19 juillet 2005Ces Palestiniens qui s'accrochent à Israël
Par Daniel Pipes
Jérusalem Post, édition française
Adaptation française : Alain Jean-MairetLe ministre israélien de l'Intérieur a déclaré récemment qu'après leur remise en liberté, quatre Palestiniens condamnés à de longues peines de prison pour avoir contribué à l'organisation d'attentats suicides seraient expulsés d'Israël. Comme l'indique le communiqué d'Associated Press, ils «perdront leurs privilèges de résidents permanents, tels que la sécurité sociale et l'assurance maladie».
La décision du ministre soulève une question: pourquoi des Palestiniens cherchant à détruire l'État d'Israël se sentiraient-ils punis en perdant le droit d'y résider? On pourrait s'attendre à ce que des terroristes anti-israéliens souhaitent vivre sous l'autorité palestinienne.
On aurait tort. Les Palestiniens - même terroristes - préfèrent généralement vivre dans ce qu'ils appellent «l'entité sioniste». Cette attitude est devenue particulièrement évidente à deux reprises, alors qu'une portion de territoire - Jérusalem-Est en 2000 et une partie du triangle de Galilée en 2005 - était censée passer sous contrôle de l'Autorité palestinienne (AP). Dans les deux cas, les Palestiniens concernés se sont accrochés à Israël.
Jérusalem, d'abord. Lorsque l'entourage du Premier ministre israélien Ehoud Barak avait évoqué la possibilité, vers le milieu de l'année 2000, de transférer à l'AP des portions de Jérusalem à majorité arabe, un travailleur social avait estimé «qu'une écrasante majorité» des quelque 200 000 Arabes préféraient rester sous contrôle israélien. Un membre du conseil national palestinien, Fadal Tahabud, avait confirmé l'information: selon lui, 70 % des résidents concernés préféraient la souveraineté israélienne. Un autre homme politique, Houssam Watad, avait décrit l'état de «véritable panique» qui s'était emparé de ceux qu'on menaçait de faire passer sous l'autorité de l'AP.
Le ministre israélien de l'Intérieur avait effectivement fait état d'une forte augmentation du nombre des demandes de naturalisation et le conseiller municipal Roni Aloni avait résumé ainsi le message que lui avaient confié les Arabes de Jérusalem: «Nous ne sommes pas comme à Gaza ou la Cisjordanie. Nous avons des cartes d'identité israéliennes. Nous sommes habitués à une plus haute qualité de vie. Même si le système israélien n'est pas très bon, il reste meilleur que celui de l'AP».
Un médecin souhaitant obtenir des papiers israéliens avait expliqué: «Nous voulons rester en Israël. Ici, au moins, je peux exprimer mon opinion librement, sans crainte d'être jeté en prison, et j'ai une chance de gagner ma vie correctement».
Soucieux de stopper cette rué vers la citoyenneté israélienne, le principal officiel musulman de Jérusalem a prononcé un décret d'interdiction et le délégué de l'OLP à Jérusalem, Fayçal al-Husayni est allé jusqu'à qualifier cette attitude de «trahison». Devant l'inefficacité de ces mesures, al-Husayni a menacé de confisquer les logements de ceux qui prendraient la citoyenneté israélienne.
Le triangle de Galilée, ensuite. Dans cette région à majorité palestinienne, au nord du pays, un sondage de mai 2001 a révélé qu'à peine 30 % de la population arabe israélienne approuvait l'annexion du triangle de Galilée par un futur État palestinien, suggérant qu'une large majorité d'entre eux préféraient rester en Israël. En février 2004, lorsque le gouvernement Sharon avait envisagé la possibilité de céder à l'AP le contrôle du triangle de Galilée, le centre arabe pour la recherche sociale avait annoncé que cette majorité avait atteint 90 %. Et 73 % des Arabes du triangle s'étaient déclaré prêts à recourir à la violence pour empêcher la modification du tracé des frontières.
Des politiciens locaux se sont opposés farouchement à toute cession de territoire de Galilée par Israël. Ahmed Tibi membre arabe du parlement israélien et ex-conseiller de Yasser Arafat, a qualifié l'idée de «suggestion dangereuse et anti-démocratique». L'opposition arabe intense avait provoqué l'abandon rapide du projet de transfert .
De même en 2004, pendant la construction de la barrière de sécurité, des Palestiniens avaient dû choisir de quel côté ils souhaitaient vivre. La plupart d'entre eux, à l'image d'Ahmed Jabrin, habitant d'Oumm al-Fahm, n'ont pas hésité un instant: «Nous avons lutté (auprès des autorités israéliennes) pour être à l'intérieur et ils ont déplacé la barrière afin que nous puissions rester en Israël.»
Le fait que les Palestiniens soient très nombreux à préférer vivre sous contrôle israélien semble résulter plutôt de considérations d'ordre pratique que d'une volonté de submerger démographiquement l'État juif. Ils considèrent l'AP comme pauvre, autocratique et anarchique. Comme l'explique un Palestinien, c'est «un État indéfini, sans Parlement ni démocratie, ni même aucune université digne de ce nom.»
Les Palestiniens ne sont pas engagés idéologiquement au point de dédaigner le confort de la vie en Israël. Deux conclusions à long terme s'imposent donc. D'abord, si les exigences des Palestiniens en matière de «droit au retour» devaient un jour être satisfaites, Israël connaîtrait un afflux massif de population. Ensuite, tout accord prévoyant le transfert aux Palestiniens de territoires gérés par les Israéliens sera très difficile à appliquer.
Retour