Le 31 décembre 2004Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Communiqué Isranet
Volume III, Numéro 165
http://www.isranet.org/
Activités anti-américaines du parti Baath à Paris
Dr. Nimrod Raphaeli
Memri.org, 30 novembre 2004Avec la destitution du régime de Saddam Hussein le 9 avril 2003, le parti Baath au pouvoir est devenu illégal, tandis qu'un comité de «débaasification» s'est créé en Irak. [1] La machine de propagande baasiste semble toutefois avoir trouvé son nouveau siège à Paris, d'où des menaces contre les États-Unis sont émises régulièrement en trois langues: le français, l'anglais et l'espagnol. Les militants du parti Baath invoquent bien entendu la «résistance», afin de mettre sur le même plan leurs activités et celles des résistants français contre l'occupation nazie, pendant la deuxième guerre mondiale.
La résurrection du parti Baath sur le sol français se voit renforcée par la position du gouvernement selon laquelle les représentants de la «résistance» devraient pouvoir participer aux conférences prévues en Irak au sujet de l'avenir du pays. Cette position a été clairement formulée par Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères, dans une interview sur France inter. M. Barnier s'est déclaré favorable à un processus politique irakien incluant des groupes de personnes ayant opté pour la résistance par les armes [2].
Le Conseil national de la résistance irakienne
Le Conseil national de la résistance irakienne, également appelé «Conseil unifié de la résistance irakienne», a vu le jour en juin 2003. Il regroupe des activistes baasistes (appelés «militants»), d'anciens membres de l'armée irakienne et de la Garde républicaine, ainsi que des «héros du dispositif de sécurité nationale.»
L'identité des dirigeants du Conseil reste secrète. Toutefois, une interview de l'ancien vice président Izzat Ibrahim Al-Duri présente ce dernier comme le chef de la résistance. Un communiqué de presse évoque les forces opérant sous le parapluie de la résistance baasiste. Elles incluent: [3]
- Le parti arabe socialiste baasiste d'Irak (organisation clandestine)
- Le mouvement (irakien) «Résistance et la libération»
- Le Conseil unifié de la résistance irakienne
- Des forces militaires telles que les «Fedayyoun de Saddam» et la «Deuxième armée de Mahomet» [4]
Selon le communiqué de presse, ceux-ci sont rejoints «dans les coulisses» par différentes «formations patriotiques», dont des communistes et des nassériens.
Point d'information
Les écrits du Conseil sont publiés par les «Comités Irak de base» sous la direction éditoriale de Luc Michel, dont l'adresse serait: 128/01 rue de Montingy-B/6000 Charleroi. E-Mail: Iraqcommittees@yahoo.com. Dans d'autres newsletters, l'adresse indiquée de Luc Michel est: 39 Maagdenstraat - B/1000 Brussels (Belgique).
Dans une publication plus récente, l'adresse Internet des comités Irak est: www.comitesirak.free.fr Dans l'un des documents affichés figurent les informations suivantes:
Pour une coordination transnationale des comités irakiens (Bruxelles)
Tel: International +32 2 218 73 09
Fax: International +32 2 218 73 59Coordination francophone (Paris)
Tel/Fax: 01 43 83 75 32 International +33 1 43 83 75 32 (France)Une newsletter identifie Luc Michel comme étant un «éditeur belge, connu pour sa défense de la cause arabe, et l'éditeur de la newsletter 'Al-Baath Al-Iraki'»
Une équipe juridique dirigée par Me Dominique Jourdain a pour e-mail djavo@club-intenet.fr. Un abonnement gratuit à la newsletter Al-Baath Al-Iraki («Résurrection irakienne») peut être obtenu en s'adressant à commiteirak@yahoo.fr.
Certaines newsletters portent la mention suivante: «( ) Matériel distribué dans un but non lucratif à ceux qui ont préalablement manifesté leur intérêt pour l'information contenue ci-dessous dans un but de recherche et d'éducation.»
Étant donné que la plupart des publications sont distribuées par Yahoo France, on est enclin à penser que les textes proviennent de France. Aucune information n'est disponible quant aux sources de financement. Il est toutefois possible que l'association dénommé «Amitiés franco-irakiennes» corresponde à l'association du même nom ayant bénéficié des coupons de pétrole de Saddam Hussein (pour 15.1 millions de barils). [5]
Revue des publications
A. Défense de Saddam Hussein
L'association «Amitiés franco-irakiennes» a lancé un appel international condamnant «le traitement indigne administré au Président Saddam Hussein, en violation des principes de la loi internationale.» Un formulaire était joint à la newsletter avec l'en-tête suivant: «Les signataires se rappellent solennellement que le président Saddam Hussein est un prisonnier de guerre auquel s'applique pleinement la Convention de Genève de 1949 sur les prisonniers de guerre.» [6]
Dans une newsletter datée du 7 juillet 2004 et intitulée «La défense politique du président Saddam Hussein est aussi organisée!», le groupe annonce la création du «Comité international de défense du président Saddam Hussein». On peut lire: «Le Comité entend répondre à la campagne de haine et aux mensonges orchestrés par les medias--contrôlés par les sionistes américains, et ré-établir la vérité sur l'Irak de Saddam Hussein et le parti Baath.» [7]
B. Espace francophone
Dans une newsletter (datée simplement de 2003) et dépourvue du symbole de l'État irakien, présent sur les publications ultérieures, les auteurs déclarent: «Nous sommes nombreux dans le monde, et en particulier dans le monde francophone, à souhaiter non seulement la fin de l'occupation yankee en Irak, mais plus encore la victoire de la résistance baasiste, qui se réclame de Saddam Hussein et qui est organisée sous le mouvement Résistance et libération de l'Irak.» [8]
La newsletter déclare que le but de la résistance n'est pas uniquement de triompher de «l'impérialisme sioniste américain en Irak», mais d'étendre son action en Palestine occupée et en Europe, où la domination yankee est aujourd'hui ébranlée; elle revendique en outre son alignement sur la position de Che Guevara selon qui «l'impérialisme a une tête, les États-Unis, qui devrait être tranchée!»
L'espace francophone comprend la Belgique, la France, le Québec et la Suisse francophone, selon le site, et sera occupé par «une coordination francophone des Comités Irak».
C. Premier anniversaire de l'occupation
Le jour marquant le premier anniversaire de l'occupation de l'Irak, un «communiqué politique» a été affiché par le «Conseil unifié de la résistance irakienne.» [9]
Selon ce communiqué, «le Conseil national de la Résistance irakienne est né il y a dix mois.» Il comprend des «bataillons de militants baasistes, des membres des forces armées et des héros du dispositif de sécurité nationale.» Les communiqué fait référence aux «nobles cheikhs de tribus, aux moudjahidine religieux et à la multitude d'étrangers musulmans [non irakiens], qui ont rejoint la courageuse résistance afin de former une structure organisée chargée de conduire des opérations et de coordonner les programmes et actions de la résistance ( )».
Le communiqué présente son plan d'action:
Le rejet total de l'occupation, de ses moyens, de ses agents et de tout ce qui émane d'elle, «comme les structures, les titres, et les comités de traîtres qui servent les envahisseurs et trahissent leur peuple.»
«La continuité de la résistance sous toutes ses formes armées, et la mobilisation des masses à travers manifestations et protestations, le boycott de l'occupation ( ) par tous les moyens possibles.
«Le rétablissement des institutions d'État et de l'armée telles qu'elles existaient avant le 9 avril 2003.»
Dans ce paragraphe, le communiqué propose un projet de rétablissement des institutions d'État, garantissant la liberté politique, la Création d'une Cour suprême des Droits de l'Homme et l'abolition des lois d'urgence. [10]
D. Transfert d'autorité
Anticipant le transfert de pouvoir à un gouvernement irakien provisoire sous la constitution provisoire, négocié par le Conseil gouvernemental irakien et l'Autorité provisoire de la coalition, le parti Baath, à partir de la France et de la Belgique, a déclaré que: «La résistance irakienne prendra pour cible la présidence, le gouvernement provisoire et les forces étrangères, y compris celles qui se trouvent sous le contrôle des Nations unies et qui demeureront en Irak après le prétendu 'transfert d'autorité' censé intervenir fin juin.» [11]
E. Interview d'Izzat Ibrahim Al-Duri
La lettre d'information n° 47 (datée du 17 octobre 2004) contient une interview d'Izzat Ibrahim Al-Duri, adjoint de Saddam, parue dans l'hebdomadaire jordanien Al-Madjd. Izzat Al-Ibrahim fait partie des 55 Irakiens les plus recherchés de l'ancien régime.
D'après Al-Duri, le parti Baath «est en très bonne santé et mène la plus honorable et la plus digne des batailles de la nation arabe.» Au sujet d'éventuelles négociations avec les États-Unis, Al-Duri a rétorqué: «[Il n'y aura] pas de négociation avec les États-Unis sous l'occupation: le seul dialogue entre eux et nous est celui des armes et de la résistance.»
Évoquant l'impact de la capture de Saddam Hussein sur le parti Baath, Al-Duri affirme: «Ce qui est arrivé au camarade dirigeant et à d'autres camarades au pouvoir ne nous a pas surpris. C'est ainsi que nous avons prévu toutes les possibilités: l'emprisonnement ou le martyre.» Il ajoute: «Ce que je voudrais souligner ici est qu'aucun parmi nous n'est dupe en ce qui concerne la nature de la bataille, ses conséquences et son programme. Aujourd'hui, après un an et demi d'occupation, le monde entier sait que ce sont la malfaisante administration américaine et ses alliés qui ont été menés en bateau quant à leur évaluation des résultats de la bataille à long terme.»
Al-Duri confie en outre que la résistance est composée des militants baasistes et d'anciens soldats irakiens, de membres de la Garde républicaine, des services de sécurité, des Feddayin de Saddam Hussein et de l'armée d'Al-Qods. [12]
Al-Duri n'a pas eu beaucoup de bien à dire des chiites au sud du pays. Il estime que les organisations chiites «placent la laïcité avant la terre», vu que certaines de ces organisations «ont couvert les actes criminels de l'ennemi contre notre peuple.» La réponse d'Al-Duri reflète l'attitude du parti Baath à vis-à-vis des chiites.
Interview du Général Abou Moutassim
La newsletter 47, datée du 1er novembre 2004, contient une interview du général Abou Moutassim, également parue dans l'hebdomadaire Al-Majd, interview qui «a su pénétrer au cur de l'héroïque résistance irakienne.» [13]
Le général Abou Moutassim (nom de guerre) est présenté comme «le chef de la résistance», un «général du terrain» de la Garde républicaine dissolue. Évoquant la résistance en Irak, Abou Moutassim déclare que celle-ci «contrôle un grand nombre de villes irakiennes»: des villes comme Falloudjah, Samaraa et Ramadi ainsi que des régions et banlieues de Bagdad. Le général estime que les États-Unis ne sont plus à même de dissimuler leurs pertes. Les Irakiens, assurent-ils, «connaissent l'étendue des pertes et sont toujours en mesure de les augmenter.»
Abou Moutassim refuse de décrire la structure du commandement militaire qui conduit les opérations militaires mais révèle qu'«un haut commandement militaire unifié supervise le gouvernail de la résistance dans tout l'Irak.» La direction comprend «les meilleurs officiers de l'armée irakienne, de la Garde républicaine, des Feddayin de Saddam, des services de renseignement et de sécurité. Le commandement militaire inclut un représentant de la branche politique du parti Baath, qui établit le lien entre le commandement militaire et politique.»
Invité à commenter le succès du gouvernement Allaoui face à l'armée Mahdi de Mouqtada Al-Sadr, il déclare que «Mouqtada Al-Sadr et ceux qui ont reçu l'autorisation de parler en son nom sont des imbéciles sans aucune compréhension politique.»
Derniers événements à Falloudjah
Dans la dernière newsletter, émise de Paris par les Comités Irak le 17 novembre 2004, [14] le parti Baath assure à nouveau au peuple irakien que la destruction «de l'infrastructure de marionnettes qui exerce son autorité est au cur de la stratégie de résistance armée irakienne.» La version française fait référence au «gouvernement fantoche de Quisling Yankee Allaoui». [15] La newsletter se termine ainsi: Longue vie à Saddam Hussein, le combattant, secrétaire général de la région irakienne [en opposition à la région syrienne], président de la République, symbole de courage, défiant les camps de prisonniers, ingénieur et planificateur de la glorieuse résistance armée irakienne!»
(Le Dr Nimrod Raphaeli est chargé d'analyses pour MEMRI)
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[1] Voir l'Enquête et analyse n°176 de MEMRI sur la «débaasification» de l'Irak
[2] Ambassade de France aux États-Unis, le 27 septembre 2004. Il convient aussi de mentionner la pétition au président George Bush, au Secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, au Premier ministre britannique Tony Blair et à d'autres encore, signée par des organisations civiles irakiennes ainsi que par un groupe d'intellectuels arabes et irakiens. Cette pétition condamne les efforts déployés par certaines gouvernements pour miner le processus démocratique en Irak, et présente le gouvernement français comme «l'avant-garde» de ces pays. www.petiononline.com/ocsi/petition/html.
[3] Communiqué de presse des Comités Irak, le 15 mai 2004. Toutes les publications des Comités Irak citées dans ce rapport sont affichées sur Internet.
[4] Fallah Al-Naqib, ministre irakien de l'Intérieur, a annoncé l'arrestation de Mouaiyyid Yassine, commandant de Jaish Mohammed (l'armée de Mahomet), à Falloudjah. On raconte qu'il s'est rendu à Damas pour coordonner les opérations militaires contre les forces de la coalition avec un ancien dirigeant du parti Baath: Mohammed Younis Al-Ahmed. Jaish Mohammed, branche militaire du parti Baath, a été créée par Saddam avant sa destitution. (Al-Sharq Al-Awsat, Londres, le 17 novembre 2004).
[5] Voir l'article de Nimrod Raphaeli «Saddam's Oil Vouchers - The European Dimension», présenté lors d'une conférence sur la corruption humanitaire au Royaume uni, le 1er octobre 2004.
[6] Communiqué de presse des Comités Irak, le 6 janvier 2004.
[7] Communiqué de presse du Comité international pour la défense du président Saddam Hussein, le 7 juillet 2004 .
[8] Traduit de l'arabe, quand le texte original n'est pas en français. Souvent mal écrit dans la version originale. Nous nous efforçons de rester fidèle au texte original, même dans ses imperfections.
[9] Daté du 5 avril 2004 et signé par la branche politique du Conseil national unifié de la résistance irakienne.
[10] Communiqué politique du Conseil unifié de la résistance irakienne, le 5 avril 2004.
[11] Déclaration du parti socialiste arabe baasiste irakien, le 20 mai 2004.
[12] Milices armées auxquelles Saddam comptait recourir pour «libérer Jérusalem». Selon les sources officielles irakiennes de l'époque, celles-ci comptaient des millions de personnes.
[13] N° 48 (17 novembre 2004), comitesirak@Yahoo.fr
[15] Quisling était le Premier ministre norvégien ayant collaboré avec l'occupation nazie pendant la deuxième guerre mondiale.