Le 27 juillet 2004

Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
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Le vrai ennemi n'est pas le terrorisme mais plutôt une idéologie
Rapport de la commission du 11 septembre

David Brooks
New-York Times et International Herald Tribune

Traduction CID

 

Washington - Quand les obsédés de relations internationales vont au lit, ils rêvent qu'ils sont X. Ils rêvent d'écrire le livre phare, l'essai fixant sur le papier une fois pour toute l'esprit définissant une époque, à la manière de George Kennan pendant la guerre froide sous le pseudonyme X.

Des carrières entières ont été vouées à cet objectif. En ce qui concerne notre époque, c'est la commission du 11 septembre qui s'en est le plus rapproché. Après 360 pages décrivant l'échec généralisé du renseignement, les commissaires prennent un peu de recul dans leur rapport et redéfinissent la nature du problème auquel est confronté l'Amérique.

Nous autres Americains ne sommes pas au beau milieu d'une guerre contre le terrorisme, notent-ils. Nous ne sommes pas confrontés à un axe du mal. Nous sommes au beau milieu d'un conflit idéologique.

Nous sommes confrontés, note le rapport, à une vague confédération de gens qui croient en un courant perverti de l'Islam qui s'étend de Ibn Taimaya à Sayyid Qutb. Le terrorisme est seulement un moyen qu'ils emploient pour faire des convertis à leur cause.

Cela n'à l'air de rien, juste une nuance - mettre l'accent sur l'idéologie au lieu du terrorisme - mais ça fait toute la différence, parce que si on ne définit pas un problème correctement, on ne peut élaborer de startégie gagnante.

Quand on voit que nos ennemis sont essentiellement un mouvement intellectuel, pas une armée terroriste, on comprend pourquoi ils ne sont pas pressés.

Avec leurs vastes infrastructures de madrasas et de mosquées où l'on endoctrine, ils continuent à se renforcer, jettant les bases d'une perpétuation de l'affrontement sur des décennies. Leur échelle du temps peut dès lors se déployer tout autrement que la nôtre.

En tant que mouvement idéologique plutôt que national ou militaire, ils suivent d'autres règles du jeu. Ils n'ont pas de territoire à protéger. Ils ne sont jamais contraints de gagner la moindre bataille mais peuvent au contraire tirer grand profit en terme d'opinion publique de leurs défaites qui en fait de glorieux martyres. Nous croyons naïvement que le combat se déroule sur le terrain, mais ils savent eux parfaitement que le vrai combat à lieu à l'antenne, et ils sont beaucoup plus habiles que nous dans cet exercice.

Le rapport de la commission du 11 septembre affirme que nous devons mener le combat sur deux fronts. Nous devons employer les capacités du renseignement, de l'armée, de l'économie et de la diplomatie pour combattre Al Qaeda. C'est là que l'attenttion des média se concentre. Mais le combat le plus important doit être dirigé contre un système de croyances hostiles qu'on ne peut raisonner mais qu'on peut seulement « détruire ou totalement isoler ».

Les commissaires ne le disent pas, mais les implications sont claires. Nous avons mené une enquête sur l'échec du renseignement; nous avons maintenant besoin d'une commission qui analyse nos échecs intellectuels. Dit plus simplement, les défenseurs farouches de l'Amérique manquent souvent des connaissances minimales.

Et les enseignants qui s'y connaissent vraiment en matière de monde islamique sont souvent aveugles à ses pathologies. Ils sont à ce point obsédés par les péchés de l'Occident qu'ils sont incapables de concevoir que celui-ci pourrait être menacé.

Nous devons aussi monter notre propre contre-offensive idéologique. Les commissaires recommandent aux États-Unis d'être beaucoup plus critiques des régimes autocratiques, même amis, simplement pour manifester nos principes. Ils suggèrent de mettre sur pied une fondation pour construire des écoles secondaires dans les pays musulmans, et d'admettre beaucoup plus d'étudiants dans les nôtre. Si vous êtes philanthrope, voici comment contribuer : nous devons établir le genre de mobilisation intellectuelle que nous avions pendant la guerre froide, avec des équivalents modernes du Congres des Libertés Culturelles, afin de donner une plate-forme internationale aux musulmans tournés vers la modernité et afin de les faire connaître des intellectuels occidentaux.

Par-dessus tout, nous devons nous rendre à cette évidence que le paysage des réalités [intellectuelles de nos ennemis] est complètement différent. Par le passé, nous avons combattu des mouvements idéologiques qui prenaient le contrôle des États. Notre appareil de politique étrangère est équipé pour des relations avec des États: négocier avec des États, affronter des États. Aujourd'hui nous sommes confrontés à un système de croyance hostile à la notion même d'État, qui vise la création d'un pouvoir théologique et la restauration du caliphat. Nous aurons besoin de nouvelles institutions pour faire face à cette réalité, mais devrons aussi renouveller nos manières de penser afin de comprendre les gens qui ne raisonnent pas en terme d'intêret national tel qu'il est défini traditionnellement.

La semaine dernière, j'ai rencontré un officier de très haut rang stationné en Afghanistan et en Iraq, dont les observations s'imbriquent remarquablement dans les conclusions de la commission du 11 septembre. Il affirme que l'expérience des quelques dernières années est trompeuse ; seulement 10 % de nos efforts à partir de maintenant seront de nature militaire. Le reste sera idéologique. Ils observe que nous combattons l'extrémisme islamiste maintenant là où nous combattions le communisme en 1980.

Ils nous reste un long combat à mener, mais nous commençons seulement à en comprendre les tenants et aboutissants.

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