DOSSIER ARABIE SAOUDITE

Les événements qui se passent en Arabie Saoudite ne concernent pas Israël. Toutefois, leurs répercussions au Proche-Orient pourraient influencer l'État hébreu et mettre en jeu sa sécurité.

6 octobre 2005

L'Arabie mal heureuse

Par Albert Soued, www.chez.com/soued

Elle s'appelle Rania Al Baz. Conscient de ses talents, son père la présentait à 19 ans à une chaîne nationale de télévision. Grâce à son charme et à sa voix, elle devint la présentatrice la plus populaire d'Arabie, subjuguant les téléspectateurs. Elle portait le foulard qui ne couvrait que ses cheveux. Son mari s'appelait Mohamed Al Fallatta. Elle l'avait connu à la télévision et ils étaient tombés amoureux l'un de l'autre et dans leur cas le mariage ne fut pas un mariage de raison. Mais lui, ne réussissait pas bien dans son métier de chanteur.

Le 13 avril 2004 Rania disparut des ondes. Elle était à l'hôpital dans le coma, son visage tuméfié et méconnaissable.

Elle était au téléphone avec une amie quand son mari est rentré. Elle pose le combiné pour le saluer. Il croit qu'elle parle à un amant semble-t-il. Il se jette sur elle, lui prend la tête et la fracasse sauvagement contre le sol en marbre, tout en lui faisant répéter 3 fois la prière des morts. La croyant morte, il l'embarque dans sa voiture pour l'enterrer en cachette. Mais il s'aperçoit qu'elle respire encore. Sans doute pris de remords, il la laisse aux urgences d'un hôpital, disant qu'il avait ramassé une «accidentée de la route» et qu'il allait en chercher d'autres.

Elle est restée dans le coma pendant 4 jours. Elle avait 13 fractures de la tête et peu de chances de s'en sortir. Ayant compris le calvaire subi par sa fille, son père l'a photographiée pendant son coma dans le but de publier les photos et poursuivre le mari. Partout dans le monde il y a des femmes battues, mais en Arabie, elles sont dix fois plus nombreuses et c'est un crime qui n'est pas puni, un mur de silence protégeant les maris violents.

Après 12 opérations Rania Al Baz a retrouvé son visage, mais elle a perdu son job à la télévision, du fait que son drame a été rendu public, par photos interposées. Son mari s'était enfui un moment. Mais grâce à l'influence du père de Rania auprès des milieux politiques et des affaires, il s'est rendu et a été condamné pour tentative de meurtre et emprisonnement à vie. Le jugement a été commué par la suite en assaut aggravé, et la peine à 300 coups de fouet et 6 mois de prison, après un arrangement où il divorçait et perdait la garde de ses enfants.

Il faut savoir que comme pour le Vatican, il n'y a pas de possibilité de divorce en Arabie; et les femmes subissent un mari violent toute leur vie. L'affaire Al Baz-Al Fattalla a fait sensation dans le royaume des Al Saoud, car c'est la 1ère fois qu'une femme accepte de mettre sur la place publique la violence domestique, sujet tabou. Certains journaux ont critiqué Rania, l'accusant d'avoir trahi son époux…!

Elle est à Paris en ce moment pour la sortie de ses mémoires de femme arabe, en français. Pourra-t-elle rentrer chez elle après ce dévoilement d'une société riche mais malheureuse ?

Les États-Unis ont repoussé de 6 mois les mesures qu'ils auraient dû prendre contre l'Arabie Saoudite où il n'y a aucune liberté religieuse. Les shiites et les soufis sont persécutés et les Juifs sont interdits de territoire. La police religieuse n'accepte que l'Islam sunnite, de préférence wahabite.

Selon la loi américaine et la décision du Congrès américain, des sanctions doivent être prises contre tout Etat où les minorités religieuse sont réprimées. Le Département d'Etat est intervenu pour obtenir un délai supplémentaire de 6 mois, afin de laisser un peu plus de temps pour négocier avec l'Arabie une législation plus souple…

Par ailleurs, les sermons violemment anti chrétiens et anti juifs continuent à sévir dans les mosquées d'Arabie, sans que l'Administration américaine n'intervienne. Et le président Bush a levé la menace de sanctions financières contre l'Arabie pour l'esclavage, le commerce de prostituées, le travail forcé, et le trafic sexuel d'enfants. L'Arabie figure en bonne place parmi les 14 pays accusés de s'adonner à ce genre de trafic. Mais le président Bush a estimé qu'il n'était pas dans l'intérêt national de punir l'Arabie…

Source : The Jerusalem Post

--

Suite au rapport de Freedom House, le Sénat américain s'est ému de la propagation de textes de haine dans les mosquées aux États-Unis. Ces mosquées sont financées par l'Arabie Saoudite et prodiguent un enseignement wahabite et intégriste. Ces textes décrivent la démocratie américaine comme non-islamique. Ils demandent aux nouveaux immigrants de considérer les Américains comme des ennemis et de se préparer au Jihad ou guerre sainte…

Source : New York Sun

Haut
Retour à la page d'accueil
Retour à Nouveautés sur le site

Le 28 août 2003

Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/

Fermeture de la dernière base américaine en Arabie saoudite
lemonde.fr

Des responsables américains ont annoncé mercredi la fermeture par les États-Unis de leur dernière base en Arabie saoudite, ce qui met un terme à plus d'une décennie d'opérations militaires américaines dans le pays, où la présence des GI se heurtait à un ressentiment croissant.

Le commandant Robert Elder a déclaré dans un communiqué que le retrait de cette « nation stratégique du Proche-Orient » découlait du renversement du régime de Saddam Hussein en Irak : « La fin de la guerre en Irak et du gouvernement de Saddam Hussein signifie que la mission militaire ici est terminée. »

Des responsable américains ont par ailleurs indiqué qu'une équipe restreinte allait rester pour finaliser les préparatifs de départ de l'unité d'aviation qui était localisée à la base aérienne du Prince-Sultan, laquelle est située dans une région éloignée du désert saoudien. En outre, des dizaines de conseillers militaires américains doivent rester dans le royaume wahabbite pour l'assister dans ses entraînements militaires.

Avec son immense piste d'atterrissage de plus de 4 000 mètres, la base a notamment servi de lieu de départ pour les avions de guerre américains en mission. Les États-Unis y avaient également mis sur pied un centre d'opérations aériennes ultra-sophistiqué contrôlant les frappes en Irak mais ces dernières installations ont été transférées au Qatar.

Au sommet du conflit irakien, le personnel militaire américain travaillant sur la base était d'au moins 5 000 personnes. La présence militaire des Américains en Arabie saoudite a provoqué beaucoup de ressentiment dans le pays, ainsi qu'un peu partout dans le monde arabe, notamment en raison de sa proximité avec les lieux saints de l'islam. Le secrétaire à la défense américain, Donald Rumsfeld, et son homologue saoudien, le prince Sultan Ben Abdul-Aziz avaient annoncé, le 29 avril dernier, la fin des opérations militaires américaines et le retrait de toutes les forces américaines basées en territoire saoudien.

Haut

Le 11 août 2003

Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/

 

Les Britanniques et le Belge libérés par Ryad ont été « torturés »

Les Britanniques libérés vendredi par l'Arabie saoudite et rentrés le jour même en Grande-Bretagne ont été torturés par les Saoudiens, ont dénoncé lundi leurs proches. Le quotidien flamand De Morgen révélait de son côté lundi matin que le Belge Raf Schyvens a lui aussi été victime de tortures.

L'un des Britanniques libérés, James Lee, « a dit que jusqu'au jour de sa libération vendredi il a été torturé, il a été torturé du début à la fin que ce soit mentalement ou physiquement », a rapporté sa fiancée Gillian Barton sur la BBC-radio. Dimanche déjà, Alexander « Sandy » Mitchell, un autre des Britanniques libérés, avait déclaré au Sunday Mail : « Nous avons été torturés et c'est pourquoi nous avons fait des confessions. Nous pouvons prouver notre innocence ».

Vendredi, cinq Britanniques et un homme possédant la double nationalité britannique et canadienne, accusés d'avoir participé à des attentats à la bombe dans le royaume saoudien, ont finalement été libérés par l'Arabie saoudite et ont regagné la Grande-Bretagne. Le Belge Raf Schyvens séjourne pour sa part chez sa mère depuis son retour en Belgique et est toujours en état de choc, selon ses proches. Il compte néanmoins expliquer son histoire lors d'une conférence de presse dès qu'il se sentira mieux. (SCG)

Haut

Le 21 juillet 2003

Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/

11 septembre : rapport embarrassant pour l'Arabie Saoudite et le FBI

Radio-Canada

Dans son édition du 28 juillet prochain, l'hebdomadaire américain Newsweek révèle les faits saillants d'un rapport de la commission d'enquête du Congrès des États-Unis sur les attentats du 11 septembre, qui doit être rendu public jeudi. Au menu de ce pavé de 900 pages : le rôle joué par l'Arabie Saoudite dans la préparation des attentats ainsi que les hésitations de services de renseignements pourtant bien renseignés.

Selon le rapport, deux des pirates de l'air responsables des attentats, Khaled al-Mihdar et Nawaf al-Hazmi, entretenaient des liens avec des responsables d'Al-Qaïda et avec un individu qui pourrait avoir été un agent du gouvernement saoudien, Omar al-Bayoumi.

Le rapport soutient que le Federal Bureau of Investigation (FBI), au courant des allées et venues de ces trois hommes, n'a pas enquêté sur leurs relations avec l'Arabie Saoudite et le terrorisme islamique. Le FBI avait pourtant reçu des informations laissant croire qu'Omar al-Bayoumi était un agent saoudien. En janvier 2000, Omar al-Bayoumi avait participé à une réunion au consulat saoudien à Los Angeles avant de rencontrer al-Mihda et al-Hazmi, lesquels arrivaient de Malaisie où ils avaient participé à une rencontre de responsables d'Al-Qaïda. Omar al-Bayoumi leur a ensuite trouvé un appartement à San Diego et payé les deux premiers mois de loyer.

Le Pentagone aurait pu s'en prendre aux camps d'entraînement d'Al-Qaïda en Afghanistan avant le 11 septembre 2001, dénonce le rapport. Le document critique la Central Intelligence Agency (CIA) pour ne pas avoir transmis des informations sensibles à propos de Khaled al-Mihdar et Nawaf al-Hazmi. De plus, un informateur du FBI a vécu avec les futurs terroristes à San Diego; il avait avisé ses supérieurs, en vain.

Selon un des avocats représentant les familles des victimes des attentats, Jean-Charles Brisard, le rapport démontre que l'Arabie Saoudite a fourni une assistance financière et logistique aux futurs kamikazes. Des diplomates saoudiens en poste à Washington auraient permis le séjour aux États-Unis de plusieurs terroristes impliqués dans les attentats.

L'administration Bush a refusé de déclassifier de nombreux passages clés du rapport, notamment une section de 28 pages sur l'Arabie Saoudite, souligne Newsweek.

Haut

Le 22 mai 2003

Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/

Après les attentats de Riyad et Casablanca
L'Arabie saoudite épicentre de la terreur

Ouest France

Trente quatre morts à Riyad, 41 à Casablanca. À quatre jours d'intervalle, les kamikazes islamistes viennent de rappeler leur force de frappe à George Bush et à l'Occident. Pour Antoine Basbous (1), directeur de l'Observatoire des pays arabes, extirper le terrorisme prendra au moins dix ans. Et il faudra s'attaquer à l'épicentre : l'Arabie saoudite.

Ouest France : Riyad, Casablanca... C'est une série soigneusement planifiée ?

Antoine Basbous : Pour moi, il y existe un lien tout à fait structurel. Du point de vue de ben Laden, l'Arabie saoudite et le Maroc font partie de l'alliance américaine. Dans son dernier message enregistré, en février, il les qualifiait d'apostats &endash; ce qui vaut condamnation à mort en Islam &endash; et il appelait à renverser leurs gouvernements. Qui plus est, la presse américaine a révélé que les États-Unis sous-traitent aux services marocains les interrogatoires de leurs prisonniers arabes de Guantánamo (les talibans et les islamistes arrêtés en Afghanistan sont gardés au secret sur l'île de Cuba, NDLR). Une raison supplémentaire de s'en prendre au Maroc.

O-F : Pour vous, la paternité d'Al-Qaida semble ne faire aucun doute...

A.B. : Je n'ai pas vu de papier à en-tête « Oussama ben Laden, montagnes d'Afghanistan » donnant l'ordre de commettre cinq attentats simultanés tel jour à telle heure. Mais il existe un réseau de gens qui s'inspirent d'un grand maître qui les a endoctrinés et entraînés dans les camps afghans ; &endash; 18 000 personnes minimum y ont séjourné. Ils restent dans la mouvance, prêts à passer à l'acte.

O-F : La guerre d'Afghanistan, au lieu d'éliminer Al-Qaida, n'aurait fait que modifier sa structure ?

A.B. : Depuis le bombardement des montagnes de Tora-Bora (est de l'Afghanistan), en décembre 2001, le réseau est beaucoup plus décentralisé. Ben Laden est traqué, il a perdu son chef des opérations. Il n'y a plus de système de commandement où il appuie sur le bouton et le coup part. Mais tout est fin prêt, attendant un signal radio ou télévisé. On est désormais plus dans l'inspiration que dans l'instruction. Dans le cas de Casablanca, il y a peut-être eu une impulsion plus claire, récemment, pour fixer la date de l'attaque. Entre le 15 et le 20 mai, il y a un pèlerinage de la communauté juive internationale au Maroc. Des juifs résidaient à l'hôtel Safir, l'une des cibles. Ils n'y ont pas dormi ce soir nuit-là, ils devaient rentrer le lendemain.

O-F : Le Maroc avait, jusque-là, été épargné par le terrorisme. Ben Laden y dispose donc de filiales ?

A.B. : Depuis plus de trente ans, le régime saoudien y exporte sa doctrine wahhabite (fondamentaliste). Le Maroc avait besoin d'argent. En même temps que les pétrodollars, les émirs ont envoyé des oulémas, des barbus qui ont propagé l'Islam saoudien et distribué des bourses pour que les jeunes Marocains étudient à La Mecque, Médine ou Riyad. Tout cela fait qu'aujourd'hui 70 % des mosquées de Casablanca sont tenues par des wahhabites, alors que le Maroc est un pays de tradition malékite, très ouverte. Les Saoudiens ont par exemple imposé le cure-dents en bois, sous prétexte qu'à l'époque du prophète, il n'y avait pas de dentifrice. Ils ont préparé le terreau sur lequel prospèrent des groupuscules islamistes. On sait qu'il y avait des Marocains dans l'entourage de ben Laden : des cuisiniers, des gardes du corps, des secrétaires... Certains sont à Guantánamo.

O-F : La campagne de George Bush contre le terrorisme n'a-t-elle pas, finalement, disséminé la menace encore plus insaisissable ?

A.B. : Il est très réducteur de faire démarrer les choses avec la riposte aux attentats du 11 septembre, soit avec la guerre en Irak. Pour bien analyser la nature de la menace, il faut se replacer en 1989, au retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan. Les moudjahidine, notamment les Arabes, se sont attribué l'effondrement de l'Union soviétique. Ils se sont peu à peu émancipés du pouvoir saoudien qui leur avait donné mandat en Afghanistan pour se retourner contre l'autre État impie : les États-Unis, qui maltraitent les musulmans, s'alignent sur Israël, occupent la terre sacrée de l'Arabie, imposent un embargo à l'Irak. Il fallait frapper fort. En 1993, il y a eu le premier attentat contre le World Trade Center. On connaît la suite. Le problème est donc très profond. Le résoudre prendra au moins dix ans. Il ne suffit pas de jeter quelques terroristes en prison. Il y a une doctrine à désamorcer. Cette doctrine se trouve en Arabie, c'est là qu'est le coeur du problème.

O-F : Les Américains peuvent-ils s'y attaquer ?

A.B. : On ne peut pas divorcer du jour au lendemain d'avec la première puissance pétrolière du monde. On peut préparer ce divorce en substituant progressivement le pétrole de l'Irak au pétrole saoudien et, de ce fait, réduire l'influence saoudienne sur la scène pétrolière et l'influence wahhabite dans le monde.

(1) Auteur de L'Arabie saoudite en question, Perrin.
Recueilli par Bruno Ripoche
© Ouest-France Multimédia

Haut
 
Le 23 mai 2003

Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/

Amérique-Arabie saoudite : le divorce
Par Laurent Murawiec*
Le Figaro

Alors que le numéro deux présumé d'al-Qaida a appelé les « soldats du djihad » à intensifier la guerre terroriste

Quinze jours avant les attentats du 11 septembre 2001, le 27 août, le prince héritier d'Arabie saoudite Abdullah bin Abdulaziz, envoyait au président Bush une lettre où il disait : « Un moment vient dans la vie des peuples et des nations où leurs voies se séparent. Le moment est venu où les États-Unis et l'Arabie saoudite doivent s'occuper de leurs propres intérêts séparés. Nous sommes à la croisée des chemins. » Les chemins n'ont cessé de diverger depuis : la rupture n'est pas encore là, mais elle semble de plus en plus proche.

La guerre d'Irak gagnée, le secrétaire américain à la Défense se rendait à Riad et y annonçait le retrait des forces américaines d'Arabie saoudite. La famille royale avait fait des pieds et des mains pour sauver Saddam Hussein. Non qu'elle l'aimât d'amour tendre : mais dans le kaléidoscope de la politique arabe, les despotes préfèrent les tyrans aux démocrates. L'Arabie avait engagé ses moyens diplomatiques dans de grandes manoeuvres pour empêcher qu'un régime non despotique fût installé à Bagdad. Elle avait, tant qu'il était encore possible, empêché les forces armées américaines d'utiliser l'immense base aérienne « Prince Sultan » pour faire la guerre, au point que les Américains durent déménager leur centre de commandement à Qatar.

Les Saoudiens ayant fait la preuve que les Américains n'ont pas besoin d'eux pour faire la guerre au Moyen-Orient, beaucoup à Washington en conclu qu'ils n'ont pas non plus besoin des Saoudiens pour faire la paix. Les forces américaines sont maintenant installées au coeur de la région, victorieuses, regardant la Syrie à l'ouest et l'Iran à l'est, surplombant le Golfe. Les al-Saoud, censés être des alliés, ont apporté la preuve que Washington ne pouvait compter sur eux comme partenaire.

Les alliances changent : le prince héritier avait raison de parler de chemins qui se séparent. Car le contentieux s'alourdit constamment. Les attentats de Riad ne sont pas un coup de tonnerre imprévu dans un ciel serein. Une suite d'incidents révélateurs, d'actes manqués ou réussis, ont depuis longtemps empoisonné les relations, au point que toutes les risettes diplomatiques du monde ne suffisent plus à masquer le conflit. Tout récemment, la requête de l'ambassadeur américain Robert Jordan auprès des autorités saoudiennes pour que soient mieux protégés les bâtiments qui furent secoués quelques jours plus tard par de meurtrières explosions, avait été ignorée. Les prêches du vendredi dans les 50 000 mosquées du royaume continuent d'émettre les venimeux appels à la haine et au meurtre qui ont endoctriné la jeunesse saoudienne depuis des décennies contre les chiites, les juifs, les chrétiens, les Occidentaux, les Américains et quiconque ne se plie pas au fanatisme wahhabi. Les livres d'école continuent d'expliquer que chrétiens et juifs sont « des singes et des porcs » (manuel de classe de seconde !). Les organisations « charitables » (contrôlées par le ministère des Affaires islamiques) continuent de faire parvenir leurs subsides aux extrémistes, islamistes radicaux et terroristes - al-Qaida comprise.

Ah ! objectera-t-on ! Mais Ben Laden abreuve d'insultes le système saoudien ! Ils doivent donc être très fachés entre eux. S'est-il jamais attaqué aux intérêts saoudiens ? Aux membres de la famille royale ? A-t-il jamais frappé en Arabie d'autres que des étrangers, Américains et Anglais de préférence ? La réponse s'impose, qui confirme ce que les services de renseignement de nombre de pays savent depuis longtemps il y a un deal entre la famille royale et Ben Laden. Les uns, gras et repus, sont pour la régulation du terrorisme. C'est la famille royale et ses courtisans et obligés, financiers principaux du Hamas et du Djihad islamique. Les autres, zélotes maigres et fiévreux, sont pour la dérégulation du terrorisme : divergence tactique. L'idéologie et les fins sont les mêmes.

Depuis longtemps, la famille royale mène un double jeu. En anglais, on est ami de l'Occident. En arabe on est son ennemi. Comme dans les affaires internationales il y a rarement traduction simultanée, le « truc » a longtemps marché, jusqu'à ce que les faits le démentent. L'examen du terrorisme international depuis deux décennies montre que « les Saoudiens sont à l'oeuvre à tous les niveaux de la chaîne de la terreur, des planificateurs aux financiers, de l'encadrement aux exécutants, des idéologues aux propagandistes », comme le disait le briefing présenté en juillet dernier par l'auteur au Defense Policy Board du Pentagone. Au vrai, al-Qaida mériterait d'être connue sous un autre nom, celui d'« Armée du prince Turki al-Faisal bin Abd al-Aziz al-Saoud », ce membre important de la famille royale qui a, pendant vingt-cinq ans, dirigé les services secrets saoudiens jusqu'à sa curieuse démission dix jours avant le 11 septembre 2001 et qui à ce titre fut l'un des grands organisateurs du djihad mondial. L'Arabie des al-Saoud est le pays où un téléthon lève plus de cinquante millions de dollars pour financer les familles des auteurs palestiniens d'attentats suicides !

Le partenariat américano-saoudien est ancien, il date de 1945. Est-il pour autant éternel ? Il avait pour fonction d'assurer des flux réguliers de pétrole, en quantité et en prix : les Saoudiens ont torpillé le pacte en 1973-74 puis en 1978-79. Le prince héritier menaçait au printemps 2001 d'un nouvel embargo pétrolier. Il n'est plus besoin de barrer l'entrée du Golfe et du Moyen-Orient à l'impérialisme soviétique défunt. Les raisons d'être du vieux partenariat sont mortes.

Reste un demi-siècle d'habitudes, incarnées dans des hommes, dans des idéés, dans des institutions et dans des carrières, sans compter la corruption que les pétro-dollars entretiennent. C'est ainsi que coexistent à Washington, en ce qui concerne le Moyen-Orient, deux doctrines diamétralement opposées : la doctrine Eisenhower qui, pour protéger la station-service, soutient tous despotes et dictateurs qui le veulent bien ; et ce qui prend aujourd'hui forme, la doctrine Bush-Rumsfeld : le Moyen-Orient arabe est malade, si malade qu'il exporte son mal au reste du monde. Il convient donc de le changer pour que cessent les exportations, et le mal. L'Arabie saoudite est (avec l'Iran des ayatollahs, il faut le reconnaître) l'exportateur numéro un. Les deux pays sont donc sur une trajectoire qui mène à la collision.

Saddam Hussein, que le roi Fahd avait sauvé de la débâcle en 1991, était un atout régional important pour les Saoudiens, pour tenir l'Iran en respect et faire peser une vague menace, mais contrôlée, sur les émirats du Golfe. La Syrie de la dictature familiale des Assad est un client de l'Arabie ; c'est un dossier personnel du prince Abdullah ; l'Arabie avait d'ailleurs organisé chez elle le sommet de Taïf qui avait consacré dans l'illégalité internationale la plus pure la mainmise syrienne sur le Liban. L'OLP d'Arafat est un obligé permanent, quoique méprisé, des Saoudiens. Saddam a disparu. La Syrie est coincée par les pressions américaines. Arafat est en voie de disparition pure et simple. Le grand jeu géopolitique saoudien s'amenuise. La réconciliation avec l'Iran menée à bien entre Abdullah et l'ancien président Rafsandjani, a rapproché l'Arabie saoudite de l'« axe du Mal ».

Dans l'équation américaine, l'Arabie des al-Saoud compte de moins en moins. Son pétrole, certes, pèse lourd. Mais le pétrole est moins une question technique ou énergétique qu'une affaire politique : l'Opep après tout est un cartel politique. S'il n'est aucun substitut à court terme au pétrole saoudien, il est des substituts au régime saoudien. La différence est en voie d'exploration à Washington.

De son propre fait, l'archaïsme saoudien est au bout du rouleau. Serait-il possible aux al-Saoud, à supposer qu'ils le voulussent, de se séparer des Wahhabis ? Ces frères siamois sont inséparables. Y a-t-il un « Gorbatchev » saoudien   Si oui, il devra se manifester rapidement. Faut-il épargner le régime, sous prétexte qu'il ne pourrait être remplacé que par pire ? Ce moindre mal supposé a précisément présidé à toutes les avanies que les Saoudiens ont fait subir à la région et au monde. La disparition d'un régime qui porte d'accablantes responsabilités dans la guerre civile d'Algérie, l'autodestruction du Pakistan, l'ascension des talibans, aurait plutôt des vertus stabilisatrices pour la vaste région de l'axe de crise musulman.

*Senior Fellow à l'Hudson Institute de Washington, géostratège, auteur notamment de La Guerre au XXIe siècle et de L'Esprit des nations (Odile Jacob).

Haut

Le 28 mai 2003

Diffusé par Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, Bruxelles.
http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/

Réflexions sur le « chaudron saoudien »
Propos recueillis par Marie-Laure Germon
Le Figaro

Antoine Basbous : Les métastases de la tumeur wahhabite

Antoine Basbous est le fondateur et directeur de l'Observatoire des pays arabes à Paris. Une version réactualisée de son dernier ouvrage, L'Arabie saoudite en question, de Bagdad à Riad, vient de paraître aux Éditions Perrin.

 

Le Figaro - Les États-Unis ont fermé la semaine dernière, et durant quatre jours, leurs missions diplomatiques en Arabie saoudite par crainte d'attentats « imminents ». Le divorce est-il vraiment consommé entre les deux pays ?

Antoine BASBOUS - L'idée du divorce a germé au lendemain du 11 septembre 2001. Les États-Unis ont décidé de changer de politique à l'égard de l'Arabie. Après avoir examiné les racines du mal qui les a frappés, ils ont compris que la responsabilité en incombait aux tenants d'une doctrine propagée et exportée par les Saoudiens, leurs alliés depuis 1945 et tout au ong de la guerre froide. Et ce, à travers les wahhabites qui forment, avec les Saoud, l'une des deux dynasties fondatrices de l'Arabie et l'un de ses deux piliers. Le wahhabisme étant la religion d'État de ce pays.

F. : Quelles sont, d'après vous, les conséquences immédiates de l'intervention américaine en Irak ?

A.B. : C'est dans la perspective du divorce qu'il convient d'interpréter l'invasion américaine de l'Irak. Outre la destruction d'un régime honni, lle permet de mettre en valeur les deuxièmes réserves mondiales de pétrole pour les substituer, à terme, aux premières réserves saoudiennes afin de se libérer de la contrainte énergétique de l'Arabie. La campagne d'Irak, prélude au désengagement en Arabie, s'inscrit dans la logique de la riposte américaine au 11 septembre, au même titre que la guerre en Afghanistan et la tentative de démantèlement des réseaux Ben Laden. Certes, l'Amérique ne peut divorcer du jour au lendemain avec une Arabie qui fournit entre 8 et 10 millions de barils jour au marché international, sans exploiter le potentiel irakien.

F. : Quelle méthode suivre pour détruire les racines d'un mal qui puise ses hommes et ses moyens financiers au coeur même de l'Arabie ?

A.B. : Les Saoud gardent une chance pour, à la fois, échapper au divorce avec Washington et sauver leur trône. A condition de réprimer les wahhabites authentiques, comme l'avait fait leur père en 1929 en écrasant les ikhwanes. Après les attentats du 12 mai, à Riad, le prince héritier a annoncé des mesures radicales contre la mouvance de Ben Laden et « ceux qui la soutiennent et justifient son terrorisme ». Désormais, il ne s'agit plus d'une réponse exclusivement policière, mais surtout, et c'est une première, d'une dénonciation politique et idéologique de la doctrine qui appelle à la haine et instrumentalise l'islam. Pour la première fois, les Saoud ne se défaussent pas sur les « mafias de la drogue ou de l'alcool occidentales », comme ils l'avaient fait pour justifier les précédentes attaques contre des Occidentaux, mais ils reconnaissent que le mal vient de chez eux, de leur société et promettent d'apporter une réponse idéologique appropriée. Et pour la première fois aussi, Washington devient très regardant sur les programmes scolaires des États étrangers pour ce qu'ils peuvent véhiculer comme haine « sacrée », tels les wahhabites d'Arabie.

Il serait préférable que ce soit les musulmans eux-mêmes qui corrigent la doctrine belliqueuse des wahhabites. Or, ces derniers sont scindés en deux parties : les oulémas du palais, prêts à tout pour sauvegarder leurs privilèges, et les oulémas authentiques, majoritaires, qui soutiennent Ben Laden. Leurs enseignements ont court depuis neuf générations, soit plus de cinquante ans avant la Révolution française. Aujourd'hui, il y a donc confrontation. Le peuple saoudien devra opter pour l'une ou l'autre de ces tendances. C'est tout l'enjeu de l'après-12 mai.

F. : Ne peut-on pas craindre qu'il ne soit déjà trop tard ?

A.B. : Certes, il y a eu d'ores et déjà métastases de la tumeur wahhabite. Cette idéologie a été largement propagée, notamment depuis le choc pétrolier de 1973 qui a fait de l'Arabie une grande puissance financière. L'argent a été partagé entre le palais des Saoud et le temple des wahhabites. Ces derniers s'en sont servis pour accélérer l'exportation de leur doctrine dans les pays islamiques et auprès des communautés installées en Occident. Les Saoudiens reconnaissent aujourd'hui que 90 % des mosquées ont été construites en Occident par un financement saoudien. Tant que l'épicentre de cette secte basée en Arabie ne sera pas réduit, tant que ses dirigeants pourront disposer d'autant de richesses, elle continuera à se répandre, à exporter ses filiales à l'étranger et à recruter pour le djihad international.

C'est pourquoi, il faut tout d'abord s'attaquer au coeur de la doctrine qui considère que tout Musulman n'acceptant pas sa vision haineuse des « impies » (athées, chiites, chrétiens et juifs) est un apostat, en s'appuyant sur les versets du Coran qui prônent l'amitié entre les peuples.

F.: La proximité de fait des Saoud et des wahhabites n'interdit-elle pas de s'engager dans cette lutte ?

A.B. : Si les Saoud ne comprennent pas le message, ils risquent de ne plus pouvoir encaisser longtemps les recettes du pétrole et de perdre le pouvoir. En Arabie, il y a en effet une forte minorité chiite, dont les membres sont traités comme des citoyens de seconde zone. Elle est privée de ses droits élémentaires. Mais depuis la libération de l'Irak, elle a présenté une importante liste de revendications, telle l'égalité devant la loi et la fonction publique, la libre pratique de ses traditions religieuses et la construction de hussaïnias (mosquées). Ou bien les Saoud leur accordent l'égalité et ils se heurteront aux wahhabites, car ces derniers considèrent les chiites comme des apostats, ou bien ils le refusent, et les revendications se poursuivront. Les chiites pourraient connaître alors le sort des Kurdes d'Irak : une protection qui leur garantira une forme « d'autonomie ». Et ce faisant, ils pourraient encaisser les recettes du pétrole puisque les principaux gisements sont situés dans leur région du Hassa.

F. : Êtes-vous optimiste ?

A.B. : Si les Saoud ne comprennent pas l'urgence de désamorcer la doctrine wahhabite, d'arrêter son financement et son exportation, l'Arabie ne sera plus la même demain. Les Saoud pourraient être privés des recettes des hydrocarbures voire même du contrôle du Hedjaz qui abrite les villes saintes de La Mecque et Médine. Car les Américains sont déterminés à « faire payer la note » du 11 septembre et à affaiblir cette secte belliqueuse, responsable des attentats sanglants qui ont précédé et suivi ceux de New York et de Washington. Il ne s'agit pas de quelques criminels qu'il va falloir arrêter mais d'une idéologie « divine » dont les adeptes sont prêts à mourir pour satisfaire Dieu. Réduire le fondamentalisme à un problème économique est une erreur. Les responsables des attentats du 11 septembre étaient tous des fils de la haute bourgeoisie et avaient un plan de carrière enviable. Cette mouvance inscrit donc son combat dans la durée et mène une guerre d'usure planétaire contre les impies. La solution de ce problème doit s'inscrire, dans l'hypothèse la plus optimiste, dans une perspective de dix ans.

F. : Comment évaluez-vous les risques d'attaques terroristes en France ?

A.B. : Dans le dernier message d'Ayman al-Zawahiri (NDLR : le numéro deux présumé d'al-Qaida), la France n'est pas citée, alors qu'en revanche il l'avait menacée en octobre dernier, à l'occasion de l'attaque contre le pétrolier Limburg ; et qu'en mai 2002, onze ingénieurs français de la DCN avaient été assassinés à Karachi. Aujourd'hui, la dynamique terroriste se concentre essentiellement dans les pays arabes et islamiques. Car elle sévit sur son terreau et dans son berceau. Sans doute, à cause d'une plus grande vigilance en Occident et parce qu'il faut beaucoup de temps pour préparer des attentats spectaculaires outre-mer. Ce que l'on peut redouter, c'est que cette idéologie soit exportée grâce à ses relais qui se trouvent en Occident. Toutefois, le fait que les États arabes subissent désormais la terreur islamiste légitime la répression de cette mouvance, sans se heurter aux opinions publiques qui avaient tiré une grande fierté des attentats du 11 septembre. Ben Laden a estimé, sans doute à tort, que certains régimes arabes vont tomber tel un fruit mûr, à la première secousse. Les attentats aveugles de Riad et de Casablanca, dont la majorité des victimes était des musulmans, peuvent provoquer le divorce entre l'opinion publique et les islamistes. Et ce, en dépit des grandes défaillances des régimes visés qui ont tout intérêt à se réformer au plus vite.

Haut

Retour à la page d'accueil