11 avril 2003Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
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La chute de l'ONU
Un point de vue polémique sur le rôle de l'organisation internationale
Par Richard Perle *Le Figaro
Le règne de la terreur de Saddam Hussein prend fin. Son gouvernement baasiste ne coulera toutefois pas seul. De manière ironique, les Nations unies sombreront avec lui.
Il est possible que l'ONU ne disparaisse pas intégralement. Les secteurs dédiés aux «bonnes oeuvres» (à savoir, les bureaucraties pour le maintien de la paix à faible risque ou celles qui luttent contre le sida et la malaria ou pour défendre les droits de l'enfant) perdureront. Le moulin à paroles installé sur l'East River à New York continuera à geindre. La réticence du Conseil de sécurité à entériner l'usage de la force pour appliquer ses propres résolutions sur la possession par l'Irak d'armes de destruction massive a sonné le glas du fantasme vieux de plusieurs décennies qui considérait l'ONU comme le fondement de l'ordre mondial.
Alors que nous poursuivons nos efforts de guerre pour libérer l'Irak, il est important de sauvegarder parmi les décombres du conflit, pour mieux les analyser et les comprendre, les débris du concept de sécurité via le droit international appliqué par des institutions internationales...
Tandis que des Irakiens libres décrivent le cauchemar du règne de Saddam, qui a duré un quart de siècle, nous ne devons pas oublier quels sont ceux qui ont soutenu cette guerre et ceux qui ne l'ont pas soutenue ; ceux qui ont affirmé que l'autorité morale de la communauté internationale se nichait dans des plaidoyers visant à obtenir des délais supplémentaires pour les inspecteurs de l'ONU ou ceux qui ont manifesté contre le «changement de régime».
Dans l'esprit de réconciliation d'après-guerre que les diplomates veulent toujours absolument promouvoir, nous ne devons pas nous résigner à la notion timide et désuète selon laquelle l'ordre mondial nous demande de reculer devant des États voyous qui terrorisent leurs citoyens et menacent les nôtres.
Décents, réfléchis et bourrés de principes, les millions d'individus qui ont manifesté contre la décision de demander des comptes à l'Irak étaient mus par l'idée que seul le Conseil de sécurité de l'ONU dispose de l'autorité nécessaire pour légitimer le recours à la force. Ils critiquaient la coalition volontaire de démocraties libérales prêtes à dépêcher ses soldats pour barrer la route au mal. Peu leur importait que ces troupes permettent d'appliquer les exigences de l'ONU. Pour eux, si un pays ou une coalition de pays - en marge du Conseil de sécurité de l'ONU - fait usage de la force, même en dernier recours, «l'anarchie», et non le droit international, ne peut que l'emporter, détruisant tout espoir d'ordre mondial.
C'est ce que croyaient les manifestants. Mais cette idée est dangereusement erronée et amène à justifier moralement les décisions politico-militaires de pays comme la Syrie, le Cameroun, l'Angola, la Russie ou la Chine. Si une politique est juste lorsque le Conseil de sécurité l'approuve, comment peut-elle être fausse simplement parce que la Chine communiste, la Russie, la France ou une multitude de dictatures secondaires refusent leur approbation ?
Ceux qui se sont opposés aux actions de la coalition en Irak répondent généralement que «l'ordre» doit avoir la primauté sur «l'anarchie». Mais est-ce exact ? Le Conseil de sécurité de l'ONU représente-t-il l'institution la plus compétente pour garantir l'ordre et nous sauver de l'anarchie ? L'Histoire suggère le contraire. L'ONU est née des cendres d'une guerre que la Société des nations s'était révélée dans l'incapacité de prévenir. La SDN n'était tout simplement pas prête à faire face à l'Italie en Abyssinie, et encore moins, si elle avait survécu à cette débâcle, à lutter contre l'Allemagne nazie.
Dans l'euphorie qui a suivi la victoire, juste après la Deuxième Guerre mondiale, l'espoir de rendre la sécurité du monde plus collective fut placé entre les mains du Conseil de sécurité de l'ONU, pour de bien piètres résultats. Au cours de la guerre froide, le Conseil de sécurité se révéla complètement paralysé. En effet, la décision de défendre la Corée du Sud contre les attaques menées contre elle en 1950 fut prise par le Conseil uniquement parce que Staline avait ordonné à ses diplomates de boycotter les séances de l'ONU, ce qui impliquait qu'aucun ambassadeur soviétique n'était présent pour exercer son droit de veto ! Une erreur que les Soviétiques n'ont plus commise par la suite.
En 1967 et 1973, l'ONU s'est retirée du Moyen-Orient, laissant Israël se défendre par ses propres moyens. Encore plus tard, l'empire soviétique s'est effondré et l'Europe de l'Est s'est libérée, non pas grâce à l'ONU mais grâce à la mère de toutes les coalitions, l'Otan.
Confrontée aux multiples agressions de Milosevic, l'ONU n'est pas parvenue à mettre un terme aux guerres balkaniques ni même à protéger ses victimes. Vous souvenez-vous de Sarajevo, de Srebrenica et du massacre de milliers de Musulmans placés sous la prétendue protection des Nations unies ? Il a fallu que des pays de bonne volonté forment une coalition pour sauver la Bosnie de l'extinction. Une fois la guerre terminée, la paix a été conclue à Dayton, dans l'Ohio, et non à l'ONU. Le sauvetage des Musulmans du Kosovo n'était pas le fait des Nations unies : leur cause n'a jamais reçu l'approbation du Conseil de sécurité.
Ce siècle lance désormais un défi aux espoirs d'un nouvel ordre mondial. Nous ne vaincrons pas - ni même ne contiendrons - la terreur fanatique, si nous sommes incapables d'exporter la guerre dans les territoires qui la déclenchent. Nous devrons pour cela utiliser la force contre les États qui donnent asile aux terroristes, comme nous l'avons fait pour détruire le régime des talibans en Afghanistan.
Les États les plus dangereux sont ceux qui possèdent des armes de destruction massive, des armes chimiques, biologiques et nucléaires qui peuvent tuer non pas des centaines ou des milliers d'individus, mais des centaines de milliers. L'Irak faisait partie de ceux-là, mais il en existe bien d'autres. L'espoir de les convaincre de retirer leur soutien ou le droit d'asile qu'ils accordent aux terroristes repose sur la certitude et l'efficacité des représailles qui les menacent. L'incapacité chronique du Conseil de sécurité de l'ONU à appliquer ses propres résolutions, comme le prouve le cas irakien, est manifeste : l'organisation n'est tout simplement pas capable de remplir sa mission.
Il ne reste donc que les coalitions formées par les pays de bonne volonté pour faire régner la sécurité. Loin de les dénigrer en tant que menace posée à un nouvel ordre mondial, nous devrions plutôt reconnaître qu'elles sont, par défaut, le meilleur espoir d'un monde pacifié et la véritable alternative à l'anarchie engendrée par l'échec lamentable des Nations unies.
* Ancien sous-secrétaire d'État américain à la Défense, professeur à l'Institut américain des entreprises à Washington.
Project Syndicate. Traduit par Valérie Bellot.
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