patrie juive [2]. Même si ce n'est peut-être pas le dernier mot de l'affaire, c'est un commencement essentiel.
Les droits d'Israël ne sont ni parfaits ni exclusifs, mais ils sont sans aucun doute assez solides pour que l'État juif ne vienne pas à la table de négociations en tant que «voleur de terre palestinienne». Les exigences des Palestiniens peuvent être assez fortes pour justifier qu'on leur donne une partie de la terre qu'ils veulent. Mais puisque les Palestiniens n'ont jamais eu la souveraineté sur le pays, celui-ci ne peut leur avoir été volé.
Les Palestiniens sont donc des demandeurs, pas les victimes d'un vol. Leur comportement devra être jugé comme l'agir d'un demandeur qui est en quête de territoires auxquels il estime avoir droit, et non comme l'agir d'un propriétaire dépossédé.
La prétention palestinienne à la propriété revient, en fait, à soutenir que la Ligue n'aurait pas dû accorder aux Juifs un foyer national, que les Nations Unies n'auraient pas dû voter le partage de la terre, et que, en dépit du point de vue dominant de la communauté internationale, Israël n'a pas le droit à l'existence.
Quand la controverse est reconnue comme étant un conflit entre deux parties ayant, l'une et l'autre, de fortes revendications, un peuple peut envisager un compromis qui traduit les besoins des deux peuples : celui des Palestiniens qui veulent plus de territoires que ceux dans lesquels ils vivent déjà, pour créer un État plus viable ; celui d'Israël qui veut des frontières défendables, confronté qu'il est au refus arabe persistant d'accepter un État non musulman, quel qu'il soit.
Ce n'est que lorsque la recherche d'un tel compromis sera considérée comme juste, que la cruauté des méthodes palestiniennes de combat, et l'intransigeance de leur position, dans les négociations, deviendront moralement manifestes.
* L'auteur est membre chevronné [senior fellow] du Hudson Institute [Washington D.C.] et du Centre BESA [The Begin-Sadat Center for Strategic Studies] de l'Université de Bar-Ilan.
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Notes du traducteur :
[1] La notion de «territoire contesté» ou «disputé» a fait l'objet de nombre d'articles, nous recommandons tout particulièrement celui de Dore Gold : Des territoires «occupés» aux territoires «disputés».
[2] Alexander Yakobson et Amnon Rubinstein, respectivement historien et juriste, ont fort bien établi et développé l'argument de la légitimité internationale de l'État d'Israël, dans leur livre, Yisrael Umishpakhat Haamim: Medinat Le'om Yehudit Uzekhuyot Haadam (Israël et la famille des nations : État-nation juif et droits de l'homme), Schocken, 2003.
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