CHRÉTIENS D'ORIENT
Le 1er janvier 2006LE HAMAS ET LES CHRÉTIENS
Par Michel Gurfinkiel
La démocratie est un régime politique à risque : il lui arrive de donner le pouvoir à ses pires ennemis. Ce fut autrefois le cas de l'Allemagne, où Hitler, à partir de 1931, bâtit sa légitimité sur des succès électoraux, avant d'instaurer, en 1933, la dictature que l'on sait. C'est aujourd'hui celui des pays islamiques, où la mise en place de processus électoraux plus ou moins équitables semble conduire nécessairement à la victoire de partis religieux plus ou moins extrémistes.
En 1992, les seules élections véritablement libres jamais organisées en Algérie avaient laissé entrevoir une victoire du parti islamiste FIS. Entre 1995 et 2002, la libéralisation d'une Turquie soucieuse d'être admise dans l'Union européenne a permis aux partis islamistes Refah puis AKP d'investir peu à peu le gouvernement. Dans des pays tels que le Maroc, la Jordanie ou l'Égypte, des monarques de droit ou de fait parviennent encore à minimiser par divers artifices la montée des Frères musulmans : mais leur marge de manoeuvre diminue de scrutin en scrutin. Au Liban, le départ des forces d'occupation syriennes a renforcé le poids de l'organisation shiite-fasciste Hezbollah dans l'ensemble du pays. En Iran, la semi-démocratie qui avait naguère porté à la présidence un islamiste modéré et réformateur, Mohamed Khatami, l'a remplacé par un islamiste ultra, Mahmoud Ahmadinejad.
Dans les Territoires palestiniens, enfin, la désintégration du système Arafat et la démocratisation imposée par les États-Unis (et l'Europe, à un moindre degré) n'ont eu jusqu'à présent qu'un seul bénéficiaire véritable : le parti islamiste Hamas. Les élections municipales, en 2005, lui ont livré la bande de Gaza et plusieurs grandes agglomérations de Cisjordanie. Les législatives, en 2006, pourraient lui donner la majorité au parlement de Ramallah. Autant dire que ce jour-là, le nouveau processus de paix israélo-arabe connu sous le nom de «feuille de route» aura vécu. Le Hamas se donne ouvertement pour but la destruction de l'État d'Israël. Et à cette fin, il préconise ouvertement le recours à la lutte armée et au terrorisme, y compris sous sa forme la plus atroce, les attentats suicide. Mais une victoire du Hamas aura également des conséquences sur les chrétiens palestiniens et plus généralement sur toutes les communautés chrétiennes d'Orient, qu'elles soient catholiques latines, catholiques orientales, orthodoxes, coptes ou protestantes.
Le Hamas se propose en effet d'imposer aux non-musulmans vivant sous son autorité le régime dit «de protection», en arabe dhimma, prescrit par la Charia. Celui-ci implique le paiement d'une taxe de capitation spéciale, la jiziya. Le chef du groupe Hamas au Conseil municipal de Bethléem vient de le confirmer dans une interview accordée au quotidien américain Wall Street Journal: «Nous, militants du Hamas, nous avons effectivement l'intention de rétablir le paiement de cette taxe à un moment ou à un autre. Nous accueillons tout le monde en Palestine, mais à condition de se soumettre à nos lois». D'ores et déjà, si l'on en croit le journaliste catholique italien Sandro Magister, le Hamas est en mesure d'imposer son style de vie à Bethléem. Voir le site www.chiesa.espressonline.it. Le mouvement islamiste est en effet majoritaire au sein de la municipalité (même si le maire, Victor Batarseh, est encore un chrétien): simple reflet de l'évolution démographique survenue depuis les fatidiques accords d'Oslo de 1993.
Le journaliste français Ugo Rankl écrit dans le dernier numéro de Valeurs Actuelles (www.valeursactuelles.com): «Les chrétiens formaient au début du XXème siècle la moitié de la population arabe dans la région de Jérusalem et un quart de la population palestinienne arabe. Entre 1949 et 1967, le régime jordanien, puissance occupante en Cisjordanie et dans les secteurs orientaux de la Ville sainte (y compris la Vieille Ville), multiplie les vexations : la population chrétienne de Jérusalem-Est passe alors de 28 000 âmes à 11 000 (moins 61%). Le régime israélien, de 1967 à 1993, favorise au contraire le maintien des chrétiens sur place, mais sans aller jusqu'à rattacher à Jérusalem les localités chrétiennes de la périphérie, comme le souhaitait le maire chrétien de Bethléem, Elias Freij. La mise en place en 1994, dans le cadre des accords d'Oslo, d'une Autorité palestinienne en Cisjordanie et à Gaza dirigée par Yasser Arafat, est une seconde catastrophe. Les persécutions reprenant de plus belle, la population chrétienne passe de 10% à 1,9% de la population totale: quatre chrétiens sur cinq quittent le pays. Arafat les remplace par des musulmans venus de toutes les régions de Cisjordanie, y compris des Bédouins».
Selon la même source, la mort d'Arafat, fin 2004, et l'arrivée de Mahmoud Abbas à la tête de l'Autorité palestinienne n'ont rien changé. Rankl mentionne «les événements qui se sont déroulés le 4 septembre dernier à Taïba. Les musulmans du hameau voisin de Deir Jarir avaient découvert qu'une de leur filles avait un amant chez les «infidèles». Les parents «lavent leur honneur»: ils empoisonnent la malheureuse et l'enterrent avant même qu'elle n'ait rendu son dernier souffle. Mais pour la communauté musulmane, cela ne suffit pas. Au cri de Allahou Akbar («Allah est le plus grand !»), quelques cinq cents émeutiers attaquent Taïba. Une statue de la Vierge est abattue et souillée, seize maisons sont pillées et incendiées. Les forces de sécurité de l'Autorité palestinienne, rutilantes dans leurs uniformes impeccablement repassés, n'interviennent pas. Les appels à l'aide envoyé à Mahmoud Abbas restent sans écho».
L'étranglement du christianisme de Terre sainte a été occulté pendant plus de dix ans, notamment en raison de la désinformation systématique pratiquée sous l'égide de Mgr Michel Sabbah, le premier patriarche arabe de l'Église latine de Jérusalem, en place depuis 1988. Mgr Sabbah était un militant politique plus qu'un chef spirituel. Et il avait choisi son camp : celui des Palestiniens, des Arabes et d'une alliance avec l'islam, au point, note Rankl, que certains de ses détracteurs le surnommaient «le patriarche islamique de Jérusalem». La limite d'âge le contraint aujourd'hui à s'en aller: le Vatican lui a donné pour successeur un autre Arabe, mais tunisien cette fois, l'archevêque Fouad Toual. Un pur diplomate.
L'instauration ou la restauration, dans les Territoires palestiniens, d'un régime de dhimmitude dirigé contre les chrétiens - ou même le seul fait d'évoquer cette éventualité - pourrait servir de précédent et donc de catalyseur dans d'autres pays musulmans. En ce sens les victoires électorales du Hamas ne font pas seulement peser une menace sur Israël ou le processus de paix israélo-palestinien.
Elle peuvent avoir des conséquences incalculables partout où l'islam et la chrétienté se côtoient et se heurtent comme des plaques tectoniques, de l'Europe occidentale à l'Asie du Sud-Est, en passant par les Balkans, le Moyen-Orient et l'Afrique noire.
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Le 13 Septembre 2005COMMENT LES MUSULMANS RESPECTENT « LES AUTRES » EN PALESTINE
Par Albert Soued http://www.chez.com/soued
Voir aussi l'article Apartheid contre les Chrétiens à http://www.nuitdorient.com/n228.htm
En quelques décennies, les Chrétiens de Palestine ont vu leur population tomber de 17% à 2% de la population totale ! Ainsi des quartiers entiers dans le triangle Beitlehem- Beit Jala- Beit Sanour se sont vidés de leurs habitants Chrétiens, sous la pression des fondamentalistes qui imposent les règles de la sharia'h et leur mode de vie. Ainsi les femmes sont obligées de porter le voile et les familles de s'acquitter d'un «impôt de protection» pour éviter que leur maison ne devienne la cible de représailles Israéliennes, car les «combattants du jihad» tirent sur les Juifs à partir des logements Chrétiens.
Le Vatican s'est ému de la situation, au point que son représentant sur place Frère Pier Battista Pizzabella emploie des termes peu diplomatiques à l'égard de l'Autorité palestinienne (AP), dans un article paru dans le Corriere della Sera. «Les difficultés avec Israël sont infimes, à côté de ce que nous subissons tous les jours, comme harcèlement et humiliations par les extrémistes, au vu et au su de l'AP, qui ne lève pas le petit doigt pour punir les responsables. Bien au contraire ceux qui nous attaquent sont les militants du Fatah' et les policiers de Mahmoud Abbas, supposés nous protéger».
Frère Pier Battista Pizzabella a une liste de 93 doléances liées à des actes d'injustice commis contre des Chrétiens dans la seule région de Bethlehem, entre l'an 2000 et 2004.
Récemment à Taibeh, à l'Est de Ramallah, 13 maisons chrétiennes ont été attaquées et incendiées, des rues dévastées et une statue de la Vierge Marie démolie. La raison? Les amours interdites d'une femme musulmane Hiyam Ajai de Deir Jreer avec un jeune Chrétien appartenant à une famille honorable de Taibeh (fabrique de bière), Mehdi Kouriyeh. Enceinte, la jeune femme a été enfermée par sa famille et battue à mort pour laver l'affront subi. Sa famille a ensuite crié vengeance et la populace s'est mise au travail. Craignant le pire, les familles chrétiennes du quartier se sont enfuies.
Depuis l'an 2000 l'hostilité musulmane contre les Chrétiens ne fait que croître de jour en jour, le nationalisme arabe se transformant en extrémisme fondamentaliste. D'où l'émigration massive des Chrétiens. Il n'y a pas si longtemps, Bethlehem était une ville à majorité chrétienne, aujourd'hui il ne reste plus que 6 500 chrétiens sur 35 000 habitants. Toute une série d'événements se sont succédés qui les ont persuadés que leur avenir était brisé en Terre Sainte.
Rappelons un exemple frappant du mépris des Musulmans de Palestine à l'égard de la foi d'autrui. En 2002, l'Église de la Nativité a été occupée par des terroristes armés qui ont tout dévasté, le bois des statues, des fresques, des bancs a été utilisé comme bois de chauffage, le papier des exemplaires de la Bible comme papier de toilette, les vitraux cassés, et tout ce qui avait une quelconque valeur a été volé.
Près de Bethlehem, une église dédiée à un saint Al Khadr, vénéré par les trois religions, est close, car le prêtre qui la garde craint que les Musulmans ne la transforment en mosquée.
Au siège d'une des rares TV chrétiennes au Moyen Orient, «Al Mahed», créée par le grec orthodoxe Samir Qoumsyeh, l'AP a coupé l'électricité et le téléphone.
L'illégalité s'installe partout. Abus de pouvoir et humiliations sont quotidiennes, dans le but de déposséder les Chrétiens de leur terre, en s'appuyant sur des faux, avec la complicité de fonctionnaires véreux et des «tanzim». Dr Samir Asfour a hérité d'un terrain de 9 000 m2, près de la Tombe de Rachel. Avec l'appui du cadastre local, un Musulman s'est pointé chez lui avec un faux document réclamant «sa terre».
En 2003, Rawan William Mansour, une jeune fille de16 ans a été violée par quatre miliciens du Fatah, tous connus. Aucun d'eux n'a été arrêté. Accusées de prostitution, deux surs de la famille chrétienne Amreh, ayant 17 et 19 ans, ont été exécutées en 2002 par un groupe armé appartenant à l'AP. L'autopsie a montré qu'elles étaient vierges et qu'elles avaient été torturées avant leur exécution.
Les lieux saints Juifs ont toujours été profanés en Palestine. Il y a une dizaine d'années, 5 000 manifestants et des dizaines de policiers de l'AP ont mis le feu au Caveau de Joseph à Naplouse qui a été reconstruit « en mosquée ». La Tome de Rachel et le Mur Occidental (des Lamentations) sont la cible périodique de jets de pierres et même de tirs d'armes à feu. À l'époque de l'occupation Jordanienne, le cimetière du Mont des Oliviers était profané et des dizaines de milliers de pierres tombales ont été utilisées pour construire des maisons, des routes, des latrines.
Sources :
http://www.chiesa.com/
http://www.haaretz.com/
Magdi Khalil magdikh@hotmail.comRetour à Nouveautés sur le site
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CHRÉTIENS D'ORIENT - LES MARTYRS OUBLIÉSLe 11 janvier 2004
Les chrétiens du Proche-Orient, coptes en Égypte, maronites au Liban, chaldéens en Irak, Arméniens en Turquie, melkites ou orthodoxes en Syrie, ou encore Palestiniens de Bethléem, connaissent depuis un demi-siècle un exode silencieux. Chassés de leurs terres natales par la guerre et le flux de l'islam. Retour sur une tragédie occultée.
Par Michel Gurfinkiel
La principale population de réfugiés, au Proche-Orient, ce ne sont pas les Palestiniens musulmans, victimes de la première guerre israélo-arabe en 1948, ni même les juifs des pays arabes et d'Iran, contraints à un exode symétrique entre 1945 et 1979, mais les chrétiens de culture arabe, araméenne, arménienne ou grecque. Près de dix millions de ces derniers ont en effet été aménés à abandonner leur foyers ou à émigrer depuis la Première Guerre mondiale : le rapport, avec les réfugiés musulmans de Palestine (un demi-million d'âmes à l'origine) est donc approximativement de vingt à un ; avec les juifs des pays d'islam (près d'un million d'expulsés), il serait environ de dix à un.
Ces données, étrangement, sont mal connues. Plus étonnant encore : l'exode des chrétiens se poursuit sous nos yeux, à l'aube du XXIe siècle, sans susciter beaucoup de compassion ni même de curiosité médiatique. Le cas le plus flagrant est celui des Palestiniens chrétiens de Cisjordanie : voici une vingtaine d'années, ils formaient 15 % de la population locale ; depuis la mise en place d'un pouvoir palestinien autonome, en 1994, ils ne sont plus que 2 à 3 %. Une situation analogue se dessine en Égypte, où la minorité chrétienne copte, hier florissante, en est peu à peu réduite à émigrer. Le journaliste américain Joseph Farah, lui-même d'origine arabe chrétienne, estime qu'à ce rythme, on pourrait passer au Proche-Orient d'une population chrétienne actuelle de quinze millions d'âmes à six millions à peine vers 2020. Ce serait le dernier acte de l'effacement du christianisme dans la région même où il est né, où il a fixé sa doctrine et où il s'est doté des structures qui, aujourd'hui encore, régissent sa vie communautaire dans le reste du monde : épiscopat, conciles oecuméniques, clergé, monachisme
Pourquoi cette situation ? Dans un article publié en octobre dernier par un journal proche du Saint-Siège, Civilta Cattolica, l'analyste italien Giuseppe de Rosa rappelle que l'islam est avant tout « la religion du djihad », « une interminable entreprise guerrière en vue de conquérir les territoires » qui ne lui appartiennent pas encore. Il ne raisonne donc qu'en termes binaires : membres du groupe contre étrangers, amis contre ennemis, auxiliaires utiles ou populations inutiles, fidèles ou infidèles. Immense différence avec la plupart des autres religions, à commencer par le judaïsme et le christianisme, qui, même quand elles recourent à la guerre, donnent la priorité à des considérations non-guerrières, telles que le droit naturel ou la société civile. Les chrétiens ont pu être tolérés par les pouvoirs musulmans à certaines époques et dans certains lieux. Quand les circonstances changent, cette tolérance disparaît.
Jusqu'au VIIe siècle, le Proche-Orient était presque exclusivement chrétien. L'islam l'a supplanté par la force. Deux grandes étapes : la conquête arabe qui islamise l'Égypte et le Levant en six ans à peine, de 636 à 642 ; la conquête turque qui grignote l'Asie mineure entre le Xe et le XVe siècles. Une seule et même stratégie : quelques opérations militaires décisives permettent aux musulmans de prendre le contrôle politique d'une province ou d'un État ; le nouveau pouvoir joue ensuite des divisions entre chrétiens (jacobites contre melkites, coptes contre orthodoxes, Grecs contre Latins) ; enfin, le régime de la « dhimma » (« protection »), mélange de mesures discriminatoires et d'oppression financière, incite peu à peu les chrétiens à se convertir, en général par familles ou parentèles entières. Au bout de quelques générations, un pays qui était chrétien à 90 % au moment de la conquête ne comporte plus que quelques minorités chrétiennes, soit dans les villes, où elles exercent des professions jugées « utiles » par le pouvoir islamique, soit dans des régions difficiles d'accès, notamment les montagnes.
À deux reprises, une modification du rapport de forces global entre islam et chrétienté a permis aux Églises d'Orient de reprendre souffle et même de connaître une brève renaissance : les Croisades, du XIe au XIIIe siècles ; et surtout l'expansion européenne moderne, du XVIIIe siècle au second tiers du XXe siècle. Pendant cette seconde période (« la plus heureuse de leur histoire » selon l'universitaire chrétien hiérosolomytain George Hintlian), les communautés chrétiennes sont « adoptées » par les puissances occidentales : la Russie veille sur les orthodoxes, la France sur les Églises rattachées à Rome, et la Grande-Bretagne sur toutes les autres communautés ; l'Autriche, l'Allemagne, l'Italie, les États-Unis et même la Grèce interviennent également. Les pouvoirs musulmans sont donc contraints d'accorder aux minorités une pleine liberté religieuse et une égalité sociale ou politique presque complète. Les chrétiens d'Orient ont en outre accès plus largement que les musulmans à une éducation de type occidentale, elle-même facteur de réussite économique : ils forment l'essentiel de la classe moyenne dans l'Empire ottoman jusqu'à la Première Guerre mondiale, avant de jouer un rôle analogue, jusque vers 1970, dans la plupart des pays arabes.
Mais la fin de la domination occidentale (ou la décolonisation) annulent ces acquis du jour au lendemain. Les Occidentaux y consentent au nom de leurs propres principes, judéo-chrétiens ou laïques : droit naturel, droits de l'homme. Les musulmans n'y voient qu'un retour de balancier géopolitique en leur faveur, même s'il est moins dû à une victoire militaire qu'à la simple démographie (en moyenne, le taux de natalité des musulmans est deux fois plus élevé que celui des chrétiens au Proche-Orient). Dans certains pays islamiques, les chrétiens, ou certains groupes chrétiens, sont expulsés. Ailleurs, on les ramène, en droit ou en fait, à un statut de seconde zone, ce qui les amène à émigrer. Le phénomène s'accélère avec la montée, au sein de la société musulmane, de mouvements dits intégristes ou « islamistes », prônant un « djihad » permanent et l'exclusion totale des non-musulmans des zones anciennement islamisées, comme le monde arabe.
TURQUIE
La Turquie ottomane avait entrepris, en 1915, de liquider la minorité chrétienne arménienne d'Anatolie orientale (1,5 million d'âmes). En 1922, Mustafa Kemal expulse la communauté grecque orthodoxe d'Asie mineure (1,5 million d'âmes), mesure suivie, il est vrai, par un « échange de populations » : le transfert en Anatolie des Turcs vivant encore en Grèce (cinq cent mille personnes). Quelques trois cent mille Grecs vivaient encore dans la région d'Istanbul et de la mer de Marmara, rassurés par le régime républicain et laïque institué par Kemal à partir de 1923 : des discriminations, au début des années 1940, puis une série de pogromes, au début des années 1950, entraînent des départs en masse. Du moins la République turque a-t-elle châtié les instigateurs des pogromes : allant jusqu'à condamner à la potence le premier ministre de l'époque, Adnan Menderes. Il ne reste plus aujourd'hui en Turquie que cent mille chrétiens environ.
SYRIE
Les communautés chrétiennes (grecque-orthodoxe, melkite, arménienne, araméenne) formaient le quart de la population syrienne au début du XXe siècle. Elles représentent encore 7 % de la population actuelle : 1,5 million sur près de vingt millions. Cette survie relative tient aux particularités de la politique locale : le régime Assad, en place depuis 1970, s'appuie sur la minorité musulmane alaouite qui, afin de contrebalancer la majorité sunnite (un peu plus de 50 % de la population), a passé des alliances avec les autres minorités du pays, chrétiens mais aussi druzes ou sunnites kurdophones. Pour autant, les chrétiens n'ont pas cessé de s'interroger sur l'avenir. Et d'émigrer, quand l'occasion leur en était donnée. Au besoin, ils se font passer pour Palestiniens à l'étranger, afin de bénéficier d'aides caritatives ou de sympathies politiques. Un « mensonge honnête » : une partie des Palestiniens sont d'origine syro-libanaise récente.
LIBAN
En 1932, 800 000 chrétiens formaient 55 % d'une population libanaise évaluée à 1,5 million d'âmes. Aujourd'hui, après diverses turbulences et surtout la longue guerre civile de la fin du XXe siècle (1975-1990), les chrétiens sont 1,5 million, soit 27 % sur 4,5 millions. Plus de la moitié d'entre eux sont des « réfugiés de l'intérieur », chassés de leur ville ou village d'origine et contraints de se réinstaller dans les derniers bastions à majorité chrétienne, comme la banlieue Est de Beyrouth. Une diaspora libanaise chrétienne s'est constituée en Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Afrique subsaharienne, en Australie. Au total, elle compterait six millions d'âmes, dont deux millions aux États-Unis. Si le président de la République est toujours un chrétien (une tradition remontant à 1943), le pouvoir réel est désormais aux mains des musulmans sunnites ou chiites. Certains clans chrétiens se sont alliés aux alaouites syriens, « protecteurs » et occupants du Liban depuis 1990. D'autres, notamment le patriarche maronite Nasrallah Sfeir, militent pour la restauration de l'indépendance nationale.
PALESTINE
Les chrétiens formaient au début du XXe siècle près du quart de la population arabe palestinienne, soit un peu plus de cent mille âmes sur un total d'un demi-million. En 1948, ils en formaient probablement 20 % : soit trois cent mille âmes sur 1,2 million. Après la première guerre israélo-arabe, on a compté environ soixante-dix mille personnes déplacées chrétiennes, en sus des cinq cent mille réfugiés musulmans. Entre 1949 et 1967, le régime jordanien, puissance occupante en Cisjordanie, a multiplié les vexations à l'égard des chrétiens et favorisé leur émigration : la population chrétienne de Jérusalem-Est passe alors de 28 000 âmes à 11 000, ce qui signifie que 17 000 personnes (61 % de la population) ont été chassés. Le régime israélien, de 1967 à 1993, favorise au contraire le maintien des chrétiens sur place, mais sans aller jusqu'à rattacher à Jérusalem les localités chrétiennes de la périphérie, comme le souhaitait le maire chrétien de Bethléem, Elias Freij. La mise en place en 1994 de l'Autorité palestinienne, le quasi-État musulman dirigé par Yasser Arafat, est une catastrophe : des persécutions perpétuelles conduisent au départ des trois quarts de la communauté. Certains d'entre eux trouvent refuge en Israël, les autres en Europe ou aux États-Unis. À Bethléem, on ne compte plus que 15 % de chrétiens en 2003, contre 62 % en 1990 : les habitants chrétiens expulsés ont été remplacés par des Bédouins islamistes de la région de Hébron.
ISRAËL
Seul État non-arabe et non-musulman du Proche-Orient, Israël compte aujourd'hui trois cent cinquante mille habitants chrétiens sur 6,5 millions, alors qu'il n'en recensait en 1951 que trente mille sur 1,5 million : en chiffres absolus, cette population a donc été mutipliée plus de onze fois ; en chiffres relatifs, par rapport à une population en très forte croissance, elle est passée approximativement de 3 % à 6 %. Au cours des vingt premières années qui ont suivi l'indépendance (1948-1968), de nombreux chrétiens israéliens de culture arabe ont émigré. Aujourd'hui, on assiste au contraire à une immigration de Palestiniens chrétiens de Cisjordanie en Israël. Les communautés catholique et orthodoxe ont en outre été renforcées, dans les années 1990, par l'arrivée de nombreux chrétiens de l'ex-URSS autorisés à immigrer en raison de liens familiaux avec des juifs. Le Vatican a signé un concordat avec Israël en 1998 et vient de créer un évêché catholique de langue hébraïque.
JORDANIE
Lors de sa création en 1923, l'émirat de Transjordanie ne comptait qu'un demi million d'habitants, dont quelques milliers de Bédouins chrétiens, descendants des tribus christianisées attestées en Arabie jusqu'à l'époque de Mahomet. Après 1948, cette communauté a été grossie par des réfugiés chrétiens palestiniens des environs de Jérusalem, qui lui étaient liés par des cousinages et des mariages depuis le XVIIe siècle. Elle représente aujourd'hui 10 % environ de la population totale. Depuis 1970, la dynastie hachémite protège ses sujets chrétiens afin de se concilier l'opinion publique occidentale. L'un des confidents du feu roi Hussein, le journaliste Rami el-Khouri, était chrétien.
IRAK
Près de 10 % de chrétiens en Irak en 1920 (300 000 sur 3 millions d'habitants), 3 % aujourd'hui (un million sur vingt-quatre millions d'habitants). L'un des « actes fondateurs » du nationalisme irakien a été le massacre, en 1932, de plusieurs milliers d'Assyriens chrétiens du nord du pays, de langue araméenne, et l'expulsion de plusieurs dizaines de milliers de survivants. Il est vrai que cette communauté réclamait la création d'un État autonome. Le premier roi, Faycal Ier, personnage romantique venu du Hedjaz, est mort de chagrin et de dégoût quelques mois plus tard après ce génocide, tandis que son fils Ghazi organisait une parade pour célébrer l'événement. Les autres chrétiens irakiens, notamment les Chaldéens catholiques, ont émigré à 50 %, ou s'en tiennent depuis à une attitude de soumission absolue envers le pouvoir musulman. Saddam Hussein avait pour ministre des Affaires étrangères un catholique, Tarik Aziz, aujourd'hui prisonnier des Américains. Fondateur du Baath, le parti nationaliste arabe dont se réclamait Saddam, le chrétien syrien Michel Aflak a été contraint de se convertir à l'islam quand il s'est réfugié en Irak, dans les années 1970.
ARABIE SAOUDITE
Le christianisme et le judaïsme sont interdits dans le royaume, sous le prétexte que la Péninsule arabique, terre sainte de l'islam est « analogue à une mosquée ». Les juifs ne peuvent obtenir de visa d'entrée, sauf s'ils détiennent un passeport diplomatique. Les chrétiens étrangers en situation régulière &endash; diplomates, hommes d'affaires - ne peuvent célébrer leur culte qu'en privé. Le prosélytisme entraîne l'expulsion immédiate, s'il s'agit d'un étranger, et la mort, s'il s'agit d'un Saoudien ou du ressortissant d'un pays musulman.
PAYS DU GOLFE, YEMEN
Les citoyens ne peuvent pratiquer une autre religion de l'islam : les minorités, naguère nombreuses, ont été progressivement expulsées. Les étrangers (y compris les résidents permanents) sont autorisés à pratiquer le christianisme en privé. Quelques familles juives autochtones jouissent du même privilège à Bahrein et au Yemen.
IRAN
Officiellement, la population chrétienne n'atteint pas 0,2 %. On l'évalue parfois à 0,5 %. Bien traitée sous la dynastie Pahlavi, elle bénéficie d'une certaine indifférence de la part de la République théocratique instituée par Khomeini en 1979, et dispose d'un député au parlement. Tout acte de prosélytisme est puni de mort, ainsi que toute relation sexuelle avec une femme musulmane. Les élèves des écoles chrétiennes doivent assister à des cours d'initiation à l'islam, destinés à « hâter leur conversion à la religion véritable ». Les autorités de Téhéran préfèrent les chrétiens « nationaux », comme les Arméniens, installés dans le pays depuis le XVIe siècle, aux « étrangers », arrivés plus tard. Les catholiques sont particulièrement mal vus, notamment depuis la conversion de la princesse Ashraf, soeur jumelle du dernier chah. La moitié des chrétiens iraniens auraient fui depuis 1979. La plupart se sont réfugiés en Californie.
ÉGYPTE
Ce sont les coptes égyptiens qui, en se ralliant aux conquérants arabes en 642 par haine envers les Byzantins orthodoxes, ont rendu irréversible la progression de l'islam en Orient. Cette communauté a connu une brillante renaissance au XIXe siècle et au début du XXe siècle, sous la monarchie d'origine turque fondée par Mehemet Ali. Elle représentait alors 15 à 20 % de la population et défendait l'idée d'une civilisation « pharaonique », propre à l'Égypte et différente de la culture arabe. La révolution nassérienne, à partir de 1952-1953, lui a été fatale : les coptes ont été exclus de la classe politique, sauf quelques personnalités symboliques (comme le ministre d'État Boutros Boutros-Ghali, devenu secrétaire général de l'Onu puis secrétaire international à la Francophonie) puis dépouillés de leur pouvoir économique. Sous Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981, les violences en tout genre (de l'attentat à la bombe au viol) se sont multipliées, incitant les jeunes gens et les jeunes filles à émigrer vers la Grande-Bretagne, le Canada et les États-Unis. Les coptes ne seraient plus aujourd'hui que cinq millions environ en Égypte, soit 6 à 7 % d'une population égyptienne globale évaluée à 65 millions d'âmes.
© Michel Gurfinkiel & Le Spectacle du Monde, 2004.
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Chrétiens d'Orient« Nous ne nous rappelons pas une époque où les Arabes chrétiens aient été en plus grand danger qu'aujourd'hui. »
Le chroniqueur Madjid Aziza dans le quotidien irakien Al Zaman (le Temps)
Traduction et publication http://www.memri.org/ - N°789 - 26 Septembre 2004
Dans un article du quotidien irakien Al-Zaman (14/9/04), journal publié simultanément à Londres et Bagdad, dont la tradition libérale remonte aux années 40, le chroniqueur Madjid Aziza porte à l'attention des lecteurs le calvaire de la communauté arabe chrétienne dans le monde musulman. Voici quelques extraits.
Les chrétiens natifs de pays arabes fuient leur pays d'origine. Voilà une phrase que l'on entend souvent aujourd'hui et qui est vraie à 100 %. Les statistiques montrent qu'un grand nombre d'entre eux ont émigré vers des pays plus sûrs pour eux et leurs enfants, comme les États-Unis, le Canada, l'Australie ou [les pays d'] Europe. Ceci est dû au harcèlement des agences gouvernementales d'une part, des groupes extrémistes de l'autre, qu'ils subissent dans ces pays qu'ils peuplent [pourtant] depuis des milliers d'années ( )
Les chrétiens résident sur le territoire que l'on appelle de nos jours [pays arabes] depuis des siècles, cohabitant avec d'autres groupes religieux, notamment avec les musulmans qui ont connu les mêmes malheurs qu'eux. Mais les chrétiens ont perdu ces partenaires pour plusieurs raisons : l'extrémisme religieux [qui s'est répandu] auprès des musulmans, les poussées démographiques d'origine religieuse, la discrimination, la contrainte, l'expulsion individuelle ou collective de chrétiens, les pressions subies par ces derniers alors même qu'ils servaient leurs pays. Les exemples sont nombreux en Palestine, en Irak, au Soudan, au Liban, en Égypte et ailleurs.
Près de 4 millions de chrétiens libanais ont quitté leur pays à cause de pressions [de ce type]. Près d'un demi-million de chrétiens irakiens ont quitté leur pays pour les mêmes raisons ( ). La situation ne fait actuellement qu'empirer du fait de la discrimination des extrémistes salafistes. En Palestine, il n'y a pratiquement plus de chrétiens, en raison de la mainmise des extrémistes musulmans sur le problème palestinien et de la marginalisation des chrétiens, ainsi que de l'influence négative d'une Intifada menée par des organisations islamistes. En ce qui concerne les chrétiens d'Égypte, les Coptes, ce qu'ils ont enduré et endurent encore de la part de l'État aussi bien que des islamistes suffirait à remplir des livres et des journaux entiers, vu la coercition, la discrimination et la persécution dont ils sont l'objet. Et il serait trop long d'expliquer ce qui arrive en Algérie, en Mauritanie, en Somalie et ailleurs.
La situation est identique dans certains pays non arabes [musulmans]. Dans des pays islamiques comme le Pakistan, l'Indonésie ou le Nigeria, les chrétiens sont [aussi] persécutés. Au Pakistan [certains guides spirituels] islamistes ont émis une fatwa autorisant que l'on tue deux chrétiens pour chaque musulman abattu au cours des offensives américaines en Afghanistan, comme si les Américains représentaient la chrétienté dans le monde. Dans d'autres pays, les chrétiens vivent dans la peur, à l'ombre de menaces, et sont confrontés à un cycle de violence accrue à chaque fois que les États-Unis et leurs alliés mènent des opérations militaires contre quelque pays que ce soit.
Les chrétiens ont peur de ce qui pourrait leur arriver dans ces pays. La situation est très critique et nécessite d'urgence qu'on lui prête attention. Nous avons du mal à nous rappeler une autre époque où les chrétiens se sont sentis plus en danger qu'aujourd'hui dans ces pays ( )
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